Livres & Romans

Find Me

Find Me est la suite – tant attendue par beaucoup, moi y compris – du très beau roman Call me by your name d’André Aciman, publié en 2007 et porté à l’écran en 2017.

Call me by your name racontait l’histoire d’amour, le temps d’un été, entre Elio, un adolescent de 17 ans, et Oliver, un étudiant américain de 24 ans. Dans la maison familiale d’Elio et ses parents en Italie, le jeune garçon et son aîné découvraient l’amour des hommes, jusqu’à l’heure du départ d’Oliver, laissant Elio dévasté par la perte de son premier amour.

Find Me se déroule des années plus tard et se compose de quatre parties de taille inégale :

  • La première partie, la plus longue me semble-t-il, raconte la rencontre entre Samuel, le père d’Elio, et une jeune femme, Miranda, dans le train qui les emmène à Rome.
  • La deuxième partie se déroule à Paris et relate l’aventure entre Elio, désormais pianiste professionnel, et Michel, un avocat rencontré lors d’un concert de musique classique
  • La troisième partie a lieu à New York où Oliver fête son retour dans le New Hampshire après un semestre passé dans une université new-yorkaise
  • La quatrième et dernière partie, la plus courte, se déroule après les retrouvailles entre Elio et Oliver, nous permettant de découvrir la suite (et fin ?) de leur histoire

Je dois dire que ce livre m’a d’abord enchanté, avant de me décevoir quelque peu. Dès les premières pages, et pendant presque toute la première partie, j’ai retrouvé le talent d’André Aciman pour parler des sentiments, avec une sensibilité que j’ai envie de comparer à celle de Stefan Zweig.

Malheureusement, la suite m’a semblé plus fade, un peu répétitive, et je me suis presque ennuyé par moment. Du coup, même les retrouvailles tant attendues entre Elio et Oliver ne m’ont pas emballé autant que je l’aurais cru, et j’ai terminé le roman avec un sentiment d’inachevé, ou d’être moi-même passé à côté de quelque chose.

Pour un roman parlant du temps qui passe, j’ai eu du mal à saisir quand se déroulaient les chapitres les uns par rapport aux autres, si des semaines, des mois ou des années les séparaient.

André Aciman écrit très bien sur le temps qui passe, sur les liens qui unissent ses personnages, mais son récit manque ici d’ampleur et de ligne directrice.

J’ai donc été déçu par cette « suite » du très beau roman qui nous avait permis de faire la connaissance d’Elio et Oliver. Finalement, ce qui m’a le plus plu dans ce récit, c’est la partie consacré au père d’Elio : déjà sympathique dans « Call me by your name », Samuel se révèle ici un personnage profond et dont il est plaisant de suivre les pensées. Dommage que le reste ne soit pas à la hauteur.


Find Me, André Aciman

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

Jour de courage

Il y a des livres qui nous tombent dessus un peu par hasard, dont on découvre l’existence par un de ces étranges enchainements de circonstances que la vie nous réserve parfois, et dont on se dit ensuite, une fois lus, qu’on ne pouvait pas y échapper, que les lire était comme une obligation, une évidence. Jour de courage en fait assurément partie.

Le résumé m’avait beaucoup plu mais je m’attendais, sans forcément comprendre pourquoi, à un roman gentillet sur un thème fort :

Lors d’un exposé en cours d’histoire sur les premiers autodafés nazis, Livio, 17 ans, retrace l’incroyable parcours de Magnus Hirschfeld, ce médecin juif-allemand qui lutta pour l’égalité hommes-femmes et les droits des homosexuels dès le début du XXe siècle. Homosexuel, c’est précisément le mot que n’arrive pas à prononcer Livio : ni devant son amie Camille, dont il voit bien qu’elle est amoureuse de lui, ni devant ses parents. Magnus Hirschfeld pourrait-il parler pour lui ? Sous le regard interdit des élèves de sa classe, Livio accomplit alors ce qui ressemble à un coming out.

Deux histoires se mêlent et se répondent pour raconter ce qu’est le courage, celui d’un jeune homme prêt à se livrer, quitte à prendre feu, et celui d’un médecin qui résiste jusqu’à ce que sa bibliothèque de recherche soit brûlée vive. À un siècle de distance, est-il possible que Magnus Hirschfeld et Livio se heurtent à la même condamnation ?

