Livres & Romans

La Curée (Les Rougon-Macquart #2)

Après La Fortune des Rougon qui inaugurait la saga des Rougon-Macquart, j’ai poursuivi ma lecture complète du cycle de vingt romans d’Emile Zola avec son deuxième volume : La Curée.

Après un premier roman qui relatait le coup d’Etat de décembre 1851 vu d’une ville de province, le deuxième nous emmène à Paris, au moment où Aristide, l’un des fils de Pierre Rougon, vient s’installer au lendemain du coup d’Etat.

Les premiers chapitres dressent le décor et nous présentent les trois personnages principaux du roman ainsi que leur entourage. Au cours des sept longs chapitres qui composent ce livre, nous suivrons :

  • Aristide Saccard, ex-républicain converti au bonapartisme au lendemain du coup d’Etat, qui s’est choisi un nouveau nom pour se distinguer de son frère aîné Eugène, homme en vue du nouveau pouvoir impérial
  • Renée, la seconde épouse d’Aristide, qui l’a épousée en échange d’une forte somme d’argent pour la tirer de la honte d’une grossesse suite à une aventure avec un homme marié
  • Maxime, le fils androgyne d’Aristide avec sa défunte première épouse Angèle, que son père et sa belle-mère accueillent à Paris après qu’il ait passé son enfance à Plassans

Nous rencontrons également Sidonie Rougon, soeur d’Eugène et Aristide, une femme étrange, entremetteuse et toujours affairée au service des histoires d’amour et d’argent de la bourgeoisie parisienne.

Le roman nous raconte l’ascension d’Aristide Saccard, arrivé presque sans le sou à Paris et qui finit par rejoindre la haute société à force de coups plus ou moins légaux. Employé à la Ville de Paris, il spécule sur l’immobilier à l’heure des grandes transformations de ce qui deviendra le Paris haussmannien.

Quant à Renée, elle vit une relation étrange et malsaine avec son beau-fils Maxime, qu’elle prend sous son aile, introduit dans le Paris mondain tout en se montrant très possessive à son égard.

A travers ces trois personnages et leurs mésaventures sentimentales et financières, Emile Zola dresse un portrait acide de Paris sous le Second Empire. Il nous décrit le milieu véreux des affaires, la spéculation immobilière à l’heure des grandes transformations de Paris, l’arrivisme de beaucoup, la corruption des agents de l’Etat, les magouilles et les délits d’initiés autour des grands projets haussmanniens, l’enrichissement de certains au détriment de tous les autres.

L’auteur nous plonge également dans un microcosme mondain au mode de vie hypocrite et décadent, où les mariages sont arrangés comme des relations d’affaires, où l’endettement est abyssal, où le culte des apparences est roi, où le mépris de la haute société pour la société moins aisée cache des mœurs lamentables.

Si j’avais déjà beaucoup aimé La Fortune des Rougon, j’ai pris au moins autant de plaisir à lire ce deuxième volume des Rougon-Macquart. Si on met de côté certains passages de descriptions au style un peu désuet, le texte est très souvent savoureux, plein d’une ironie et d’une causticité que je ne soupçonnais pas chez Emile Zola, en tout cas à travers le souvenir que j’en gardais après avoir lu Germinal et La bête humaine quand j’étais lycéen.

Si toute la saga est aussi réussie que les deux premiers volumes, je crois bien que je vais me régaler au cours de mes prochaines semaines de lecture. Je vais en tout cas pouvoir le vérifier très vite avec le troisième volume : Le Ventre de Paris.


La Curée (Les Rougon-Macquart #2), Emile Zola

Note : ★★★★☆

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La révolution inachevée (1815-1870)

La révolution inachevée est le titre du dixième volume de la collection Histoire de France éditée chez Belin sous la direction de Joël Cornette. Ecrit par l’historienne Sylvie Aprile, il traite des années 1815 à 1870, c’est-à-dire la Restauration, la Monarchie de Juillet, l’éphémère Deuxième République, puis le Second Empire et sa chute.

