Livres & Romans

Un enfant

Un enfant est un livre paru début octobre chez Grasset, que j’ai eu l’opportunité de pouvoir découvrir en service de presse par l’intermédiaire de NetGalley.fr. Ce récit est signé par par la pédiatre Patricia Vergauwen et le journaliste Francis Van de Woestyne, les parents de Victor, l’enfant qu’ils ont perdu et auquel ils consacrent ce livre écrit à deux.

Voici le bouleversant récit à deux mains de la mort d’un enfant par son père et sa mère.

Le 4 novembre 2016, Victor, âgé de treize ans, fait une violente chute de dix mètres. Apprenant la nouvelle, ses parents se précipitent sur les lieux de l’accident. Redoublant la tragédie, sa mère, médecin, assiste impuissante à ses derniers instants. Victor ne survit pas. Ce tragique événement a marqué à jamais chacun des membres de cette famille, car Victor avait un frère et trois sœurs. Comment vivre avec à l’esprit, avec au cœur, ce drame inexprimable qu’est la mort d’un enfant.

Son père et sa mère décrivent dans des chapitres alternés les sentiments successifs et parfois mêlés de désespoir, de rage, de désemparement, d’absurde. Dans ce lent travail de deuil de plusieurs mois, les plus infimes détails viennent réveiller la douleur, comme quand, allant un jour au cinéma, Patricia et Francis voient un siège vide à côté d’eux  : le siège qu’aurait occuper Victor. Dans leur tentative passionnée de dire l’indicible, l’un et l’autre expriment à leur enfant perdu, au plus près de ce qu’ils ont ressenti, l’amour inconditionnel qu’ils lui portent, la colère qui les possède, l’impuissance face à l’impitoyable vie qui continue, le déni parfois, mais surtout et d’abord, le manque, le terrible manque, qui, deuil ou non ne cesse jamais.

Si ce livre est un chant d’impuissance, il est aussi celui de l’espoir  : dans chaque mot, dans chaque frisson provoqué par les phrases et leur déchirante vérité, la présence de Victor demeure, palpable, vivante, et qui donc finit par redonner à Patricia et Francis l’envie de vivre, pour eux, pour lui.

Nous avons évidemment affaire ici à un livre très personnel, le récit du deuil de deux parents meurtris par la mort accidentelle de leur fils âgé de treize ans. Il est évidemment difficile de juger un tel livre, mais je dois dire que j’ai été très touché par les mots de Patricia Vergauwen et Francis Van de Woestyne. Chacun à leur façon, le père et la mère de Victor racontent qui était leur enfant, leur vie à ses côtés puis sans lui. Ils pleurent son absence et se demandent comment la vie peut continuer sans Victor.

Ce qui m’a marqué au début, au-delà de l’émotion suscitée par la tristesse des parents, c’est la façon dont chacun vit son deuil de façon solitaire. Bien sûr, ils tentent de se soutenir, mais on sent bien que chacun est seul face à l’absence du fils. C’est plus tard seulement que les deux parents se trouvent dans le deuil de Victor et dans leur nouvelle vie de famille, sans lui.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce récit, mais je crois qu’il est préférable que chacun le découvre à sa façon. Je peux juste conclure en disant à quel point ce livre est un magnifique hommage de deux parents à leur fils disparu, un message d’amour tristement splendide.


Un enfant, Patricia Vergauwen & Francis Van de Woestyne

Note : ★★★★★

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Celui qui reste

Celui qui reste est la traduction en français du roman Only Child de Rhiannon Navin, une écrivaine née en Allemagne mais qui vit désormais aux Etats-Unis et écrit en langue anglaise. D’habitude, je préfère généralement lire les livres anglophones en version originale, mais cette fois-ci j’ai fait une exception car j’ai eu l’opportunité grâce à NetGalley.fr et à la maison d’édition JC Lattès de lire cette traduction en français par Carole Delporte.