Le tout début m’a conforté dans mon idée préconçue : c’est bien écrit mais gentillet, cette histoire d’un adolescent qui profite d’un exposé en cours d’histoire pour parler de sa propre homosexualité, c’est sympathique mais ça ne va pas forcément m’emmener très loin.

Là où l’auteur fait preuve d’un véritable talent d’écriture, c’est que le rythme et la tension montent progressivement. Au fur et à mesure que Livio avance dans son exposé, qu’il raconte l’histoire du premier autodafé nazi qui a touché un institut de la sexualité engagé pour l’égalité des droits, que ce soit pour les femmes ou pour les homosexuels, il se dévoile lui aussi de plus en plus. Il s’expose, au sens premier du terme, au regard de ses camarades.

J’ai été véritablement happé par le double récit, celui de Livio faisant son exposé dans la salle de classe et celui de l’autodafé annoncé. J’ai dévoré les dernières pages, impatient de découvrir le fin mot de l’histoire.

En terminant ce roman, j’ai eu très vite deux pensées. La première, c’est qu’il s’agit d’un très grand livre, dont la qualité d’écriture – à la fois par le style et par le rythme et l »intérêt du récit – m’a surpris et captivé. La seconde, c’est que son titre a été magnifiquement choisi. Ce n’est pas toujours le cas, mais ce Jour de courage reflète parfaitement le contenu du roman, avec toutes les interprétations que chacun pourra en faire.


Jour de courage, Brigitte Giraud

Note : ★★★★★

Livres & Romans

Brave Face

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Brave Face est un roman autobiographique de l’écrivain américain Shaun David Hutchinson, connu pour plusieurs romans dans le genre Young Adult. Dans cette autobiographie, il raconte son adolescence, marquée à la fois par la découverte de son homosexualité et par la dépression dont il a souffert, au point de l’emmener à une tentative de suicide.

“I wasn’t depressed because I was gay. I was depressed and gay.”

Shaun David Hutchinson was nineteen. Confused. Struggling to find the vocabulary to understand and accept who he was and how he fit into a community in which he couldn’t see himself. The voice of depression told him that he would never be loved or wanted, while powerful and hurtful messages from society told him that being gay meant love and happiness weren’t for him.

A million moments large and small over the years all came together to convince Shaun that he couldn’t keep going, that he had no future. And so he followed through on trying to make that a reality.

Thankfully Shaun survived, and over time, came to embrace how grateful he is and how to find self-acceptance. In this courageous and deeply honest memoir, Shaun takes readers through the journey of what brought him to the edge, and what has helped him truly believe that it does get better.

Je ne vais pas vous raconter tout le roman, je vais simplement me contenter d’expliquer que l’auteur nous raconte son adolescence, au sens strict du mot teenager, puisque le roman commence quand Shaun a treize ans et prend fin lorsqu’il en a dix-neuf.

L’auteur nous raconte sa vie de famille, ses difficultés au collège puis au lycée, ses amitiés, ses tentatives avec d’éphémères petites amies avant de découvrir son homosexualité, ses premières histoires avec des garçons, avec toujours en toile de fond cette incapacité à s’accepter qui va provoquer une profonde dépression jusqu’à le pousser à vouloir mettre fin à ses jours.

J’ai envie de dire que c’est tristement classique, tragiquement banal. J’ai l’impression d’avoir déjà lu ou vu ce genre d’histoires, mais cela n’enlève rien ni à l’intérêt ni à l’utilité de ce livre. C’est un témoignage touchant de ce que signifiait grandir comme jeune adolescent homosexuel au milieu des années 1990 et je ne pouvais évidemment pas y rester insensible. Au-delà de la question de l’ homosexualité, il y a aussi le sujet de la dépression dont souffrait, et souffre toujours, Shaun, qu’il évoque avec beaucoup de justesse.

Je ne vais pas en dire plus, juste vous encourager à lire ce livre, et vous laisser avec quelques extraits pour vous en convaincre :

Depression speaks. It screams. It’s not like actually hearing voices. I know the voice in my head isn’t real and I know that it’s lying, but knowing those things doesn’t make it go away. I still hear it, and it dredges up my worst fears and yells them at me until it drowns out everything else.