Après la préface d’Henry Rousso et l’introduction par Sylvie Aprile, j’ai trouvé le menu plutôt alléchant : redécouvrir et éventuellement réhabiliter un court XIXème siècle méconnu, malaimé et souvent malmené par l’historiographie.

Le première chapitre, « De Louis XVIII à Louis-Philippe : une monarchie limitée » décrit et explique la période de la Restauration (1815-1830) : retour sur le trône de Louis XVIII qui concède une Charte constitutionnelle ; interlude des Cent-Jours voyant le retour puis la défaite définitive de Napoleon Ier ; règnes de Louis XVIII et de Charles X. Le chapitre s’achève à la veille des Trois Glorieuses.

Un deuxième chapitre long mais passionnant raconte la révolution des Trois Glorieuses en juillet 1830, qui fait chuter Charles X et aboutit à l’instauration de la Monarchie de Juillet, puis le règne de Louis-Philippe comme Roi des Français dans une monarchie constitutionnelle qui échouera en 1848. Le chapitre s’achève avec une longue partie sur l’opinion et ses espaces : parlement, rue, etc.

Après deux chapitres plutôt chronologiques, le troisième est thématique : « La France des champs et l’industrialisation » décrit la France et les transformations techniques et sociales qu’elle vit pendant la Restauration : un pays qui reste majoritairement rural, centré sur le « village », mais qui vit une modernisation faisant évoluer l’économie avec une industrialisation croissante.

J’ai ensuite beaucoup aimé le quatrième chapitre consacré à l’histoire des idées et des arts pendant la Restauration : essor du libéralisme (dans ses dimensions politique et économique), l’esprit de réforme, l’invention de nouveaux modèles de société (socialisme, anarchisme, catholicisme social, etc.), et la vie intellectuelle et artistique (avec un long passage sur le romantisme).

Le cinquième chapitre, sobrement intitulé « La France, l’Europe et le monde » traite de la place de la France de la Restauration et de la Monarchie de Juillet dans le concert international : les suites du congrès de Vienne de 1815, la rivalité anglo-française, la reprise d’une politique coloniale, et enfin un aperçu de l’Europe à la veille de 1848.

Pendant les fêtes, je n’avais pas avancé dans la lecture de ce livre, avant de m’y remettre avec un 6ème chapitre consacré intégralement à la révolution de 1848 : ses origines, l’insurrection de février mettant fin au règne de Louis-Philippe, la proclamation de la Seconde République (qui ne sera finalement que la deuxième), les élections au suffrage universel (masculin), l’abolition de l’esclavage, et la fin de la révolution en juin 1848.

Suite à la Révolution de 1848 décrite au chapitre précédent, le 7ème est consacré à la Deuxième République : l’établissement de la Constitution, l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la Présidence de la République, la lutte entre le président et l’opposition parlementaire, jusqu’au coup d’État de décembre 1851. L’autrice présente bien cette Deuxième République, en prenant soin de ne pas la limiter à une parenthèse menant nécessairement au coup d’État est à l’Empire.

Le huitième chapitre inaugure la partie consacrée au Second Empire, avec pour commencer le thème de l’autorité impériale : mode de gouvernance de Louis-Napoléon, proclamation de l’Empire, et musellement de l’opposition.

Le neuvième chapitre détaille la politique impériale, avec ses deux piliers : l’économie (modernisation de l’économie, transformation de Paris, prospérité) et la guerre (renouveau de la diplomatie française, avec la guerre de Crimée puis la question italienne), mais aussi la politique coloniale (implication en Amérique latine et achèvement de la conquête de l’Algérie).

Le dixième chapitre décrit la société du Second Empire, dans ses constantes et ses transformations : une France qui reste principalement rurale, mais qui voit l’essor du monde ouvrier ; la place des notables ; le style Second Empire dans l’art et la culture ; le retour des oppositions ; la religion et l’Église ; un parlementarisme timide.