Il faut dire que le résumé m’avait tout de suite intéressé :

Caché dans le placard de sa salle de classe avec ses camarades et sa maîtresse, Zach Taylor, le narrateur, entend des coups de feu dans le couloir de son école. Ce n’est pas la première fois qu’ils pratiquent cet exercice de confinement, mais cette fois, cela n’a rien d’un jeu. Un adolescent armé a pénétré dans l’école et, en quelques minutes, abat dix-neuf personnes, bouleversant à tout jamais le destin de la petite communauté. Et parmi les victimes, il y a le frère aîné de Zach.

Alors que la mère de Zach veut poursuivre en justice les parents du tueur, les tenant pour responsables des actes de leur fils, Zach se retranche dans un monde peuplé de livres et de dessins. Doué d’intuitions, de l’optimisme et de la détermination propres aux enfants, il décide d’aider ses proches à redécouvrir l’amour et la compassion, des vérités universelles dont ils ont besoin pour surmonter cette terrible épreuve.

Avoir lu un petit quart du roman, j’avais noté mes premières impression : c’était efficace, parfaitement calibré pour captiver l’attention et susciter l’émotion. J’avais ajouté : « presque trop efficace », avec cette sensation de lire un roman « prêt à l’emploi » pour un film hollywoodien.

Ensuite, je me souviens que j’ai trouvé qu’il y avait un temps faible au milieu de récit, avec une impression de tourner un peu en rond et de ne pas être surpris par les réactions et les actes des personnages, malgré l’intérêt du regard naïf et tendre du jeune narrateur, Zach.

La fin m’a beaucoup touché, alors même que je comptais bien résister à la terrible efficacité de l’auteur pour susciter des émotions. C’est presque trop facile avec un tel sujet, mais c’est bien fait et ça marche parfaitement.

Au final, c’est un joli roman sur le deuil familial : on assiste aux tentatives, différentes et parfois conflictuelles, d’un père, d’une mère et d’un petit garçon de six ans pour continuer à vivre après la père d’un enfant ou d’un grand frère. L’auteur a également l’idée très juste d’inclure dans l’équation les parents du tireur tout juste sorti de l’adolescence, abattu par la police après avoir tué dix-neuf enfants et enseignants.

Il me semble que Celui qui reste / Only Child est le premier roman publié de Rhiannon Navin, en tout cas en langue anglaise, je dois dire que je suis assez curieux de voir ce qu’elle nous proposera dans ses prochains romans. A suivre !

Livres & Romans

Toi, tu as la haine !

Librinova est une maison d’auto-édition qui me contacte régulièrement pour me proposer de recevoir gracieusement un exemplaire numérique des romans de leurs auteurs. Parfois, je fais l’impasse quand le résumé et le dossier de presse ne me disent rien. D’autres fois, je laisse sa chance à un auteur et son roman, quand quelque chose me titille et me donne suffisamment envie de tenter la découverte. C’est ce qui s’est passé récemment avec Raphaëlle Ahme et son roman Toi, tu as la haine !

Si le résumé ne m’avait pas totalement emballé, il y avait cependant suffisamment d’éléments pour attirer mon attention, notamment les passions artistiques – et surtout littéraires – de sa protagoniste et l’évocation de l’évolution de l’hôpital public.

Musicienne amatrice, Gabrielle est aussi danseuse et passionnée de littérature. Son métier et les activités artistiques qu’elle a développées de manière cathartique l’ont-ils sauvée d’une enfance trop sérieuse et dénuée de chaleur maternelle ? J.S. Bach, le flamenco, Rachmaninov, Tolstoï, le tango argentin, Dumas… Son combat contre elle-même qu’a été sa vie a-t-il suffi ?

Avec beaucoup de lucidité, d’humour et d’autodérision, convoquant ses souvenirs, tristes ou joyeux, et les personnes qu’elle a côtoyées, sa famille et ses amis, elle tente de répondre à cette question, jusqu’à la déflagration de l’impensable diagnostic.

