Livres & Romans

La révolution inachevée (1815-1870)

La révolution inachevée est le titre du dixième volume de la collection Histoire de France éditée chez Belin sous la direction de Joël Cornette. Ecrit par l’historienne Sylvie Aprile, il traite des années 1815 à 1870, c’est-à-dire la Restauration, la Monarchie de Juillet, l’éphémère Deuxième République, puis le Second Empire et sa chute.

Après la préface d’Henry Rousso et l’introduction par Sylvie Aprile, j’ai trouvé le menu plutôt alléchant : redécouvrir et éventuellement réhabiliter un court XIXème siècle méconnu, malaimé et souvent malmené par l’historiographie.

Le première chapitre, « De Louis XVIII à Louis-Philippe : une monarchie limitée » décrit et explique la période de la Restauration (1815-1830) : retour sur le trône de Louis XVIII qui concède une Charte constitutionnelle ; interlude des Cent-Jours voyant le retour puis la défaite définitive de Napoleon Ier ; règnes de Louis XVIII et de Charles X. Le chapitre s’achève à la veille des Trois Glorieuses.

Un deuxième chapitre long mais passionnant raconte la révolution des Trois Glorieuses en juillet 1830, qui fait chuter Charles X et aboutit à l’instauration de la Monarchie de Juillet, puis le règne de Louis-Philippe comme Roi des Français dans une monarchie constitutionnelle qui échouera en 1848. Le chapitre s’achève avec une longue partie sur l’opinion et ses espaces : parlement, rue, etc.

Après deux chapitres plutôt chronologiques, le troisième est thématique : « La France des champs et l’industrialisation » décrit la France et les transformations techniques et sociales qu’elle vit pendant la Restauration : un pays qui reste majoritairement rural, centré sur le « village », mais qui vit une modernisation faisant évoluer l’économie avec une industrialisation croissante.

J’ai ensuite beaucoup aimé le quatrième chapitre consacré à l’histoire des idées et des arts pendant la Restauration : essor du libéralisme (dans ses dimensions politique et économique), l’esprit de réforme, l’invention de nouveaux modèles de société (socialisme, anarchisme, catholicisme social, etc.), et la vie intellectuelle et artistique (avec un long passage sur le romantisme).

Le cinquième chapitre, sobrement intitulé « La France, l’Europe et le monde » traite de la place de la France de la Restauration et de la Monarchie de Juillet dans le concert international : les suites du congrès de Vienne de 1815, la rivalité anglo-française, la reprise d’une politique coloniale, et enfin un aperçu de l’Europe à la veille de 1848.

Pendant les fêtes, je n’avais pas avancé dans la lecture de ce livre, avant de m’y remettre avec un 6ème chapitre consacré intégralement à la révolution de 1848 : ses origines, l’insurrection de février mettant fin au règne de Louis-Philippe, la proclamation de la Seconde République (qui ne sera finalement que la deuxième), les élections au suffrage universel (masculin), l’abolition de l’esclavage, et la fin de la révolution en juin 1848.

Suite à la Révolution de 1848 décrite au chapitre précédent, le 7ème est consacré à la Deuxième République : l’établissement de la Constitution, l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la Présidence de la République, la lutte entre le président et l’opposition parlementaire, jusqu’au coup d’État de décembre 1851. L’autrice présente bien cette Deuxième République, en prenant soin de ne pas la limiter à une parenthèse menant nécessairement au coup d’État est à l’Empire.

Le huitième chapitre inaugure la partie consacrée au Second Empire, avec pour commencer le thème de l’autorité impériale : mode de gouvernance de Louis-Napoléon, proclamation de l’Empire, et musellement de l’opposition.

Le neuvième chapitre détaille la politique impériale, avec ses deux piliers : l’économie (modernisation de l’économie, transformation de Paris, prospérité) et la guerre (renouveau de la diplomatie française, avec la guerre de Crimée puis la question italienne), mais aussi la politique coloniale (implication en Amérique latine et achèvement de la conquête de l’Algérie).

Le dixième chapitre décrit la société du Second Empire, dans ses constantes et ses transformations : une France qui reste principalement rurale, mais qui voit l’essor du monde ouvrier ; la place des notables ; le style Second Empire dans l’art et la culture ; le retour des oppositions ; la religion et l’Église ; un parlementarisme timide.