Le onzième et dernier chapitre relate les trois dernières années du Second Empire : libéralisation du régime (parlementarisme accru, relative liberté de la presse) ; les élections de 1869 aux résultats contrastés, et le plébiscite de 1870 ; la guerre contre la Prusse de Bismarck, la défaite de Sedan et la chute de l’Empire.

Comme tous les volumes de cette collection, l’ouvrage s’achève avec d’impressionnantes annexes (chronologie, biographies, bibliographie, références iconographiques, textuelles et documentaires, et évidemment un abondant index), mais surtout le désormais traditionnel Atelier de l’historien, cette fois autour de quatre thématiques : revisiter le XIXe siècle ; l’Histoire et les historiens du XIXe siècle ; usages et mésusages de la littérature : faire de l’histoire avec Balazac, Flaubert, Hugo, etc. ; le premier siècle du regard photographique.

Je ne peux pas achever cette critique sans souligner la richesse et la qualité des illustrations et de la documentation de cet ouvrage : que ce soit les caricatures, les photographies, les documents, les cartes, les graphiques, tout s’accorde parfaitement avec le texte et l’illustre parfaitement.

Le livre lui-même est passionnant à lire, sur une période peu connue ou en tout cas mal connue en dehors du cercle des spécialistes. Il m’a clairement permis de redécouvrir un XIX° siècle que je connaissais mal alors qu’il s’agit sans doute d’une des périodes les plus intéressantes de notre histoire.

Je vais désormais pouvoir poursuivre mon voyage dans le temps et me rapprocher doucement mais sûrement de notre époque, avec le prochain volume consacrée aux années 1870-1914 et La république imaginée.


La révolution inachevée (1815-1870), Sylvie Aprile

Note : ★★★★☆

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Révolution, Consulat, Empire (1789-1815)

Après un volume consacré à La France des Lumières qui m’avait agréablement surpris et mis l’eau à la bouche pour la suite, c’est peu dire que j’attendais beaucoup de ce neuvième volume de la collection Histoire de France éditée par Belin. Il couvre la passionnante période de 1789 à 1815 sous le titre Révolution, Consultat, Empire.

Le plan proposé par les trois auteurs, Michel Biard, Philippe Bourdin et Silvia Marzagelli, est malin : il commence par six chapitres chronologiques qui racontent et expliquent la période révolutionnaire puis napoléonienn, puis se poursuit avec cinq chapitres consacrés à des thématiques transverses qu’ils abordent chacune sur l’intégralité de la période 1789-1815.

L’ouvrage débute par un premier chapitre résumant les dernières années précédant la Révolution : le poids des tensions sociales avec des révoltes multiples et récurrentes, les dernières tentatives réformatrices, leur échec conduisant à l’impasse, elle-même débouchant sur la convocation des Etats Généraux en 1789. Dès ces premières pages, j’ai été captivé, je sentais que ce tome avait tout pour me plaire.

Cette impression s’est poursuivie avec un deuxième chapitre, toujours aussi passionnant, consacré à la mise en place et la chute de la Monarchie constitutionnelle de 1789 à 1792.

J’ai été encore plus captivé par le troisième chapitre relatant les années 1792 à 1793 : la condamnation et l’exécution de Louis XVI, la Convention, la radicalisation des positions, la République en péril face aux oppositions intérieures et à la guerre venue de l’étranger, la Terreur, la chute de Robespierre, et la mise en place du Directoire, qui fait l’objet du chapitre suivant.

Ce quatrième chapitre m’a permis de redécouvrir la période du Directoire (1795-1799). République du centre, République bourgeoise, objet d’une légende noire, le Directoire scelle l’alliance du politique et du militaire, voit grandir la popularité des généraux, avant de tomber lors du coup d’Etat du 18 Brumaire mené par Bonaparte et ses alliés.

Le cinquième chapitre est consacré à la période du Consulat (1799-1804), avec l’affirmation d’un régime autoritaire autour de Bonaparte, l’oeuvre de réconciliation nationale (Concordat, amnistie des émigrés), et les grandes réformes – dont nous voyons pour certaines encore les traces de nos jours – dans les domaines des finances, de l’administration, de la justice ou de l’éducation.