En tant que soignant, elle témoigne aussi, de l’intérieur, d’une activité en plein essor exercée au lit du patient, la pharmacie clinique et de la dérive managériale des hôpitaux.

Le roman comporte 248 pages et se lit facilement. Le style est fluide, peut-être un peu plat, sans que cela me dérange outre mesure. Le récit est avant tout la chronique d’une vie, que j’imagine au moins en partie autobiographique. La narratrice, Gabrielle, nous parle de son enfance, de son adolescence puis de sa vie d’adulte.

L’ombre de sa mère, stricte et peu aimante, est omniprésent tout au long du roman, qui n’est pas vraiment un règlement de compte entre une fille et sa mère mais parle tout de même sans détour de leur relation complexe, comme l’est d’ailleurs celle entre Gabrielle et sa fille cadette.

Ce n’est pas inintéressant, quoiqu’un peu décousu par moment. La structure narrative est symptomatique : si la plupart des chapitres suivent un ordre chronologique, des intermèdes se déroulent à une période plus récente, et écrits par ailleurs à la troisième personne du singulier alors que Gabrielle s’exprime à la première personne dans les autres chapitres. Je n’ai pas vraiment compris ce que ce découpage et cette singularité de point de vue apportait à la lecture.

Autre exemple : vers la fin du roman, l’auteur nous parle des conditions de travail dans l’hôpital où Gabrielle dirige le service de pharmacie. Elle attaque frontalement les politiques publiques de santé et la dérive de la gestion des hôpitaux par des administrateurs obsédés par des indicateurs plutôt que par la qualité des soins, la prise en charge efficace des patients et les conditions de travail des soignants. C’est intéressant, même si cela arrive un peu comme un cheveu sur la soupe.

C’est d’ailleurs le plus gros reproche que je ferai à ce roman : comme c’est la chronique de la vie d’une femme de son enfance à son âge adulte, il aborde beaucoup de sujets sans forcément choisir son camp. C’est à la fois un roman sur la famille, la maternité, l’amour, le deuil, l’hôpital, c’est tout cela à la fois sans être totalement engagé dans une voie ou dans l’autre, ni sans être totalement pertinent à chaque fois.

Je me demande si ce n’est pas un défaut propre à un premier roman : une tentation de l’auteur de parler de nombreux sujets qui lui sont chers plutôt que se fixer sur une thématique et la traiter profondément.

Il y a cependant de vrais beaux passages dans ce roman, dont certaines évocations, sur la famille ou la relation avec la mère, m’ont particulièrement touchées. Cela n’a pas suffi à me convaincre totalement, mais j’ai tout de même lu avec plaisir ce roman courageux, un peu déroutant, et peut-être pas totalement abouti.


Toi, tu as la haine, Raphaëlle Ahme

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

Sonate pour Gustav

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Je ne sais pas par quel mystère j’avais perdu ce livre parmi mes services de presse en attente. Je l’avais sollicité sur NetGalley.fr il y a un an, je ne me souvenais pas avoir reçu la réponse positive de l’éditeur, et pourtant j’ai trouvé ce livre parmi mon catalogue disponible il y a peu de temps, alors qu’il ne me semblait pas l’y avoir vu quand j’étais fait le point sur mes services de presse il y a plusieurs semaines.

Qu’importe ce mystère finalement, l’important était que je voulais lire ce livre et que j’en ai enfin eu l’occasion. Le résumé de l’éditeur m’avait donné envie de m’y plonger :