I hated small talk then, and I still hate it now. When I go to a party, I either find those one or two people who are willing to get into a really intense conversation for a couple of hours about why the Oxford comma is the best comma or why Captain Janeway was superior to Captain Kirk, or I wind up sitting awkwardly by myself in a corner because I’d rather gag on a cocktail shrimp than spend five minutes discussing the weather or traffic.

In the final scene, Jamie is standing in this little piazza in front of their apartments. Ste comes walking down the stairs toward him, dressed up and looking handsome. Mama Cass’s “Dream a Little Dream of Me” drifts out of Leah’s open windows. Jamie holds out his hand to Ste and asks him to dance. Ste thinks Jamie’s joking at first—people might see them! His father might see them!—but Jamie isn’t joking. Tentatively, Ste takes Jamie’s hand, and they embrace. They dance. When nosy neighbors begin to peek their heads out, Leah and Jamie’s mom join the dancing, daring anyone to screw with their boys. And as the camera pans out, Ste rests his head on Jamie’s shoulder, leaving us with the image of two boys together and so totally in love. Happily ever after. The end. Beautiful Thing was a revelation. I walked out of that theater smiling. I walked out of the theater beaming. I walked out of the theater shooting rainbows out of my ass and firing them from my eyes. Jamie and Ste were like me! They were just average teenage boys. Like me!

I was a nineteen-year-old queer boy with depression who’d spent years pretending to be whoever I thought I’d needed to be to make people like me and was so terrified of being alone that I often thought I’d be better off dead.

So here’s the thing. Did I actually want to hang out with Parker or did I just want Parker to want to hang out with me? That’s a question I still don’t know the answer to. I think it’s probably closer to B) than A). I was lonely. I wanted someone to believe I was worth spending time with. The voice in my head told me I was utterly worthless, so I derived any value I had as a human being from others.

“The next time you feel like you want to, you ask for help.” Emily smiled and declared rummy, laying out her sets for me to see. I tallied the points and shuffled. “I checked myself in here.”

“Really?” That caught me by surprise. I’d also checked myself in, but only because Dr. Smith had threatened to commit me if I hadn’t. I was having a difficult time imagining anyone willingly checking themselves into a psychiatric facility.

“It’s true,” Emily said. “My life just became . . .” She paused, looking for the right word. “Overwhelming. I felt like I couldn’t handle the stress I was under, and I worried I might do something bad if I didn’t get help.”

“So you just asked for help? Simple as that?”

“It’s not really that simple,” she said, laughing. “But yes. I told my husband and kids I needed a mental vacation, and then I checked myself in.”

A mental vacation. I’d never heard anyone talk about mental health that way. Emily wasn’t ashamed of being in Fair Oaks, she wasn’t worried anyone was going to think she was weak for needing help. In fact, she was acting like she’d done something brave by recognizing she needed help and asking for it. And she had.

I’d begun to realize that my fear of being gay and my depression were two separate issues. I wasn’t depressed because I was gay. I was depressed and I was gay. Being gay doesn’t make a person depressed any more than being depressed makes a person gay. My self-hate was caused by my complete misunderstanding of myself and what being gay meant.

I wanted to write Brave Face because, while I love the message of “It Gets Better,” I worry that it’s not enough. When does it get better? How long does it take? How does it happen? Those are the unanswered questions I wanted to try to tackle. Because getting better isn’t something that happens overnight. It can take years. Sometimes it gets better, then it gets worse, better, worse again, and then better. And sometimes it’s not a simple either/ or. Sometimes it gets better and it gets worse.

The problem had never been that I didn’t know who I was; it was that I’d assumed who I was wasn’t good enough. But he was. I was. And you are too.

It took me a long time to come to terms with being gay and fitting into the community and accepting myself for who I was instead of trying to become who I thought others wanted me to be. And I have been much happier since I got to that point. But none of that made my depression go away. Depression is something I’ll always struggle with. The difference is that I understand now what that voice in my head is. It’s a fucking liar.

There are so many treatments for depression, and I found what works for me. That doesn’t always make life easy, but it makes it manageable. And when it gets too bad, I’m not ashamed to ask for help.