Le sixième chapitre, consacré à l’Empire (1804-1815), clôt la première partie du livre, dédiée au récit chronologique. Les auteurs évitent brillamment l’écueil de se contenter d’égrener les victoires et défaites des campagnes napoléoniennes en Europe. Ils montrent comment le régime autoritaire à l’intérieur était indissociable de l’état de guerre quasi-permanent et de la rivalité avec l’Angleterre.

Après de passionnants chapitres déroulant la chronologie de la Révolution, du Consulat et de l’Empire, l’ouvrage se poursuit avec des chapitres thématiques. Pour commencer : l’économie, avec ses transformations entre 1789 et 1815 (abolition des droits féodaux, vente des biens nationaux, droit de la propriété, etc.) et ses défis face à la guerre. C’est intéressant, mais moins accessible que les premiers chapitres.

Le deuxième chapitre thématique porte sur la question religieuse : l’état de l’Eglise à l’aube de la Révolution, l’évolution du lien entre Église et État au cours des années 1789-1815, la reconnaissance des minorités religieuses, la déchristianisation de la société et l’apparition de fêtes civiques. C’est très intéressant et toujours précis sur le sujet.

Le livre se poursuit avec un chapitre consacré aux mouvements contre-révolutionnaires, à travers leurs idées, leur diversité voire leur hétérogénéité, leurs actions – notamment en Vendée, et en Bretagne avec les Chouans), le rôle des émigrés, et les tentatives de mettre fin aux avancées révolutionnaires par les urnes plutôt que par les armes.

Le chapitre thématique aborde les relations de la France révolutionnaire avec ses voisins européens d’une part, et avec ses colonies d’autre part. Sur le continent, les relations internationales sont marquées par un état de guerre permanente : guerre défensive pour protéger la Révolution, guerre de libération avec les Républiques-sœurs, guerre expansionniste ensuite. Les colonies quant à elles suivent d’abord l’exemple de la Révolution avant de lutter pour leur indépendance après les tentatives de reprise en main, notamment de Napoléon.

Suite logique du chapitre précédent sur les relations internationales, le dernier chapitre thématique détaille l’omniprésence de la guerre dans la France révolutionnaire puis napoléonienne : la levée d’une armée nouvelle, révolutionnaire ; le coût – notamment humain – de la guerre ; la culture du soldat et le culte des généraux, dont évidemment Bonaparte ; les liens entre armée et pouvoir politique.

Avant les inévitables annexes, l’ouvrage propose comme pour chaque volume de la collection un Atelier de l’Historien, composé ici de trois parties :

  • les sources (presse, pamphlets, mémoires, tableaux, caricatures) et leur exploitation
  • les problèmes et débats (les femmes dans la Révolution, la première abolition de l’esclavage en 1794, la vente des biens nationaux, la révolution et le monde des lettres et des arts, les interprétations de la Terreur, la révolution française vue comme l’un des épisodes d’une révolution atlantique plus globale)
  • l’historiographie, à la fois de la Révolution et de la période napoléonienne

Dois-je préciser que, comme chacun des volumes de cette collection, le livre est subliment illustré et richement documenté ? Je le dis à nouveau, car il le mérite autant que les volumes précédents.

J’attendais beaucoup de ce tome mais je n’ai pas été déçu : son plan extrêmement bien conçu, la qualité du texte et des illustrations m’ont permis de redécouvrir avec passion la période révolutionnaire et napoléonienne, avec des éclairages permis par les recherches historiques les plus récentes, loin de certains clichés persistants dans les médias « grand public ».

J’espère être aussi emballé par le prochain tome, consacré à une période que je connais mal mais dont je devine toute la richesse : la France des années 1815 à 1870, période de La Révolution inachevée.