Juste avant que n’éclate la Seconde Guerre mondiale,  dans un petit village suisse, deux jeunes garçons vont se lier d’amitié. Gustav, à l’enfance difficile, est orphelin de père. Celui-ci, un policier local a permis, malgré les ordres des autorités, à des réfugiés juifs d’entrer dans le pays. Selon Emilie, sa veuve, la crise cardiaque qui l’a emporté après la guerre, n’est pas étrangère à ce comportement. Elle reporte son amertume sur Gustav.  Anton, lui, est un pianiste prodige, choyé par des parents juifs très aisés, qui ont pour lui une très grande ambition et veulent qu’il réussisse une carrière de concertiste. Gustav est invité par Anton et ses parents à les accompagner à Davos, ou ils vont nouer une amitié encore plus forte, au cours de longues promenades dans les bois qui vont sceller leurs solitudes. Si Anton expérimente de terribles tourments psychologiques à l’idée de se produire en public dans des concours musicaux,  Gustav de son côté vit une existence de profond désarroi avec une mère qui a perdu son emploi  et dont les expériences amoureuses sont sans lendemain.
Les années ont passé, Gustav a ouvert un hôtel à Matzlingen, son village natal. Un jour Anton,  devenu professeur de piano, viendra le rejoindre et ensemble ils partageront une existence enfin apaisée.

Une première précision : le résumé est erroné, puisque la rencontre entre Gustav, le protagoniste, et son ami Anton n’a pas lieu avant le début de la Seconde Guerre Mondiale mais juste après. C’est un peu étrange de commettre une telle erreur dans un résumé, mais c’est ainsi … L’éditeur a peut-être été trompé par le fait qu’une partie du roman se déroule bien entre 1938 et 1942, mais nous y reviendrons.

Le roman débute donc au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, dans une petite ville suisse, relativement épargnée par les tourments de la guerre. Gustav vit avec sa mère, veuve d’un policier dont on apprend qu’il a été déchu de ses fonctions après avoir aidé des juifs à fuir l’Autriche et l’Allemagne nazie avant la guerre. A l’école maternelle, il rencontre Anton, un petit garçon juif dont les parents viennent de s’installer dans la région. Anton est un pianiste de grand talent, mais qui angoisse à l’idée de se produire sur scène. Gustav, quant à lui, a une relation difficile avec sa mère, qui ne lui témoigne que reproches et amertume.

Toute la première partie du roman nous relate l’amitié entre Gustav et Anton pendant leur enfance. La deuxième partie reprend le récit à la veille de la guerre, pour nous raconter la rencontre entre les parents de Gustav, leur mariage malheureux, les circonstances dans lesquelles le père de Gustav a été contraint de quitter la police, et finalement la mort de celui-ci. La troisième partie se déroule quant à elle bien des années plus tard, dans les années 1990, alors que Gustav est propriétaire d’un hôtel dans la petite ville où il a toujours vécu et qu’Anton a renoncé à une carrière de pianiste renommé pour enseigner la musique dans le collège où il avait lui-même été élève avec Gustav quarante ans plus tôt.

Le roman est principalement centré sur la relation entre Gustav et Anton, entre amitié et homosexualité refoulée. Autour d’eux gravitent leurs familles respectives, avec le contraste saisissant entre les parents aimants d’Anton et la mère veuve et amère de Gustav, dont il cherchera l’amour jusqu’à la fin de sa vie.

Quelque part au fond de lui-même, il avait toujours cru que sa mère ne pouvait pas mourir avant d’avoir appris à l’aimer. En vieillissant, il avait essayé de l’y entrainer avant qu’il ne soit trop tard, mais il n’avait pas réussi.

Je dois dire que la deuxième partie consacrée à Emilie et Erich, les parents de Gustav, m’a bien intéressé. Je me demande si le choix de l’auteur de raconter leur histoire de cette façon n’est pas une erreur, s’il n’aurait pas suffi de l’évoquer dans le coeur du récit. Bien sûr, le roman appartient d’abord à son auteur, le choix qu’elle a fait est certainement le bon de son point de vue,  mais cette façon de faire m’a semblé maladroite, comme si ce long interlude n’avait pas totalement sa place dans le roman.

Malgré cette parenthèse moins réussie à mon goût, j’ai beaucoup aimé ce roman. C’est une belle histoire d’amitié, d’amour, et de famille, avec un récit qui met en lumière les liens entre les générations et les conséquences du passé sur la vie de famille, les sentiments, et la vie des enfants. C’est aussi un roman sur l’esprit suisse, entre neutralité, maîtrise de soi, et interrogation à posteriori sur le rôle ambigu joué par cette nation neutre pendant la Seconde Guerre Mondiale.