There are always better days beyond the bad. It gets better. Sometimes not as quickly as we’d like, but eventually. You get better. You learn and you grow and you accept yourself for who you are and know that you are good enough. It takes work, it takes patience, and often it takes help. But it does and will get better. And you don’t have to do it alone. You don’t have to put on a brave face and pretend that everything’s okay. It’s okay to hurt, and it’s okay to ask for help. You can show people who you really are, and you’ll still be worthy of being loved.


Brave Face, Shaun David Hutchinson

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Dîner à Montréal

Après avoir terminé hier Les derniers jours de Pompéi, j’avais choisi un autre livre, très différent, que j’avais prévu de commencer aujourd’hui. Et ce matin, en me levant, j’ai vu que j’avais reçu un message automatique d’Amazon m’annonçant que Dîner à Montréal, le nouveau roman de Philippe Besson que j’avais précommandé il y a plusieurs semaines en apprenant sa sortie à venir, était désormais disponible et directement accessible sur mon Kindle. Si me connaissez un peu, vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que j’ai changé mes plans pour commencer directement la lecture de ce roman en repoussant à plus tard l’autre lecture prévue initialement.

Le résumé proposé par l’éditeur en quatrième de couverture en dit suffisamment sur le roman pour avoir une idée de quoi il retourne, sans trop en dévoiler :

Ils se sont aimés, à l’âge des possibles, puis quittés, sans réelle explication. Dix-huit ans plus tard, ils se croisent, presque par hasard, à Montréal. Qui sont-ils devenus ? Qu’ont-ils fait de leur jeunesse et de leurs promesses ? Sont-ils heureux, aujourd’hui, avec la personne qui partage désormais leur vie ?

Le temps d’un dîner de retrouvailles – à quatre – chaque mot, chaque regard, chaque geste est scruté, pesé, interprété. Tout remonte à la surface : les non-dits, les regrets, la course du temps, mais aussi l’espérance et les fantômes du désir.

À leurs risques et périls.

Je viens de le dire, le résumé en disait suffisamment pour que je devine par avance ce dont Philippe Besson allait nous parler cette fois. Après « Arrête avec tes mensonges » et Un certain Paul Darrigrand, le romancier poursuit sa série de romans d’inspiration autobiographique.

Comme je le pressentais, celui-ci est quasiment une suite du précédent, puisque le fameux dîner à Montréal du titre réunit un quatuor riche en promesses : Philippe, l’auteur ; Antoine, son jeune amant rencontré trois mois plus tôt ; Paul, son ancien amant qu’il nous avait présenté dans le roman auquel il donnait son nom ; et Isabelle, l’épouse de Paul que nous avions également déjà rencontrée dans le roman précédent.

Dix-huit années se sont écoulées depuis l’aventure et la rupture entre Philippe et Paul dans Un certain Paul Darrigrand. Après plusieurs mois d’une passion secrète au tournant des années 80 et 90, Paul avait quitté Philippe pour rejoindre Isabelle, sa jeune épouse. Le récit se déroule cette fois en 2007, lors d’une tournée de l’auteur au Québec pour la sortie de son dernier roman. Paul, qui vit désormais à Montréal, vient à la rencontre de Philippe lors d’une séance de dédicaces dans une librairie. Après un bref échange, ils décident de dîner ensemble le soir-même, en présence d’Isabelle et Antoine.

C’est ce dîner – totalement réel ou partiellement fictif ? – que Philippe Besson nous raconte dans ce roman. Il le fait dans son style caractéristique : des phrases courtes, bien cadencées, qui percutent. J’ai toujours pensé que Philippe Besson écrit comme un escrimeur manie l’épée : avec finesse et précision, en touchant directement son objectif.

Le récit du dîner lui-même est bien construit, avec ce qu’il faut de suspense, d’interruptions lorsque sont abordés les sujets attendus par les protagonistes mais aussi par le lecteur que je suis. La psychologie des quatre convives est évidemment essentielle dans un tel exercice, et c’est fait avec talent , même si le roman est écrit à la première personnage et que nous ne sortons jamais des pensées et des interprétations forcément subjectives de Philippe, le narrateur-auteur.

