Livres & Romans

Celui qui reste

Celui qui reste est la traduction en français du roman Only Child de Rhiannon Navin, une écrivaine née en Allemagne mais qui vit désormais aux Etats-Unis et écrit en langue anglaise. D’habitude, je préfère généralement lire les livres anglophones en version originale, mais cette fois-ci j’ai fait une exception car j’ai eu l’opportunité grâce à NetGalley.fr et à la maison d’édition JC Lattès de lire cette traduction en français par Carole Delporte.

Il faut dire que le résumé m’avait tout de suite intéressé :

Caché dans le placard de sa salle de classe avec ses camarades et sa maîtresse, Zach Taylor, le narrateur, entend des coups de feu dans le couloir de son école. Ce n’est pas la première fois qu’ils pratiquent cet exercice de confinement, mais cette fois, cela n’a rien d’un jeu. Un adolescent armé a pénétré dans l’école et, en quelques minutes, abat dix-neuf personnes, bouleversant à tout jamais le destin de la petite communauté. Et parmi les victimes, il y a le frère aîné de Zach.

Alors que la mère de Zach veut poursuivre en justice les parents du tueur, les tenant pour responsables des actes de leur fils, Zach se retranche dans un monde peuplé de livres et de dessins. Doué d’intuitions, de l’optimisme et de la détermination propres aux enfants, il décide d’aider ses proches à redécouvrir l’amour et la compassion, des vérités universelles dont ils ont besoin pour surmonter cette terrible épreuve.

Avoir lu un petit quart du roman, j’avais noté mes premières impression : c’était efficace, parfaitement calibré pour captiver l’attention et susciter l’émotion. J’avais ajouté : « presque trop efficace », avec cette sensation de lire un roman « prêt à l’emploi » pour un film hollywoodien.

Ensuite, je me souviens que j’ai trouvé qu’il y avait un temps faible au milieu de récit, avec une impression de tourner un peu en rond et de ne pas être surpris par les réactions et les actes des personnages, malgré l’intérêt du regard naïf et tendre du jeune narrateur, Zach.

La fin m’a beaucoup touché, alors même que je comptais bien résister à la terrible efficacité de l’auteur pour susciter des émotions. C’est presque trop facile avec un tel sujet, mais c’est bien fait et ça marche parfaitement.

Au final, c’est un joli roman sur le deuil familial : on assiste aux tentatives, différentes et parfois conflictuelles, d’un père, d’une mère et d’un petit garçon de six ans pour continuer à vivre après la père d’un enfant ou d’un grand frère. L’auteur a également l’idée très juste d’inclure dans l’équation les parents du tireur tout juste sorti de l’adolescence, abattu par la police après avoir tué dix-neuf enfants et enseignants.

Il me semble que Celui qui reste / Only Child est le premier roman publié de Rhiannon Navin, en tout cas en langue anglaise, je dois dire que je suis assez curieux de voir ce qu’elle nous proposera dans ses prochains romans. A suivre !

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Apprendre à lire

Il y a des livres que je découvre un peu par hasard, sans me souvenir des circonstances exactes dans lesquelles cette découverte s’est faite. C’est le cas avec Apprendre à lire, un roman de Sébastien Ministru. J’ai dû découvrir le résumé un jour et être suffisamment tenté pour l’acheter puis le lire.

Approchant de la soixantaine, Antoine, directeur de presse, se rapproche de son père, veuf immigré de Sardaigne voici bien longtemps, analphabète, acariâtre et rugueux. Le vieillard accepte le retour du fils à une condition : qu’il lui apprenne à lire. Désorienté, Antoine se sert du plus inattendu des intermédiaires : un jeune prostitué aussitôt bombardé professeur. S’institue entre ces hommes la plus étonnante des relations. Il y aura des cris, il y aura des joies, il y aura un voyage.

Le père, le fils, le prostitué. Un triangle sentimental qu’on n’avait jamais montré, tout de rage, de tendresse et d’humour. Un livre pour apprendre à se lire. 