Sonate pour Gustav, Rose Tremain

Note : ★★★★☆


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Tu seras un ange, mon fils

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J’arrive presque au bout des livres que je m’étais engagé à lire en service de presse avec NetGalley.fr. Je pense que je vais ensuite réduire le rythme pour alterner plus sereinement mes lectures totalement choisies (et achetées) de celles que je sollicite en service de presse. J’ai découvert par ce biais d’excellents livres, et d’autres m’ont vraiment déçu.

Cette fois, il s’agit d’un récit intitulé Tu seras un ange, mon fils de Yolande Chapuisat-Gervaise, photographe et épouse de Gilles Dreu, chanteur populaire dans les années 1960-1970 et habitué des tournées Âge tendre et Têtes de bois.

Le résumé du livre m’avait attiré, j’attends clairement beaucoup de cette lecture :

« Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout où je suis. »
Victor Hugo a dit bien mieux que moi le vide irréparable qu’est la perte d’un enfant.
La seule façon de survivre à ce drame est d’en parler et d’en parler encore. J’ai mis vingt ans à mûrir ce livre, vingt ans, jour pour jour, depuis le départ de Benjamin…

C’est parce que Benjamin aimait la vie qu’il aimait celle des autres… en particulier celle de ceux qu’il aimait.

J’aurais tellement aimé ce livre. Une mère qui parle de son fils décédé trop tôt, je ne pouvais pas y rester insensible. Malheureusement, ce récit ne m’a pas plu. Il n’y a pas une raison unique qui explique ma déception, c’est une somme de petites choses qui m’ont gêné ou dérangé pendant ma lecture.

Tout d’abord, c’est d’abord et avant tout un récit de la vie de la mère, plutôt que celle de son fils Benjamin. Je crois d’ailleurs qu’il faut attendre plus d’un tiers d’un livre pour que Benjamin fasse son apparition.  Je n’ai évidemment pas de problème avec l’idée que l’auteure nous raconte sa vie, les livres de ce genre sont nombreux, mais j’ai eu l’impression d’être trompé sur la marchandise, en commençant un livre où je m’attendais à ce qu’elle parle principalement de son fils et de sa relation avec lui. L’auteure s’en explique à un moment mais je n’ai pas été convaincu.

Ensuite, j’ai noté un côté « entre-soi » assez gênant. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai lu la tournure « grâce à X, j’ai eu la chance de », que ce soit pour trouver un appartement, un emploi, ou une maison de vacances. Cela m’a un peu rappelé « Instants précieux » que j’ai lu très récemment, avec cette tendance à nommer toutes les personnes plus ou moins connues que l’auteure a rencontré et avec qui elle a plus ou moins sympathisé. J’ai eu du mal à voir en quoi cela apportait quelque chose au récit, censé être consacré à son fils.

Enfin, la structure du livre est très étrange. Une longue première partie relate la vie de l’auteur avant et après la naissance de Benjamin. Au bout d’un moment, le livre devient un recueil de textes plus ou moins obscurs de la vie de Benjamin, qui plonge alors dans la drogue. Ensuite, l’auteur reprend la parole pour raconter les dernières années de la vie de son fils, les circonstances de sa disparition, et son propre deuil. Enfin, le livre s’achève par une collection de poèmes écrits par Benjamin, que j’ai clairement survolés, étant assez insensibles à cette prose.

Si j’essaie aujourd’hui de faire passer un message à tous ceux qui, de près ou de loin, ont pu vivre un cauchemar similaire avec l’un de leurs enfants, ou leur seul enfant, c’est parce que la seule façon de continuer à les faire exister sur terre, malgré leur lourde absence, est de ne pas cesser de parler d’eux ! Jamais je n’ai cessé de parler de Benjamin dès que j’en ai eu l’occasion, et elles ne manquent pas ! Et puis si on résiste à cette réalité, dont on prend peu à peu conscience, il arrive que l’on en sorte, non pas plus forts, mais malgré tout en état de continuer à vivre.