Le onzième et dernier chapitre relate les trois dernières années du Second Empire : libéralisation du régime (parlementarisme accru, relative liberté de la presse) ; les élections de 1869 aux résultats contrastés, et le plébiscite de 1870 ; la guerre contre la Prusse de Bismarck, la défaite de Sedan et la chute de l’Empire.

Comme tous les volumes de cette collection, l’ouvrage s’achève avec d’impressionnantes annexes (chronologie, biographies, bibliographie, références iconographiques, textuelles et documentaires, et évidemment un abondant index), mais surtout le désormais traditionnel Atelier de l’historien, cette fois autour de quatre thématiques : revisiter le XIXe siècle ; l’Histoire et les historiens du XIXe siècle ; usages et mésusages de la littérature : faire de l’histoire avec Balazac, Flaubert, Hugo, etc. ; le premier siècle du regard photographique.

Je ne peux pas achever cette critique sans souligner la richesse et la qualité des illustrations et de la documentation de cet ouvrage : que ce soit les caricatures, les photographies, les documents, les cartes, les graphiques, tout s’accorde parfaitement avec le texte et l’illustre parfaitement.

Le livre lui-même est passionnant à lire, sur une période peu connue ou en tout cas mal connue en dehors du cercle des spécialistes. Il m’a clairement permis de redécouvrir un XIX° siècle que je connaissais mal alors qu’il s’agit sans doute d’une des périodes les plus intéressantes de notre histoire.

Je vais désormais pouvoir poursuivre mon voyage dans le temps et me rapprocher doucement mais sûrement de notre époque, avec le prochain volume consacrée aux années 1870-1914 et La république imaginée.


La révolution inachevée (1815-1870), Sylvie Aprile

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Révolution, Consulat, Empire (1789-1815)

Après un volume consacré à La France des Lumières qui m’avait agréablement surpris et mis l’eau à la bouche pour la suite, c’est peu dire que j’attendais beaucoup de ce neuvième volume de la collection Histoire de France éditée par Belin. Il couvre la passionnante période de 1789 à 1815 sous le titre Révolution, Consultat, Empire.

Le plan proposé par les trois auteurs, Michel Biard, Philippe Bourdin et Silvia Marzagelli, est malin : il commence par six chapitres chronologiques qui racontent et expliquent la période révolutionnaire puis napoléonienn, puis se poursuit avec cinq chapitres consacrés à des thématiques transverses qu’ils abordent chacune sur l’intégralité de la période 1789-1815.

L’ouvrage débute par un premier chapitre résumant les dernières années précédant la Révolution : le poids des tensions sociales avec des révoltes multiples et récurrentes, les dernières tentatives réformatrices, leur échec conduisant à l’impasse, elle-même débouchant sur la convocation des Etats Généraux en 1789. Dès ces premières pages, j’ai été captivé, je sentais que ce tome avait tout pour me plaire.

Cette impression s’est poursuivie avec un deuxième chapitre, toujours aussi passionnant, consacré à la mise en place et la chute de la Monarchie constitutionnelle de 1789 à 1792.

J’ai été encore plus captivé par le troisième chapitre relatant les années 1792 à 1793 : la condamnation et l’exécution de Louis XVI, la Convention, la radicalisation des positions, la République en péril face aux oppositions intérieures et à la guerre venue de l’étranger, la Terreur, la chute de Robespierre, et la mise en place du Directoire, qui fait l’objet du chapitre suivant.

Ce quatrième chapitre m’a permis de redécouvrir la période du Directoire (1795-1799). République du centre, République bourgeoise, objet d’une légende noire, le Directoire scelle l’alliance du politique et du militaire, voit grandir la popularité des généraux, avant de tomber lors du coup d’Etat du 18 Brumaire mené par Bonaparte et ses alliés.

Le cinquième chapitre est consacré à la période du Consulat (1799-1804), avec l’affirmation d’un régime autoritaire autour de Bonaparte, l’oeuvre de réconciliation nationale (Concordat, amnistie des émigrés), et les grandes réformes – dont nous voyons pour certaines encore les traces de nos jours – dans les domaines des finances, de l’administration, de la justice ou de l’éducation.

