Livres & Romans

1793

1793 est le premier roman de l’écrivain suédois Niklas Natt och Dag. Ce roman a été publié en 2017 dans sa langue d’origine, le suédois, et a bénéficié d’une traduction française disponible depuis le mois d’avril 2019.

J’avais repéré ce livre sur NetGalley.fr, son résumé m’avait beaucoup plu. J’avais alors sollicité un exemplaire en service de presse, que l’éditeur ne m’avait pas accordé, pour des raisons qui lui appartiennent et que je n’ai pas à critiquer. Cela ne m’a pas empêché de continuer à m’intéresser à ce livre, j’en ai d’ailleurs acheté un exemplaire lors de sa sortie, même si je viens seulement de le lire.

Comme je le disais à l’instant, le résumé m’avait donné très envie d’en savoir plus :

1793. Le vent de la Révolution française souffle sur les monarchies du nord. Un an après la mort du roi Gustav III de Suède, la tension est palpable. Rumeurs de conspirations, paranoïa, le pays est en effervescence. C’est dans cette atmosphère irrespirable que Jean Michael Cardell, un vétéran de la guerre russo-suédoise, découvre dans un lac de Stockholm le corps mutilé d’un inconnu. L’enquête est confiée à Cecil Winge, un homme de loi tuberculeux. Celui-ci va bientôt devoir affronter le mal et la corruption qui règnent à tous les échelons de la société suédoise, pour mettre au jour une sombre et terrible réalité. 

Nous sommes donc face à un roman historique, mais qui emprunte certains codes du polar scandinave en vogue depuis de nombreuses années. Cela donne d’ailleurs une ambiance assez particulière au début du roman, on ne sait pas exactement sur quel pied danser : c’est à la fois déstabilisant et parfait pour entrer dans le roman.

La suite est globalement à la hauteur, malgré à mes yeux une petite baisse de régime – inévitable ? – au milieu du roman. C’est d’autant plus marqué que l’auteur a découpé son récit en quatre grandes parties : la deuxième et la troisième étant relatées par des narrateurs différents des enquêteurs, que l’ont suit dans la première partie et dans la dernière. Si le deuxième narrateur m’a bien plu, le troisième récit m’a plutôt ennuyé. J’étais vraiment soulagé de retrouver les deux enquêteurs en arrivant à la quatrième et dernière partie du roman.

Le récit est captivant, l’enquête progresse bien et nous fait découvrir habilement le contexte particulier de la Suède pendant les années de la Révolution Française. L’aristocratie suédoise se sent en danger après la chute de la monarchie française et l’exécution de Louis XVI et celle à venir de Marie-Antoinette. Un vent de révolte parcourt le royaume de Suède et sa capitale Stockholm, d’autant que la terrible guerre contre la Russie a laissé des traces.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce pavé de près de 450 pages, qui mêle parfaitement fiction historique et enquête policière. J’ai cru comprendre que l’auteur avait publié une suite intitulée, sans surprise, 1794, je ne crois pas que ce nouveau roman ait déjà été traduit mais je m’y intéressai probablement de près lorsqu’il le sera.


1793, Niklas Natt och Dag

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Les derniers jours de Pompéi

J’ai l’impression que la maison d’édition Libretto aime publier ou republier des romans du XIX° siècle, pour mon plus grand bonheur : cela me permet de découvrir des oeuvres dont j’ignorais tout, y compris leur existence. C’était déjà le cas avec La bête du Gévaudan d’Elie Berthet, qui m’avait beaucoup plu. C’est également le cas avec Les derniers jours de Pompéi, publié initialement en 1834 à la fois en anglais et en français, et qui bénéficie cette année d’une réédition chez Libretto.

Il s’agit d’un roman historique du britannique Edward Bulwer-Lytton, qui comme son titre l’indique raconte … les derniers jours de Pompéi :

Pompéi, an 79 de notre ère. Ville multiculturelle, bruyante, agitée par les excès, les jeux de pouvoir et les rivalités sentimentales. Là se croisent Glaucus le Grec fougueux, Arbacès l’Égyptien austère et sournois, la belle Ione, objet de toutes les convoitises, ainsi que les adorateurs d’une religion naissante.