Je m’attendais à être ému par ce livre, et c’est loin d’être le cas, ou pas suffisamment pour éviter ma déception. C’est tout de même une belle déclaration d’une mère à son fils disparu, même si j’y suis trop souvent resté insensible, la faute à une forme qui m’a globalement déplu.

Pour finir, je ne peux mas m’empêcher de citer ce passage savoureux, dont je ne sais si c’est de l’ironie ou de la naïveté, quand on sait que l’auteur écrit ceci quand son fils se bat comme son addiction à la drogue :

C’est alors que j’ai pensé qu’il serait bon pour lui d’essayer d’entrer dans le milieu de la pub.


Tu seras un ange, mon fils, Yolande Chapuisat-Gervaise

Note : ★★☆☆☆


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Ni partir ni rester

Ni partir ni rester

Je dois d’abord préciser que ce livre m’a été envoyé « gracieusement » (en « service de presse » comme on dit dans le métier) par l’éditeur en version Kindle par l’intermédiaire de NetGalley.fr. Il s’agit d’une plateforme qui propose de mettre en relation des éditeurs et des lecteurs dits « professionnels » (libraires, bibliothécaires, journalistes, blogueurs, etc.) pour faire connaître leurs publications. L’intérêt pour un lecteur comme moi est évidemment de découvrir des livres en avant-première ou en tout cas parus récemment, et pour l’éditeur d’espérer la promotion à faible coût de ses parutions. Ceci étant dit, mon avis sur ce livre, et sur d’autres que j’aurais l’occasion de découvrir et de vous faire découvrir de la même façon, restera totalement objectif. Que cela soit dit : je ne suis nullement engagé auprès de l’éditeur ni me sens personnellement engagé à dire du bien du livre.

Ni partir ni rester est un roman de l’auteur brésilien Julián Fuks, que j’ai découvert à cette occasion. Publié en 2015 en portugais, il a remporté le prestigieux Prix Jabuti, que l’on peut présenter comme un équivalent brésilien du Prix Goncourt, couronnant les meilleures oeuvres en langue portugaise. Il a été traduit en français par Marine Duval et édité cette année par Grasset.

Il s’agit d’un livre semi-autobiographique, dans lequel le narrateur, alter-ego de l’auteur même s’il ne porte pas le même prénom, nous parle de sa famille et de son frère en particulier. Je ne pourrais pas le raconter mieux que ne le fait le résumé proposé par l’éditeur :

Sebastián est un jeune écrivain brésilien, d’origine argentine, dont le grand-frère a été adopté par ses parents avant leur départ pour le Brésil. Suite au coup d’état de 1976 ces derniers se sont engagés dans la résistance et lorsqu’on les prévient de leur arrestation est imminente, ils doivent quitter Buenos Aires de toute urgence. Avec le bébé que leur a confié une sage-femme, ils traversent donc la frontière uruguayenne avant de s’envoler pour São Paulo. C’est là que le couple dissident, à présent exilé, donnera naissance à Sebastián et à sa sœur.

Ce résumé avait attiré mon attention et attisé ma curiosité. Même si les thèmes que semblaient aborder ce livre avaient de quoi m’intéresser, on n’est jamais à l’abri d’une déception, d’une oeuvre qui passe à côté du sujet ou dont le style ne nous plait pas. Là, c’est plutôt le contraire : dès les premières lignes, j’ai été séduit par la plume de l’auteur, par son style presque poétique. Un premier exemple, tiré des premières pages :

Mais un enfant ne naît pas pour soulager. Il naît et en naissant existe d’être lui-même soulagé. Un enfant ne pleure pas pour créer chez les autres la possibilité d’un sourire. Il pleure pour qu’on le prenne dans ses bras, qu’on le protège et qu’on taise par ses caresses la vulnérabilité implacable qui le tourmente si tôt déjà.