Le sixième chapitre, consacré à l’Empire (1804-1815), clôt la première partie du livre, dédiée au récit chronologique. Les auteurs évitent brillamment l’écueil de se contenter d’égrener les victoires et défaites des campagnes napoléoniennes en Europe. Ils montrent comment le régime autoritaire à l’intérieur était indissociable de l’état de guerre quasi-permanent et de la rivalité avec l’Angleterre.

Après de passionnants chapitres déroulant la chronologie de la Révolution, du Consulat et de l’Empire, l’ouvrage se poursuit avec des chapitres thématiques. Pour commencer : l’économie, avec ses transformations entre 1789 et 1815 (abolition des droits féodaux, vente des biens nationaux, droit de la propriété, etc.) et ses défis face à la guerre. C’est intéressant, mais moins accessible que les premiers chapitres.

Le deuxième chapitre thématique porte sur la question religieuse : l’état de l’Eglise à l’aube de la Révolution, l’évolution du lien entre Église et État au cours des années 1789-1815, la reconnaissance des minorités religieuses, la déchristianisation de la société et l’apparition de fêtes civiques. C’est très intéressant et toujours précis sur le sujet.

Le livre se poursuit avec un chapitre consacré aux mouvements contre-révolutionnaires, à travers leurs idées, leur diversité voire leur hétérogénéité, leurs actions – notamment en Vendée, et en Bretagne avec les Chouans), le rôle des émigrés, et les tentatives de mettre fin aux avancées révolutionnaires par les urnes plutôt que par les armes.

Le chapitre thématique aborde les relations de la France révolutionnaire avec ses voisins européens d’une part, et avec ses colonies d’autre part. Sur le continent, les relations internationales sont marquées par un état de guerre permanente : guerre défensive pour protéger la Révolution, guerre de libération avec les Républiques-sœurs, guerre expansionniste ensuite. Les colonies quant à elles suivent d’abord l’exemple de la Révolution avant de lutter pour leur indépendance après les tentatives de reprise en main, notamment de Napoléon.

Suite logique du chapitre précédent sur les relations internationales, le dernier chapitre thématique détaille l’omniprésence de la guerre dans la France révolutionnaire puis napoléonienne : la levée d’une armée nouvelle, révolutionnaire ; le coût – notamment humain – de la guerre ; la culture du soldat et le culte des généraux, dont évidemment Bonaparte ; les liens entre armée et pouvoir politique.

Avant les inévitables annexes, l’ouvrage propose comme pour chaque volume de la collection un Atelier de l’Historien, composé ici de trois parties :

  • les sources (presse, pamphlets, mémoires, tableaux, caricatures) et leur exploitation
  • les problèmes et débats (les femmes dans la Révolution, la première abolition de l’esclavage en 1794, la vente des biens nationaux, la révolution et le monde des lettres et des arts, les interprétations de la Terreur, la révolution française vue comme l’un des épisodes d’une révolution atlantique plus globale)
  • l’historiographie, à la fois de la Révolution et de la période napoléonienne

Dois-je préciser que, comme chacun des volumes de cette collection, le livre est subliment illustré et richement documenté ? Je le dis à nouveau, car il le mérite autant que les volumes précédents.

J’attendais beaucoup de ce tome mais je n’ai pas été déçu : son plan extrêmement bien conçu, la qualité du texte et des illustrations m’ont permis de redécouvrir avec passion la période révolutionnaire et napoléonienne, avec des éclairages permis par les recherches historiques les plus récentes, loin de certains clichés persistants dans les médias « grand public ».

J’espère être aussi emballé par le prochain tome, consacré à une période que je connais mal mais dont je devine toute la richesse : la France des années 1815 à 1870, période de La Révolution inachevée.


Révolution, Consulat, Empire (1789-1815), Michel Biard, Philippe Bourdin et Silvia Marzagelli

Note : ★★★★★

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La France des Lumières (1715-1789)

Entre l’apogée de la monarchie absolue dans le tome précédent et le suivant sur la Révolution et l’Empire que je suis impatient de lire, je n’attendais pas grand chose de ce huitième volume de la collection Histoire de France éditée par Belin sous la direction de Joël Cornette.