Le roman fonctionne donc bien parfaitement bien, il prolonge habilement le récit débuté dans Un certain Paul Darrigrand, et même dans « Arrête avec tes mensonges », en revenant sur les raisons des obsessions de l’auteur Philippe Besson, et en décrivant, pour la première fois me semble-t-il, les circonstances dans lesquelles il a écrit son magnifique premier roman, En l’absence des hommes. Je dois dire que je suis toujours sensible à ces allers-retours entre la vie de l’auteur et son travail d’écriture, montrant comment la première a influencé à la fois sa manière d’écrire et les thèmes qu’il aborde plus ou moins ouvertement dans ses romans.

Si je dois mettre un bémol, c’est sur les limites de l’exercice, telles que je commence à les pressentir. Je ne l’avais pas vraiment ressenti avec ses des romans précédents, mais je commence à craindre que Philippe Besson finisse par tourner en rond avec ce cycle de récits fortement autobiographiques.

J’aime l’idée qu’il nous explique pourquoi il écrit, et pourquoi il écrit ce qu’il écrit, mais je n’aimerais pas qu’il reste dans cette position d’auto-contemplation, sans prendre le risque de se réinventer ou du moins de réinventer de nouvelles histoires, de nouveaux personnages.

Je rêve de rencontrer un nouveau Vincent de l’Etoile, le héros de En l’absence des hommes et de Retour parmi les hommes. J’espère que Philippe Besson saura nous emmener ailleurs dans ses prochains romans, même si j’ai encore pris beaucoup de plaisir à lire celui-ci.


Dîner à Montréal, Philippe Besson

Note : ★★★★☆

Comics & BD

Heartstopper (volume 1)

Heartstopper est d’abord un webcomic, une série de comics, publié sur Internet depuis 2016 et que l’on doit à la britannique Alice Oseman. Un premier volume a été compilé à partir des premiers chapitres, ce qui donne tout de même un album de près de 300 pages, publié début février 2019.

Boy meets boy. Boys become friends. Boys fall in love. An LGBTQ+ graphic novel about life, love, and everything that happens in between – for fans of The Art of Being Normal, Holly Bourne and Love, Simon.

Charlie and Nick are at the same school, but they’ve never met … until one day when they’re made to sit together. They quickly become friends, and soon Charlie is falling hard for Nick, even though he doesn’t think he has a chance. 

But love works in surprising ways, and Nick is more interested in Charlie than either of them realised.

Heartstopper is about love, friendship, loyalty and mental illness. It encompasses all the small stories of Nick and Charlie’s lives that together make up something larger, which speaks to all of us. 

‘The queer graphic novel we wished we had at high school.’ Gay Times

This is the first volume of Heartstopper, with more to come.


On est un peu, voire beaucoup, dans le même esprit que pour Bloom que j’ai lu juste avant et dont je parlais justement hier : le récit est centré sur la rencontre et la relation naissante – amicale ou amoureuse – entre deux garçons adolescents (anglais ici, alors que l’action se déroulait aux Etats-Unis dans Bloom)

La construction est classique, notamment sur la définition des deux personnages principaux : Charlie est un garçon plutôt timide, peu intéressé par le sport, connu comme gay et qui est d’ailleurs embarqué dans une relation secrète avec un de ses camarades ; Nick est un sportif populaire qui traine avec un groupe d’amis qui a plutôt tendance à se moquer de Charlie.

Derrière ces stéréotypes et ce point de départ classique, on trouve tout de même un récit sympathique servi par des dessins simples mais efficaces et surtout totalement en phase avec le ton du récit. J’ai souri plusieurs fois en lisant cette jolie histoire d’amitié et peut-être d’amour. Les sentiments naissants de Charlie pour Nick sont craquants, et le trouble ressenti par Nick qui s’interroge sur sa sexualité est décrit avec beaucoup de justesse.

J’ai passé un très bon moment de lecture avec cet album vraiment sympathique. Je n’ai pas été surpris par le récit, mais ça m’a bien plu et c’est bien l’essentiel. Le deuxième volume est annoncé pour le mois de juillet et je dois dire que je suis plutôt impatient de découvrir la suite des aventures de Charlie et Nick, d’autant que le premier s’achève sur un cliffhanger qui appelle forcément une suite.