Révolution, Consulat, Empire (1789-1815), Michel Biard, Philippe Bourdin et Silvia Marzagelli

Note : ★★★★★

Livres & Romans

Napoléon en Amérique

Après avoir beaucoup aimé La Pierre de la Victoire de Sébastien Capelle, j’ai enchainé avec son autre roman uchronique : Napoléon en Amérique.

Napoléon et son épopée à la conquête de l’Europe font partie des classiques de l’uchronie, pas très loin derrière l’uchronie sans doute la plus utilisée : et si les nazis avaient gagné la guerre ?

Toutefois, dans ce roman, l’idée de départ est un peu plus originale : l’auteur déplace Napoléon Bonaparte sur le continent américain. En 1795, l’officier corse – pas encore général – se rend à Louisiane où il va contribuer à libérer la ville du joug espagnol. Gagnant en popularité auprès de la population et des notables de la ville, il va progressivement unifier les états du sud de la côte atlantique américaine, en les aidant à ses défendre contre les puissances coloniales, la France et l’Espagne. Ensuite, l’unification avec les Etats-Unis d’Amérique sera à l’ordre du jour.

Sébastien Capelle nous propose de suivre cette épopée napoléonienne pas comme les autres sous la forme d’un roman épistolaire. Nous découvrons ainsi les échanges entre plusieurs personnages récurrentes : Napoléon lui-même ; Emilie, sa première épouse, fille d’un notable de la Nouvelle-Orléans et engagée dans la lutte pour l’abolition de l’esclavage et pour les droits des femmes ; Joseph, le frère aîné de Napoléon, et d’autres personnages qui croisent la route de Bonaparte sur le continent américain.

J’ai beaucoup aimé la première moitié du livre : j’ai trouvé que l’idée de départ était plutôt originale, et les échanges épistolaires donnent du rythme au récit et permettent de le suivre à travers des points de vue différents. Ensuite, j’ai trouvé que cela retombait un peu. Je ne me suis pas totalement lassé des aventures de Napoléon, mais j’ai été moins emballé.

Dans l’ensemble, c’est un roman uchronique réussi, mais qui manque de la puissance de La Pierre de la Victoire, dont la longueur – plus courte – évitait de faire retomber le rythme et l’intérêt du lecteur. Sébastien Capelle est en tout cas un auteur inventif que je risque de suivre avec intérêt à l’avenir, je me demande bien ce qu’il va bien pouvoir nous proposer dans ses prochaines créations !


Napoléon en Amérique, Sébastien Capelle

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

La Pierre de la Victoire

Qui a dit que les blogs étaient morts ? C’est en tout cas grâce à l’un d’eux, Blog à Part tenu par Alias, que j’ai découvert l’œuvre dont je vais vous parler aujourd’hui.

La Pierre de la Victoire est un texte de fiction, que j’ai envie de situer entre une longue nouvelle et un court roman, signé par Sébastien Capelle. C’est un récit uchronique qui commence en mars 1871 : les Prussiens assiègent Paris après leur victoire cinglante face aux troupes du Second Empire, le nouveau gouvernement républicain de Thiers a fui à Versailles, et le peuple parisien s’apprête à proclamer la Commune.

Georges Clemenceau est âgé de 29 ans et est maire du XVIII° arrondissement de Paris, celui de Montmartre et de sa butte. C’est un républicain modéré, qui cherche une troisième voie entre la majorité royaliste à l’Assemblée Nationale qui tente de restaurer la monarchie et les révolutionnaires parisiens qui veulent instaurer une République socialiste, le tout sous la menace de l’armée prussienne qui a vaincu six mois plus tôt les troupes de Napoleon III et fait tomber le Second Empire.

Pendant l’insurrection parisienne, Georges fuit sa mairie d’arrondissement par un passage souterrain, accompagné par Jeanne, fidèle secrétaire de mairie. Là, un événement va bouleverser l’Histoire : Jeanne est désormais possédée par l’esprit de Sequana, déesse de la Seine et protectrice de Paris, et Georges devient un être de pierre doté d’une force colossale et d’une résistance surnaturelle. Il résiste aux balles ennemies et peut ainsi harceler les troupes prussiennes qui encerclent la capitale, en endossant le costume de la Foudre, héros patriote qui restaure l’honneur et l’espoir des parisiens et des français après la cinglante défaite.