Sous le titre La France des Lumières, il couvre la période de 1715 à 1789 : il commence à la mort de Louis XIV, relate le règne de Louis XV puis les quinze premières années de celui de Louis XVI, et s’achève à la veille de la convocation des États-Généraux.

J’avais donc peu d’attentes sur ce volume, consacré à une période que je connaissais très mal et qui me semblait manquer d’intérêt, entre deux périodes plus palpitantes. En réalité, j’ai été passionné du début à la fin.

L’auteur, Pierre-Yves Beaurepaire, prend le temps de raconter les événements, de les expliquer, de les placer dans leur contexte, et de les illustrer avec une documentation riche et parfois inédite.

J’ai ainsi eu l’occasion de découvrir ou de redécouvrir une période historique rendue d’autant plus passionnante par un plan qui m’a semblé parfaitement construit :

Dans un premier court chapitre, l’auteur prend le temps de présenter l’état de La France à la mort de Louis XIV, d’un point de vue politique, militaire, financier, social et religieux.

Les deux chapitres suivants commencent le récit historique, avec La Régence de Philippe d’Orléans puis Les années Fleury, du nom du principal conseiller de Louis XV à sa majorité.

Suivent des chapitres qui alternent la progression du récit historique et le traitement de thématiques spécifiques.

Du côté des chapitres classiques poursuivant le récit historique, on trouve :

  • Au Mitan du siècle, avec notamment la défaite française lors de la guerre de Sept ans
  • L’autorité royale en question avec le sacrifice des jésuites et la fronde des parlements et les tentatives réformatrices
  • Des années Turgot au tribunal de l’opinion sur le débat du règne de Louis XVI, les dernières tentatives réformatrices, et ses reculs, avant les événements révolutionnaires de 1789

Concernant les chapitres thématiques :

  • De la gloire de Fontenoy au désamour du Bien-Aimé sur l’évolution de l’image du roi dans l’opinion publique
  • Experts, théoriciens et administrateurs notamment sur la transformation de l’administration et l’émergence de l’économie vue comme une science
  • Sociabilités et Lumières consacré à la vie mondaine mais aussi au grand projet philosophique et scientifique de L’Encyclopédie
  • Le royaume aux 28 millions d’habitants qui dresse un état démographique précis de la France de la deuxième moitié du XVIII° siècle

Le livre s’achève sur une courte conclusion, mais aussi le toujours intéressant Atelier de l’historien détaillant les sources, l’évolution de l’historiographie, les chantiers et les débats sur l’histoire de la période. Les annexes (chronologie, bibliographie, sources des illustrations et documents, index) ferment l’ouvrage.

Contrairement au volume précédent sur l’apogée de la monarchie absolue qui m’avait semblé aride, très pointu et peu accessible aux non-connaisseurs, celui-ci permet à la fois d’apprendre et de comprendre la période à laquelle l’ouvrage est consacré.

J’ai pris un grand plaisir avec ce livre, lisant en détail avec avidité certains chapitres ou parcourant d’autres de façon moins précise, mais sans jamais perdre le fil. J’ai encore plus hâte de lire le prochain volume, consacré à la Révolution, au Consultat et à l’Empire.


La France des Lumières (1715-1789), Pierre-Yves Beaurepaire

Note : ★★★★☆

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Les rois absolus (1629-1715)

Je vais avoir beaucoup de mal à juger ce livre : je n’ai jamais vraiment à entrer dedans et j’ai fini par le survoler en ne m’attardant que sur certains passages qui ont attiré mon attention pour une raison ou une autre.

Je regrette ce que j’ai tendance à considérer comme un échec en tant que lecteur et amateur d’Histoire. Les tomes précédents de cette collection « Histoire de France » éditée par Belin m’avaient beaucoup plu dans l’ensemble, avec évidemment des préférences pour certaines époques ou pour l’approche de certains auteurs.

Dans le cas de ce septième tome, consacré aux « Rois Absolus », c’est-à-dire aux règnes de Louis XIII et Louis XIV au XVIIème siècle, je n’ai pas réussi à m’intéresser réellement au propos de l’auteur. L’approche thématique de l’ouvrage, qui ne m’avait pourtant pas dérangé dans les volumes précédents de la collection, m’a semblé un véritable frein pour moi cette fois.