Je ne connaissais pas du tout Sébastien Ministru, dont Wikipedia m’apprend qu’il s’agit d’un journaliste belge né au début des années 1960. Le narrateur étant un directeur de presse qui approche de ses soixante ans, je ne peux pas m’empêcher de me demander quelle est la part de fiction et d’auto-biographie dans ce roman.

Quoiqu’il en soit, c’est une jolie histoire autour de la relation père-fils, de la filiation, de la transmission, avec un récit bien construit et qui sort de l’ordinaire. Ce qui fait le sel de ce roman, c’est évidemment le fait que par un retournement des habitudes ce soit le fils qui prenne en charge, d’abord directement puis à travers un tiers, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture par son père. Cela donne des situations étonnantes mais bien écrites et parfois touchantes.

La présence d’un troisième larron, ce Ron que le narrateur rencontre d’abord comme escort avant d’apprendre qu’il se destine au métier d’instituteur, apporte également quelque chose au récit. Le prostitué reconverti en professeur sert de lien entre le père et le fils qui n’ont jamais appris à se parler.

Au-delà de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture par le père, c’est aussi une histoire sur un père et son fils qui doivent apprendre à se parler, à se comprendre, après des décennies d’éloignement plus ou moins volontaire.

Il y a quelque chose de très beau dans ce roman. Il est court (160 pages), se lit facilement et rapidement, avec un style simple, mais il est riche par son contenu en allant à l’essentiel. « Pas la peine d’en rajouter », comme le disait cette vieille publicité pour une marque de café. Parfois, cela suffit, et c’est très bien ainsi.


Apprendre à lire, Sébastien Ministru

Note : ★★★★☆

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Mon année de lecture 2018

Lecture 2018

Grâce à Goodreads, il est facile pour moi de faire un bilan de mon année de lecture. Tout le détail est ici mais je vous propose une synthèse rapide.

Rien de sert de courir, il faut partir à point

Au début de l’année 2018, je m’étais fixé pour objectif de 52 livres lus au cours de l’année. C’est le nombre minimal auquel je tente de m’astreindre, avec un rythme moyen d’un livre par semaine que j’ai toujours réussi à tenir, voire à surpasser largement, depuis quelques années.

Cette année, j’ai terminé 175 livres, mon record depuis longtemps. L’an passé, qui était déjà une grosse année de lecture pour moi, j’avais terminé l’année avec 84 livres. Cette année, diverses raisons m’ont permis de consacrer beaucoup de temps à la lecture. Autre explication : j’ai inclus dans mon décompte de cette année les bandes dessinées, ce que je ne faisais pas les années précédentes. Malgré tout, les BD doivent représenter entre 30 et 40 livres dans mes lectures de cette année : même sans elles, j’aurais largement dépassé à la fois mon objectif et mon record de l’année dernière.

C’est pas la taille qui compte

Le livre le plus long que j’ai lu cette année est Berlin Finale, un pavé de 880 pages que son poids n’empêche pas d’être un excellent roman historique ayant pour cadre la ville de Berlin dans les dernières semaines de la Seconde Guerre Mondiale.

A l’inverse, ma lecture la plus courte n’est même pas un album de bande dessinée, mais la sympathique nouvelle L’Elfe et les égorgeurs de Jean-Philippe Jaworski, qui se déroule dans le même univers que son très bon roman Gagner la guerre et son tout aussi bon recueil de nouvelles Janua Vera.

Mouton ou solitaire

Le livre le plus populaire, c’est-à-dire le plus lu par les membres de Goodreads, que j’ai lu cette année est Un gentleman à Moscou, que j’avais beaucoup aimé à l’époque. C’était un roman original, porté par des personnages sympathiques, dans la Russie du XX° siècle. Je suis content de voir que d’autres, nombreux, ont lu et sans doute apprécié ce roman très plaisant.

Par contre, j’ai été l’unique lecture cette année du catalogue de l’exposition Auguste qui avait eu lieu il y a quelques années au Grand Palais à Paris. J’avais retrouvé avec plaisir ce recueil de plus de 300 pages à la médiathèque et je l’avais emprunté et lu avec joie pour retrouver la magnifique collection et les textes érudits de cette exposition marquante.