Sébastien Capelle nous offre donc un récit inclassable, qui navigue entre fiction historique, uchronie, fantastique voire fantasy, et même un côté super-héros avec cette version d’un jeune Georges Clemenceau transformé et costumé en super-héros de pierre.

Je ne connaissais pas suffisamment l’histoire de la Commune de Paris pour distinguer ce qui révèle de la vérité historique et de la fiction dans cette uchronie, mais l’auteur a eu l’excellente idée de conclure son texte par un chapitre où il rappelle l’Histoire réelle et où il détaille et explique les points de divergence qu’il a choisis pour son récit.

J’ai pris énormément de plaisir à lire ce court récit, c’est typiquement ce que j’attends d’une uchronie : passionnant d’un point de vue littéraire, et intelligemment écrit du point de vue historique. Cela me donne clairement envie de lire l’autre roman uchronique de cet auteur : Napoléon en Amérique.


La Pierre de la Victoire, Sébastien Capelle

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

La France des Lumières (1715-1789)

Entre l’apogée de la monarchie absolue dans le tome précédent et le suivant sur la Révolution et l’Empire que je suis impatient de lire, je n’attendais pas grand chose de ce huitième volume de la collection Histoire de France éditée par Belin sous la direction de Joël Cornette.

Sous le titre La France des Lumières, il couvre la période de 1715 à 1789 : il commence à la mort de Louis XIV, relate le règne de Louis XV puis les quinze premières années de celui de Louis XVI, et s’achève à la veille de la convocation des États-Généraux.

J’avais donc peu d’attentes sur ce volume, consacré à une période que je connaissais très mal et qui me semblait manquer d’intérêt, entre deux périodes plus palpitantes. En réalité, j’ai été passionné du début à la fin.

L’auteur, Pierre-Yves Beaurepaire, prend le temps de raconter les événements, de les expliquer, de les placer dans leur contexte, et de les illustrer avec une documentation riche et parfois inédite.

J’ai ainsi eu l’occasion de découvrir ou de redécouvrir une période historique rendue d’autant plus passionnante par un plan qui m’a semblé parfaitement construit :

Dans un premier court chapitre, l’auteur prend le temps de présenter l’état de La France à la mort de Louis XIV, d’un point de vue politique, militaire, financier, social et religieux.

Les deux chapitres suivants commencent le récit historique, avec La Régence de Philippe d’Orléans puis Les années Fleury, du nom du principal conseiller de Louis XV à sa majorité.

Suivent des chapitres qui alternent la progression du récit historique et le traitement de thématiques spécifiques.

Du côté des chapitres classiques poursuivant le récit historique, on trouve :

  • Au Mitan du siècle, avec notamment la défaite française lors de la guerre de Sept ans
  • L’autorité royale en question avec le sacrifice des jésuites et la fronde des parlements et les tentatives réformatrices
  • Des années Turgot au tribunal de l’opinion sur le débat du règne de Louis XVI, les dernières tentatives réformatrices, et ses reculs, avant les événements révolutionnaires de 1789

Concernant les chapitres thématiques :

  • De la gloire de Fontenoy au désamour du Bien-Aimé sur l’évolution de l’image du roi dans l’opinion publique
  • Experts, théoriciens et administrateurs notamment sur la transformation de l’administration et l’émergence de l’économie vue comme une science
  • Sociabilités et Lumières consacré à la vie mondaine mais aussi au grand projet philosophique et scientifique de L’Encyclopédie
  • Le royaume aux 28 millions d’habitants qui dresse un état démographique précis de la France de la deuxième moitié du XVIII° siècle

Le livre s’achève sur une courte conclusion, mais aussi le toujours intéressant Atelier de l’historien détaillant les sources, l’évolution de l’historiographie, les chantiers et les débats sur l’histoire de la période. Les annexes (chronologie, bibliographie, sources des illustrations et documents, index) ferment l’ouvrage.