Plus tard aussi, sur ce moment où le père prend son fils adoptif pour la première dans ses bras :

Quand il n’est plus resté une goutte de lait, quand les ongles minuscules du petit ont commencé à griffer ses doigts, quand les yeux bleus de l’un ont supplié les yeux bleus de l’autre, si semblables qu’on ne pouvait plus dire quels yeux étaient à qui, il a su enfin que cet être était intime, il a su enfin que ce fils était le sien.

Un peu plus loin, ce passage, qui me parle pour des raisons très personnelles :

Est-ce que chaque cicatrice est un signe ? Je me demande involontairement. Est-ce que toute cicatrice est un signe ? Je me demande malgré moi. Toute cicatrice est un cri, ou le souvenir d’un cri, un cri tu dans le temps ? Je l’ai vue tant de fois, je la reconnais si facilement, mais je ne sais pas ce qu’elle crie, ni ce qu’elle tait, cette cicatrice.

J’ai également envie de citer ce très bon moment sur l’exil des parents :

Buenos aires, dont nous nous sentions tous bannis tant qu’on nous empêchait d’y retourner – même si certains d’entre nous, ma soeur et moi, n’avions même pas posé les pieds sur ses trottoirs. Peut-on hériter d’un exil ? Serions-nous, nous les enfants, expatriés au même titre que nos parents ? Devrions-nous nous considérer comme des Argentins privés de notre pays, de notre patrie ? La persécution politique serait-elle aussi soumise aux règles de l’hérédité ?

Et pour finir, cette déclaration du narrateur après avoir décrit l’engagement militant de ses parents :

Jamais je ne voudrais tenir une arme dans mes mains. Le dire est déjà une action, le dire constitue déjà une histoire politique.

Je tenais à citer ces extraits du livre pour montrer à la fois le style de son auteur et la diversité des thèmes qu’il y aborde. Il nous parle tour à tour de la dictature en Argentine, des enfants enlevés à des mères jugées hostiles au régime, des grand-mères de la Place de Mai qui ont manifesté et cherché leurs petit-enfants disparus pendant plus de trente ans, de l’exil politique, de l’adoption, de la fraternité, de la maternité, de la paternité et donc de la famille en général, mais aussi du trouble mental, du sentiment d’isolement et du besoin de solitude. Cela peut sembler beaucoup pour un roman d’à peine 208 pages mais c’est fait chaque fois avec beaucoup de profondeur et de délicatesse.

La relation entre le narrateur et son frère, aîné et adopté, est au coeur du roman et si elle est évidemment loin d’être parfaite, elle est particulièrement touchante. Le narrateur, ou l’auteur, écrit sur son frère mais aussi pour son frère. C’est d’ailleurs ce frère, fictif ou réel, qui lui suggère dans une scène poignante d’écrire sur ce que c’est d’être adopté.

J’ai aussi beaucoup apprécié le travail de l’auteur de la notion d’auto-fiction, sur le travail d’écriture sur soi et sur sa propre famille. Il y a une discussion passionnante à la fin du livre entre le narrateur et ses parents auxquels il vient de faire lire son manuscrit et qui sont perplexes après l’avoir lu. Il ne se reconnaissent que partiellement dans les personnages du livre, reprochent à leur fils quelques arrangements avec la vérité, mais reconnaissent qu’il a sans doute écrit un bon roman.

A mes yeux, c’est plus qu’un « bon » roman, c’est un livre à la fois magnifique par son style et par les idées qu’il véhicule. Julián Fuks est un auteur qui a des choses à dire et qui les dit bien. C’est très clairement ma très belle surprise du printemps, si ce n’est celle de l’année, même si c’est encore un peu tôt pour le dire. J’ai en tout cas envie de me pencher sur l’oeuvre de Julián Fuks, même si je ne suis pas certain que ses livres aient déjà tous été traduits en français. La sortie de celui-ci et son éventuel succès pourraient aider à réaliser mon souhait.