Je connaissais mal cette période, à part quelques souvenirs de mes leçons d’histoire de l’école et du collège, et j’aurais sans doute eu besoin d’un rappel des événements majeurs de l’époque avant d’entrer dans des détails et des considérations certes importantes mais que je n’étais pas à même d’appréhender correctement.

Je vais tout de même essayer de vous présenter succinctement le contenu de ce livre. Outre le traditionnel « Atelier de l’historien » en fin d’ouvrage, celui-ci se compose de deux grandes parties :

La première partie, « L’absolutisme extraordinaire (1629-1660) », couvre la fin du règne de Louis XIII et le début de celui de Louis XIV, avec Richelieu puis Mazarin en position de ministres influents. L’auteur montre comment la guerre à l’extérieur du royaume – notamment avec l’Espagne, le grand rival d’alors – a justifié la mise en place d’impôts extraordinaires mais aussi d’un système administratif et judiciaire dépendant directement de la monarchie, au détriment de l’aristocratie territoriale. Cette pression fiscale, administrative et judiciaire a conduit à des révoltes populaires, parlementaires et aristocratiques, dont la Fronde qui a été une véritable guerre civile.

La seconde partie, « Un maître et ses sujets (1661-1715) » reprend le cours de l’Histoire à partir de la mort de Mazarin et de l’affirmation par Louis XIV de sa reprise en main du pouvoir, d’abord en s’appuyant sur ses ministres Colbert aux finances et Louvois à la guerre, puis de façon encore plus personnelle. L’auteur nous présente les principaux aspects de la société de l’époque : politique, religieux, artistique, linguistique, sécurité, justice, sans oublier l’indispensable chapitre sur le château de Versailles, ses jardins et les usages à la cour du roi.

Comme toujours dans cette collection, mais je le précise encore, l’ouvrage est richement et magnifiquement illustré, notamment l’encart d’une dizaine de pages sur Versailles.

Comme je le disais, je n’ai pas réussi à lire ce livre en profondeur, me contentant de survoler certains chapitres en ne m’attardant qu’occasionnellement sur certaines pages. Je vais tout de même poursuivre ma lecture de cette collection, en espérant y retrouver tout l’intérêt que j’y ai trouvé auparavant.


Les rois absolus (1629-1715), Hervé Drévillon

Note : ★★★☆☆

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La saga des Bonaparte

J’ai découvert ce livre par hasard à la médiathèque et je me suis dit que cela pouvait m’intéresser. La saga des Bonaparte (du XVIII° siècle à nos jours) retrace en effet les vies de plusieurs personnalités de la maison Bonaparte, en commençant par le premier d’entre eux, l’Empereur Napoléon Ier.

Célèbres, méconnus ou inconnus, les représentants, depuis plus de deux siècles, d’une dynastie qui a sidéré le monde.

Ils sont dix-sept et auraient pu être plus nombreux. Le premier d’entre eux, Napoléon, est un géant de l’histoire. Autour de lui, une famille – les Bonaparte – qui participa à son épopée, mais perpétua aussi sa grandeur. Chacun, animé de ses forces et faiblesses, joua un rôle important dans son époque. Parmi eux, deux empereurs, trois rois, une reine, deux princes contestataires, une incomparable muse, un aiglon maudit, un autre tombé au champ d’honneur, une amie des poètes, une névrosée célèbre, un étonnant politicien américain fondateur du FBI, un héros de la Résistance.

Leur saga est éminemment française, mais pas seulement. Elle est aussi italienne, allemande, hollandaise, anglaise, espagnole, russe et même américaine. Ils ne furent pas seulement des aristocrates accomplis. Tous ont mené plusieurs vies, au point d’apparaître comme d’excellents personnages de romans que n’auraient reniés ni Balzac ni Dumas.

Pour les faire revivre durant près de trois siècles, l’auteur a mené l’enquête à partir de sources renouvelées, battant en brèche nombre d’idées reçues ou de légendes devenues vérités au fil du temps. Sur fond d’intrigues et avec une large place accordée au récit, Pierre Branda restitue leurs improbables et attachantes destinées.