Heartstopper (volume 1), Alice Oseman

Note : ★★★★☆

Comics & BD

Bloom

Bloom est un roman graphique tout récent, puisqu’il a été publié fin janvier 2019 par First Second. Il est signé Kevin Panetta au scénario et Savanna Ganucheau au dessin. Je ne sais plus exactement dans quelles circonstances j’en ai entendu parler mais le résumé m’avait tout de suite donné envie de le lire et je n’ai pas résisté longtemps avant de l’acheter :

Now that high school is over, Ari is dying to move to the big city with his ultra-hip band—if he can just persuade his dad to let him quit his job at their struggling family bakery. Though he loved working there as a kid, Ari cannot fathom a life wasting away over rising dough and hot ovens. But while interviewing candidates for his replacement, Ari meets Hector, an easygoing guy who loves baking as much as Ari wants to escape it. As they become closer over batches of bread, love is ready to bloom . . . that is, if Ari doesn’t ruin everything.

Writer Kevin Panetta and artist Savanna Ganucheau concoct a delicious recipe of intricately illustrated baking scenes and blushing young love, in which the choices we make can have terrible consequences, but the people who love us can help us grow.

Ari rêve de quitter à la fois la ville où il a grandi et la boulangerie-pâtisserie de ses parents où il doit régulièrement les aider. Son père aimerait d’ailleurs qu’Ari reste les aider encore longtemps et reprenne l’enseigne quand son épouse et lui prendront leur retraite. Cela ne fait pas vraiment partie des projets d’Ari, qui envisage plutôt de partir vivre à Baltimore avec ses amis avec lesquels il forme un groupe de musique. Il se met donc à la recherche d’un remplaçant qui pourra aider ses parents à la boulangerie quand lui-même sera parti. Il rencontre ainsi Hector, qui vient d’arriver en ville pour s’occuper de la maison de sa grand-mère récemment décédée, et qui se trouve être passionné de cuisine. C’est alors le début d’une belle histoire d’amitié, voire plus si affinités …

J’ai adoré cette bande dessinée dès les premières pages. Le dessin est joli et colle parfaitement à l’ambiance douce et tendre du récit. Les personnages sont sympathiques et attachants, on les reconnait tout de suite grâce au coup de crayon de Savanna Ganucheau (ce qui n’est pas toujours le cas dans certains romans graphiques récents). Quant au scénario de Kevin Panetta, il est sans grande surprise mais très plaisant à suivre.

Il y a beaucoup de tendresse et de bons sentiments dans ce roman graphique, et ce qui est remarquable c’est que cela passe autant par le texte que par les illustrations. A noter également pour les amateurs de cuisine, de boulangerie et/ou de pâtisserie : il y a de très belles planches où les personnages confectionnent divers pains et autres gâteaux plus appétissants les uns que les autres.

Le livre fait près de 370 pages mais je ne l’ai pas vu passer, tellement j’étais enchanté et emporté par les aventures culinaires, amicales et sentimentales d’Ari, Hector, et leurs amis. L’adjectif auquel je pense instinctivement en sortant de cette lecture c’est ‘cute’, ou mignon dans la langue de Molière, il représente parfaitement l’ambiance de cette histoire très joliment racontée.


Bloom, Kevin Panetta (scénario) & Savanna Ganucheau (illustrations)

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Si peu la fin du monde

Si peu la fin du monde est le premier roman de Laure Pfeffer, à paraître le 11 avril prochain. J’ai eu l’opportunité de le découvrir en avant-première grâce à son éditeur Buchet-Chastel et à NetGalley.fr.

Le résumé par l’éditeur m’avait intrigué, suffisamment pour me donner envie de lire ce roman :

En 1999, il ne s’est pas passé grand-chose. On attendait le bug de l’an deux mille sans l’attendre vraiment. Une année suspendue, entre la fin des années quatre-vingts et l’aube du troisième millénaire, entre la fin de la guerre froide et le début de la guerre contre le terrorisme. Entre la fin de l’enfance et le début de l’âge adulte.

Pourtant tout était en gestation – Internet, les téléphones portables, la dématérialisation du vivant, Google… – sous les auspices d’un bug aux allures de tsunami, qui sonnait à la fois comme la menace d’un coup d’arrêt et la promesse d’une table rase.

Si peu la fin du monde nous replonge dans cette étrange zone de transition pour évoquer le passage à l’âge adulte de trois personnages entre 19 et 22 ans pris dans le flot de l’Histoire – Olga, Jules et Alex. Des personnages errants, liés et solitaires, qui trompent leur angoisse de l’avenir grâce aux paradis artificiels, aux fêtes, à la recherche de sentiments authentiques dans un monde de plus en plus flou.