Ni partir ni rester, Julián Fuks

Note : ★★★★★


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L’été dernier à Syracuse

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J’ai eu l’occasion de découvrir la version française de ce roman en avant-première, la sortie officielle étant prévue début juin. C’est par l’intermédiaire de la plate-forme NetGalley.fr que l’éditeur m’a offert la version Kindle de ce livre. Je l’ai lu cette semaine, en quelques jours, le roman étant assez court.

Avant de commencer ma lecture, je ne savais pas vraiment quoi penser du résumé :

Michael et Lizzie, deux New-Yorkais respectivement écrivain et journaliste, partent pour une semaine en Italie avec Finn et sa femme Taylor accompagnés de Snow, leur fille de dix ans surprotégée et surangoissée. Lizzie l’a décidé, ils iront d’abord à Rome puis à Syracuse, sur la côte sicilienne.

Tout sépare les deux couples – milieu social, idées politiques et passions –, mais le décor idyllique fait de bons vins, de gelati et de ciel bleu devrait être celui de vacances paradisiaques. Pourtant, même loin de chez eux, les secrets du passé et les infidélités du présent refont surface. Lizzie et Finn, qui ont eu une histoire des années auparavant, flirtent à nouveau ; Michael, quant à lui, cherche le courage de dire à Lizzie qu’il veut la quitter afin de vivre au grand jour sa relation avec Kath, une jeune serveuse.

Dans un paysage inondé de soleil, les journées s’égrènent lentement. Entre désaccords et reproches, les deux couples sont mis à l’épreuve et, déjà fragilisés par le temps, se fissurent davantage. Dans une ambiance de plus en plus délétère, les mensonges sont mis au jour. Et la jeune Snow, plongée au cœur de ce quatuor dissonant, devient malgré elle le catalyseur d’un drame inévitable.

L’idée de suivre deux couples américains en vacances en Italie ne m’emballait pas vraiment, mais j’avais l’espoir que ce ne soit que le prétexte pour une critique sociale. J’espérais aussi que le changement progressif d’ambiance annoncé par le résumé soit réussi et permette de transformer le ton et les thématiques du roman. Malheureusement, j’ai été déçu. A mes yeux, le roman ne décolle jamais et le changement d’ambiance est un échec.

Je pense que la première et principale raison qui m’a empêché d’apprécier ce roman tient dans ses personnages, que j’ai tous trouvés agaçants et inintéressants. Je crois qu’il n’y en a pas un pour rattraper l’autre : ni Taylor, petite bourgeoise qui gère l’office de tourisme de Portland et dont seule la bêtise rivalise avec la superficialité ; ni son mari Finn, chef cuisinier qui passe son temps à dragouiller toutes les filles qui passent ; ni Michael, l’écrivain mythomane dont la maîtrise lui fait la surprise de le rejoindre en Italie ; ni Lizzie, l’épouse de Michael qui vit un peu dans son ombre et excuse toutes les fautes de mari. Ne parlons même pas de Snow, la fille de dix ans de Taylor et Finn, transparente au début du roman mais dont le rôle sera capital dans le récit.

Le récit, parlons-en. Il est sans surprise, malgré les tentatives de brouiller les pistes. L’auteur essaye par la construction narrative du roman de ménager un semblant de suspense, mais je crois qu’il ne m’a fallu qu’un quart du roman pour comprendre ce qui allait se passer. J’espérais que cela soit une fausse piste mais la suite m’a malheureusement donné tort.

J’ai tout de même fait l’effort de terminer ce roman, car certains éléments sont tout de même réussis. J’ai notamment apprécié la façon dont est décrite la relation entre Snow et Michael, sorte de père de substitution qui contraste avec Finn, son vrai père.

Je regrette tout de même que ces quelques réussites soient noyées dans un ensemble stéréotypé et sans surprise. Une lecture à oublier, et cela tombe bien, car il ne s’agit pas d’un livre inoubliable …


L’été dernier à Syracuse, Delia Ephron

Note : ★★☆☆☆


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