Pierre Branda est l’un des dirigeants de la Fondation Napoléon, et à ce titre un fervent admirateur de la famille Bonaparte. Cela se sent dans son ouvrage. Le long avant-propos consacré à Charles Bonaparte, le père de l’Empereur Napoléon, est à ce titre symptomatique : ses travers sont excusés et les rumeurs qui lui sont défavorables, si elles sont citées, sont rapidement balayées d’un revers de la main et mises sur le compte de la jalousie des rivaux face à la bonne fortune de la famille Bonaparte.

On retrouve la même approche subjective dans tous les chapitres suivants. Il faut donc prendre avec des pincettes les affirmations de l’auteur. Malgré tout, le livre permet de découvrir des personnalités de la famille Bonaparte que l’on connait mal, ou du moins que je connaissais mal voire pas du tout.

Ainsi, si le premier chapitre consacré à Napoléon Ier ne m’a pas appris grand chose, les suivants présentant ses frères et soeurs m’ont semblé plus utiles, car je connaissais mal ces personnalités historiques. Certains chapitres sont cependant plus ou moins intéressants que d’autres, en fonction de la personnalité évoquée et de sa destinée.

J’ai particulièrement aimé les deux chapitres consacrés d’une part à Napoléon II, popularisé sous le nom de l’Aiglon dans la pièce de théâtre du même nom d’Edmond Rostand, et d’autre part à Napoléon IV, fils de Napoléon III, qui n’a jamais régné et qui est mort en Afrique en combattant sous l’uniforme britannique, sa patrie d’exil et d’adoption.

J’ai également découvert des personnalités atypiques et peu connues, comme Charlie, issu de la branche américaine des Bonaparte, conseiller puis ministre de la Justice du président Théodore Roosevelt, et fondateur d’un bureau d’investigation fédéral qui deviendra plus tard le FBI. J’ai également redécouvert le destin du prince Louis, qui a refusé les offres de collaboration de l’occupant nazi et qui s’est engagé dans la Résistance, ce qui lui a valu quelques années après la guerre d’obtenir la révocation de la loi d’exil touchant sa famille.

Dans l’ensemble, le livre est intéressant, à condition de ne pas prendre pour argent comptant tout ce que déclare l’auteur. C’est d’ailleurs le principal reproche que j’adresserai à ce livre : sachant que l’auteur n’est pas objectif, le lecteur est obligé d’être méfiant face à ce qu’il lit, ce qui me semble le contraire de ce qu’on attend d’un ouvrage historique.


La saga des Bonaparte (du XVIII° siècle à nos jours), Pierre Branda

Note : ★★★☆☆

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Les guerres de religion (1559-1629)

J’en suis déjà (ou seulement, selon qu’on soit de nature optimiste ou pessimiste) au sixième des treize volumes de la collection Histoire de France éditée chez Belin sous la direction de Joël Cornette. Après La France avant la France (481-888), Féodalités (888-1180), L’âge d’or capétien (1180-1328), Le temps de la guerre de Cent Ans (1328-1453), et Renaissances (1453-1559), ce sixième volume est intitulé Les guerres de religion (1559-1629).

Son auteur, Nicolas Le Roux, est professeur d’histoire moderne à Lyon et a notamment travaillé sur les règnes des derniers Valois et sur l’assassinat d’Henri III, le dernier d’entre eux. Il était donc parfaitement légitime pour prendre en charge cet opus de la collection Histoire de France couvrant la période connue sous le nom des guerres de religion.

Après une préface signée Joël Cornette, Nicolas Le Roux adopte pour cet ouvrage une approche chronologique qui revient sur les grandes phases des guerres de religions. C’est particulièrement bienvenu pour un lecteur comme moi qui n’avait qu’un vague souvenir de mes cours d’Histoire sur cette période.

Ainsi, l’auteur commence par décrire la crise de la monarchie de la Renaissance, notamment la crise religieuse avec l’affirmation de la foi calviniste, les menaces sur l’autorité temporelle et morale du roi, les premiers troubles liés à la religion, les premières tentatives de conciliation, et le premier édit de tolérance.

La deuxième partie décrit la « paix impossible », avec des tensions qui s’exacerbent, des violences qui s’accroissent et les affrontements qui opposent catholiques et protestants. Cette montée des tensions et des violences atteint son apogée tragique dans la troisième partie consacrée au massacre de la Saint-Barthélemy, que ce soit ses sources, son déroulement et ses conséquences.