Premiers et derniers de cordée

Ma première lecture de 2018, c’est-à-dire le premier livre que j’ai terminé cette année est Horus Rising, le premier d’une longue saga de science-fiction se déroulant dans l’univers de Warhammer 40k. J’avais bien aimé et j’avais poursuivi avec les deux tomes suivants, avant d’être attiré par d’autres lectures. Il faudrait peut-être que j’y retourne pour découvrir la suite.

Sauf retournement de situation improbable d’ici ce soir, ma dernière lecture de 2018 aura été Les Buddenbrook, le sublime roman de Thomas Mann qui nous décrit la vie d’une famille de négociants allemands sur plusieurs générations. Un chef d’oeuvre de la littérature allemande que je suis heureux d’être enfin pris le temps de lire.

Coups de coeur

Plusieurs livres m’ont suffisamment plu ou marqué cette année pour que je ressente le besoin de les citer ici :

Des hommes qui lisent (Edouard Philippe)

L’Aiglon à deux têtes (Jean-Marc Ligny et Patrick Cothias)

L’Histoire revisitée : Panorama de l’uchronie sous toutes ses formes (Eric B. Henriet)

Rien de s’oppose à la nuit (Delphine de Vigan)

Fatherland (Robert Harris)

Deux garçons, la mer (Jamie O’Neill)

La mort est mon métier (Robert Merle)

Ni partir ni rester (Julian Fuks)

Les jeunes gens (Mathieu Larnaudie)

Reunion (Fred Uhlman)

A Ladder to the Sky (John Boyne)

Avec toutes mes sympathies (Olivia de Lamberterie)

Idiss (Robert Badinter)

Qui a tué mon père (Edouard Louis)

Et en 2019 ?

Pour l’année qui s’annonce, j’hésite encore sur l’objectif que je souhaite me fixer. Je pourrais repartir sur un objectif de 52 livres, en sachant qu’il y a encore de très grandes chances que je l’atteigne dès le mois de juin ou juillet, ou partir tout de suite sur un objectif plus ambitieux mais réaliste autour d’une centaine de livres. A suivre …

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Des hommes qui lisent

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Lire un livre d’Edouard Philippe, fidèle d’Alain Juppé pendant des années et actuel Premier Ministre d’Emmanuel Macron, voilà qui pourrait surprendre ceux qui connaissent mes opinions politiques. Toutefois, j’aime à croire que le sectarisme n’a jamais fait partie de mon vocabulaire.

Ce qui m’a attiré vers ce livre, bien plus que la personnalité de son auteur, c’est son thème : les livres et surtout la lecture. A travers le récit de sa « vie de lecteur », si j’ose dire, Edouard Philippe se raconte, parle de sa famille (ses grand-pères, son père, dans un homme émouvant) tout en rendant un vibrant hommage à la lecture, à tout ce qu’elle peut apporter à l’homme et à l’humanité. Pour l’amoureux de lecture que je suis, c’est un livre passionnant et touchant. L’homme politique derrière l’auteur apparait également quand il parle de censure en matière culturelles à travers l’exemple de Céline, mais aussi dans un chapitre passionnant sur la politique de lecture et des initiatives intéressantes à mes yeux qu’il a menées en tant que maire du Havre. Sans partager les positions politiques d’Edouard Philippe, je dois lui reconnaître une capacité de réflexion et de prise de recul, qui ne sont pas toujours les premières qualités de ses congénères.

Le livre s’achève sur deux listes d’oeuvres : celles que l’auteur a lues et qu’il conseille à ses lecteurs, et celles qu’il n’a pas encore lues, dans un effort d’honnêteté qu’il convient de noter. Je crois bien que je vais relire ces deux listes pour y relever quelques livres qui pourraient m’intéresser.

En refermant ce livre, qui m’a passionné et touché droit au coeur, j’avais en tête cette interrogation, dont je ne sais s’il s’agit d’une citation célèbre ou si elle vient tout droit de mon inconscient : un homme qui aime autant la lecture peut-il être foncièrement mauvais ?


Des hommes qui lisent, Edouard Philippe

Note : ★★★★★


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