A travers ses trois personnages principaux, Olga, Jules et Alex, ce roman est avant tout le portrait d’une génération, celle née au tournant des années 1970 et 1980, celle qui a eu vingt ans en l’an 2000 (ou en l’an 2001 pour rendre hommage à Pierre Bachelet). Comme le dit l’un des protagonistes, cette génération est mal née, comme dans un trou noir : trop tard pour profiter des Trente Glorieuses et de mai 68, mais trop tôt pour connaître véritablement l’euphorie de la chute du Mur de Berlin.

Le plus étonnant c’est qu’en lisant ces tranches de vie de ces jeunes de 18 à 22 ans à la toute fin du XX° siècle, du haut de mes presque quarante ans, je n’ai réalisé que tard dans le roman que cette génération, c’était la mienne, que ces jeunes avaient le même âge que moi, que j’ai vécu ce tournant du siècle et du millénaire au même âge qu’eux. Je ne m’explique pas totalement pourquoi je n’ai pas fait tout de suite le rapprochement. Peut-être ai-je vécu ma jeunesse différemment de la leur, c’est probablement l’explication la plus plausible. A moins que je sois tout simplement incapable de me reconnaître dans cette tranche d’âge qui me parait désormais si lointaine, pour le meilleur et pour le pire.

Le roman a pour cadre principal la ville de Strasbourg, hormis quelques séjours plus ou moins lointains. J’ai eu plaisir à retrouver la cité alsacienne, ses quartiers, son architecture, son tramway, son centre-ville piétonnier, la place Kléber, le parc de l’Orangerie, tout ce que j’ai connu comme touriste à plusieurs reprises et que les personnages vivent au quotidien.

L’ambiance musicale qui rythme le roman est typique de la fin des années 90, avec des artistes et des chansons qui ont marqué cette époque. C’est un peu artificiel par moment, comme si l’auteur forçait le trait pour rappeler en quelle année le récit se déroule.

C’est d’ailleurs un peu la même chose avec la technologie : les e-mails, le bruit caractéristique du modem, les cabines téléphoniques, les réveils analogiques ou à cristaux liquides qui n’ont pas encore laissé la place aux alarmes de nos smartphones, l’arrivée des téléphones portables justement : tout est là mais c’est parfois comme une couche ajoutée sur un décor factice. J’ai bien aimé cependant les nombreuses allusions à la peur du bug de l’an 2000, qui parait si loin désormais mais qui a alimenté les pires angoisses à l’époque.

Malgré tout, l’effort est louable et j’ai globalement bien reconnu cette période de ma vie.

Le cadre et le décors sont donc plutôt fidèlement reconstitués, on s’y croirait presque. Le récit lui-même est plaisant, même s’il n’est pas forcément très joyeux. Les trois personnages principaux sont perdus dans leur vie et avec leurs sentiments. Il y a beaucoup d’ambiguïté sexuelle entre garçons et filles, entre garçons, entre filles, voire pas du tout d’ambiguïté dans certains cas. Cette jeunesse s’amuse tant bien que mal, fume (du tabac et pas seulement), fait la fête, baise, étudie finalement peu, bref cette jeunesse attend l’âge adulte sans impatience ni enthousiasme débordant, si ce n’est pas une angoisse réelle face à un avenir guère prometteur.

J’ai trouvé que le récit s’essoufflait un peu dans le dernier quart du roman, mais je m’étais suffisamment attaché aux personnages pour que je poursuive ma lecture sans déplaisir.

Dans l’ensemble nous avons affaire à un premier roman plutôt réussi, qui joue de jolie façon avec une certaine nostalgie mélancolique en nous ramenant finalement à une époque pas si réjouissante. Nous ne sommes clairement pas dans l’effet « souvenez-vous de cette enfance dorée où tout allait bien pour vous et dans le monde ». Au contraire Laure Pfeffer nous montre un monde qui s’apprête à passer un tournant, celui du passage à l’an 2000, comme un saut dans l’inconnu dont la jeunesse attendait finalement peu de choses, sinon le pire.


Si peu la fin du monde, Laure Pfeffer

Note : ★★★☆☆