La quatrième partie est entièrement consacrée au règne d’Henri III, à travers son portrait, la description de son mode de gouvernement, l’organisation de sa cour (avec ses fameux « mignons »), son rapport à la religion, mais aussi l’état du royaume sous son règne.

Dans la cinquième partie, le règne d’Henri III s’achève tragiquement par son assassinat et Henri IV monte sur le trône dans un pays plus divisé que jamais, entre protestants, catholiques royalistes et catholiques de la Ligue, hostiles à l’avènement du nouveau monarque.

Le sixième chapitre montre la reconstruction du royaume, avec le rétablissement progressif de la paix, la réaffirmation du pouvoir monarchique, et l’application d’un régime de tolérance civile à travers le fameux édit de Nantes qui garantit la liberté de conscience tout en laissant les protestants dans une position de minorité fragile. Meilleur signe de de la maigre étendue de mes connaissances sur cette période, j’ai découvert ou redécouvert qu’avant d’être roi sous le nom d’Henri IV, Henri de Navarre était un prince protestant, qui abjura et se convertit au catholicisme pour conquérir la couronne royale.

Comme son prédécesseur, Henri IV fut assassiné par un fanatique catholique, ce qui provoque de nouveaux troubles décrits dans la septième partie. Son épouse Marie de Médicis assure la régence avant que, dans la huitième et dernière partie, son fils Louis XIII, atteigne sa majorité et assure son rôle de monarque, conseillé par le célèbre cardinal de Richelieu. Les dernières étapes de ce récit, qui voient l’éclosion de la monarchie absolutiste, servent parfaitement de transition vers le tome suivant, consacré aux rois absolus que furent Louis XIII et Louis XIV.

Dans les désormais traditionnels ateliers de l’historien, spécificité toujours bienvenue de cette collection, l’auteur revient d’abord sur la multitude des sources disponibles sur cette période, en mettant en avant certaines. Il relate ensuite les étapes successives de l’historiographie de la période des guerres de religion, à travers les travaux de plusieurs historiens plus ou moins connus. Enfin, Nicolas Le Roux présente les recherches et les débats passés et actuels sur cette période, à travers quelques thématiques : la Saint-Barthélemy, l’édit de Nantes, l’Etat et le roi, etc.

En sortant de cette lecture exigeante mais passionnante, je crois que ce sixième volume est pour le moment mon préféré ou l’un de mes deux préférés de la collection Histoire de France. Le tout premier volume, La France avant la France, m’avait déjà passionné et j’ai retrouvé dans celui-ci la même sensation d’apprendre énormément sans m’ennuyer. Le plan chronologique et le style abordable de l’auteur y sont certainement pour beaucoup, alors que cette période n’était pas forcément celle qui m’attirait le plus a priori. Contrairement à certains autres volumes de la collection, toujours érudits et globalement intéressants à lire, celui-ci m’a semblé à la fois accessible, captivant et riche.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet ouvrage, tout en apprenant énormément sur les guerres de religion. J’espère que les prochains volumes de la collection seront du même niveau, en terme d’érudition et d’accessibilité, que celui-ci, qui me semble être un modèle à suivre.


Les guerres de religion (1559-1629), Nicolas Le Roux

Note : ★★★★★

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Les Renaissances (1453-1559)

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Le cinquième volume de la collection Histoire de France dirigée par Joël Cornette pour la maison d’édition Belin est consacrée à la Renaissance, ou plutôt Les Renaissances comme l’indique le titre de cet opus.

Ce livre efface la coupure aussi traditionnelle qu’arbitraire entre le Moyen-Âge et l’époque moderne : c’est tout le siècle qui court de 1453 à 1559 qui est placé ici sous le signe « des » Renaissances, d’où la volonté de ne pas le découper en phases distinctes. Avec son dynamisme, sa floraison, sa créativité, c’est finalement la période qui correspond le mieux à l’appellation de « beau XVI° siècle » apparue il y a quelques décennies.