Contrairement au volume précédent sur l’apogée de la monarchie absolue qui m’avait semblé aride, très pointu et peu accessible aux non-connaisseurs, celui-ci permet à la fois d’apprendre et de comprendre la période à laquelle l’ouvrage est consacré.

J’ai pris un grand plaisir avec ce livre, lisant en détail avec avidité certains chapitres ou parcourant d’autres de façon moins précise, mais sans jamais perdre le fil. J’ai encore plus hâte de lire le prochain volume, consacré à la Révolution, au Consultat et à l’Empire.


La France des Lumières (1715-1789), Pierre-Yves Beaurepaire

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Les rois absolus (1629-1715)

Je vais avoir beaucoup de mal à juger ce livre : je n’ai jamais vraiment à entrer dedans et j’ai fini par le survoler en ne m’attardant que sur certains passages qui ont attiré mon attention pour une raison ou une autre.

Je regrette ce que j’ai tendance à considérer comme un échec en tant que lecteur et amateur d’Histoire. Les tomes précédents de cette collection « Histoire de France » éditée par Belin m’avaient beaucoup plu dans l’ensemble, avec évidemment des préférences pour certaines époques ou pour l’approche de certains auteurs.

Dans le cas de ce septième tome, consacré aux « Rois Absolus », c’est-à-dire aux règnes de Louis XIII et Louis XIV au XVIIème siècle, je n’ai pas réussi à m’intéresser réellement au propos de l’auteur. L’approche thématique de l’ouvrage, qui ne m’avait pourtant pas dérangé dans les volumes précédents de la collection, m’a semblé un véritable frein pour moi cette fois.

Je connaissais mal cette période, à part quelques souvenirs de mes leçons d’histoire de l’école et du collège, et j’aurais sans doute eu besoin d’un rappel des événements majeurs de l’époque avant d’entrer dans des détails et des considérations certes importantes mais que je n’étais pas à même d’appréhender correctement.

Je vais tout de même essayer de vous présenter succinctement le contenu de ce livre. Outre le traditionnel « Atelier de l’historien » en fin d’ouvrage, celui-ci se compose de deux grandes parties :

La première partie, « L’absolutisme extraordinaire (1629-1660) », couvre la fin du règne de Louis XIII et le début de celui de Louis XIV, avec Richelieu puis Mazarin en position de ministres influents. L’auteur montre comment la guerre à l’extérieur du royaume – notamment avec l’Espagne, le grand rival d’alors – a justifié la mise en place d’impôts extraordinaires mais aussi d’un système administratif et judiciaire dépendant directement de la monarchie, au détriment de l’aristocratie territoriale. Cette pression fiscale, administrative et judiciaire a conduit à des révoltes populaires, parlementaires et aristocratiques, dont la Fronde qui a été une véritable guerre civile.

La seconde partie, « Un maître et ses sujets (1661-1715) » reprend le cours de l’Histoire à partir de la mort de Mazarin et de l’affirmation par Louis XIV de sa reprise en main du pouvoir, d’abord en s’appuyant sur ses ministres Colbert aux finances et Louvois à la guerre, puis de façon encore plus personnelle. L’auteur nous présente les principaux aspects de la société de l’époque : politique, religieux, artistique, linguistique, sécurité, justice, sans oublier l’indispensable chapitre sur le château de Versailles, ses jardins et les usages à la cour du roi.

Comme toujours dans cette collection, mais je le précise encore, l’ouvrage est richement et magnifiquement illustré, notamment l’encart d’une dizaine de pages sur Versailles.

Comme je le disais, je n’ai pas réussi à lire ce livre en profondeur, me contentant de survoler certains chapitres en ne m’attardant qu’occasionnellement sur certaines pages. Je vais tout de même poursuivre ma lecture de cette collection, en espérant y retrouver tout l’intérêt que j’y ai trouvé auparavant.


Les rois absolus (1629-1715), Hervé Drévillon

Note : ★★★☆☆