Cependant, si le changement est emblématique de la période et en particulier de ses représentations, de très fortes continuités se font jour. Cette dialectique nourrit le débat, déjà ancien, sur la « modernité » de la Renaissance. Correspond-elle vraiment à l’enfantement d’un monde nouveau ? N’est-ce pas plutôt le point d’aboutissement d’un rapport au monde issu directement des dernières siècles médiévaux ? Ces interrogations permettent de mettre en perspective le passage de cette époque, considérée comme lumineuse, aux ténèbres des guerres de Religion.

Le résumé l’indique parfaitement : l’ambition de Philippe Hamon, l’auteur de ce volume, n’est pas de glorifier l’époque de la Renaissance comme un nouvel Âge d’Or après des siècles de ténèbres médiévales, mais au contraire d’interroger à la fois sur les continuités et les changements entre le Moyen-Âge et cette période ouvrant sur l’époque moderne.

A cet effet, le plan retenu m’a semblé très efficace.

Le premier court chapitre, d’une trentaine de pages, vise à synthétiser la chronologie des principaux événements de l’époque, à travers le récit des règnes de Charles VII, Louis XI, Charles XVIII, Louis XII, François Ier et Henri II. Cela m’a semblé un rappel utile et bienvenu.

Suite à ce préambule chronologique, la plan est en suite thématique, avec 6 parties consacrées à un aspect différent de la période étudie.

La première partie est consacrée à la démographie et à l’économie, avec un synthèse des études sur la population française de l’époque, sur la production agricole et artisanale, et sur le commerce.

La deuxième partie s’intéresse aux questions sociales, avec les structures élémentaires d’encadrement, le monde urbain, les corporations, les notions d’inclusion et d’exclusion, et une réflexion sur la mobilité sociale et « l’ascenseur social ».

Dans la troisième partie, l’auteur s’attarde sur les questions politiques : la figure du roi, le mode d’exercice du pouvoir, la cour, l’accroissement des moyens d’action de la monarchie, et les relations entre le souverain et ses sujets.

La quatrième partie est consacrée aux relations internationales, avec une étude des moyens (armée et diplomatie), les moyens de contrôle des province, les tentatives d’expansion en Italie, et une présentation des alliés et des adversaires du royaume de France en Europe, en particulier l’Angleterre et l’Empire de Charles Quint.

La cinquième partie revient sur la question religieuse, au coeur de laquelle se trouve la Réforme et sa déclinaison française : le calvinisme. L’auteur montre comment le besoin de réforme au sein de l’Eglise catholique a été débordé par une Réforme plus profonde provoquant un schisme au sein de l’Eglise chrétienne d’Occident.

Enfin, la sixième thématique porte sur la culture : le projet humaniste y est défini ; les questions linguistiques et littéraires y sont abordées, avec évidement l’impact de l’invention de l’imprimerie ; d’autres thématiques culturelles sont également étudiées : l’influence italienne dans l’art, la naissance d’un classicisme français, la diffusion de la modernité artistique, et la place de l’art dans la société (artistes, mécènes, etc.)

Après une brève conclusion, le livre s’achève, comme tous les volumes de cette collection, par l’atelier de l’historien et des annexes. L’atelier de l’historien revient cette fois sur quatre sujets : la difficulté liées à l’étude des sources, nombreuses et hétérogènes sur la période ; l’historiographie sur François Ier, sur Rabelais, et sur les Français en Amérique à l’époque de la Renaissance ; des débats sur l’état, l’Homme de la Renaissance et le histoire des femmes et du genre ; et enfin un court chapitre intitulé « Chantiers » dans lequel l’auteur évoque les sujets d’étude et les approches qui mériteraient selon lui d’être poursuivis pour approfondir ou renouveler notre compréhension de la Renaissance.

Après avoir lu les 600 pages environ de ce livre, j’ai l’impression d’avoir une bien meilleure vision de la Renaissance qu’avant, même si certaines subtilités m’ont certainement échappées et que certains sujets m’ont moins intéressé que d’autres. J’y ai tout de même pioché des éléments passionnants et enrichissants, et j’ai surtout trouvé un livre de synthèse passionnant sur la Renaissance, auquel je pourrai me référer ultérieurement si je souhaite approfondir certaines thématiques.

Il me reste désormais à poursuivre ma découverte de cette collection avec le prochain tome, consacré aux passionnantes Guerres de Religion.


Les Renaissances (1453-1559), Philippe Hamon

Note : ★★★★☆