Mais, non loin de là, le Vésuve s’éveille et tout ce petit monde est loin d’imaginer que la cité vit alors ses dernières heures…

Edward Bulwer-Lytton nous propose une galerie de personnages fictifs qu’il a imaginés pour peupler la cité romaine de Pompéi en 79 de notre ère, dans les jours précédant l’éruption du Vésuve qui a subitement mis fin à la vie de la cité et de ses habitants. On y trouve des patriciens romains, des esclaves, des gladiateurs, des exilés athéniens, des prêtres des cultes anciens, des convertis à la jeune religion du Christ, encore marginaux mais plein de zèle, et un étrange savant égyptien héritier des pharaons.

Là où l’auteur est très fort c’est qu’il parvient à nous captiver avec les aventures quotidiennes de ses protagonistes, alors qu’on sait très bien que la catastrophe est imminente et rendra caduques les préoccupations plus ou moins futiles de ses personnages. On se doute bien qu’ils vont probablement tous mourir dans quelques pages, dans quelques jours, mais on tremble tout de même en se demandant si l’athénien Glaucus va parvenir à épouser la belle Ione ou si l’Egyptien sera puni de ses machinations. On s’amuse à détecter les présages de la catastrophe à venir, rejetés d’un revers de la main par les protagonistes trop occupés dans leurs occupations quotidiennes.

L’auteur n’hésite pas à intervenir de temps en temps dans son récit pour faire le lien entre les lieux qu’il décrit et ce qu’ont révélé les fouilles archéologiques plus de quinze siècles plus tard. Il nous propose ainsi une sublime plongée dans l’antiquité romaine, à travers le tragique témoignage de la cité de Pompéi, disparue puis redécouverte des siècles plus tard.

J’ai mis un peu de temps à lire ce roman, principalement parce que j’étais très occupé ces derniers temps, mais je l’ai savouré du début à la fin, c’est un roman historique de très grande qualité, que je relirai assurément avec plaisir dans quelques années, et que je recommande à tous les amateurs de fiction historique et d’antiquité romaine. Si c’est votre cas, foncez les yeux fermés (mais ouvrez les pour lire, c’est plus pratique) !


Les derniers jours de Pompéi, Edward Bulwer-Lytton

Note : ★★★★★

Comics & BD

Croquemitaines, Livre 1

J’ai découvert cette bande dessinée à la médiathèque, la couverture m’a tapé dans l’oeil et le résumé au dos m’a encore plus donné envie de lire ce premier album :

Les monstres, ça n’existe pas que dans la tête des enfants…

Passionné de lecture, Elliott a toujours eu une préférence pour les histoires de Croquemitaines, ces créatures monstrueuses qui, la nuit, se cachent dans l’ombre ou sous le lit pour effrayer les petits enfants. Il n’imagine pas à quel point elles vont changer sa vie… Témoin du meurtre sanglant de ses parents, il va découvrir qu’en réalité, les Croquemitaines existent bel et bien et que des codes très précis régissent leur existence. Lorsque l’un des plus puissants d’entre eux, le « Père-la-mort », se met en tête de le protéger, Elliott se retrouve plongé dans un terrible conflit au cœur d’un univers aussi terrifiant que fascinant dont il devient l’enjeu principal. Par une sombre nuit orageuse, le destin d’Elliott va s’accomplir…

Croquemitaines s’annonce comme un roman graphique en deux volumes, signé Mathieu Salvia au scénario et Djet pour les illustrations. Dès les premières pages le ton est donné : c’est un récit sombre mais tendre, avec un jeune garçon, grand lecteur et amateur d’histoires fantastiques comme celles des croquemitaines, qui retrouve son père assassiné dans la maison familiale. Il est alors sauvé par un vieux croquemitaine qui le prend sous sa protection. C’est leur fuite commune face à des créatures moins conciliantes que raconte ce premier album.

Le scénario est intelligent, la composition des pages est moderne (on retrouve notamment l’influence des comics américains avec des mises en page dynamiques et variant selon ce que l’auteur veut raconter) et les illustrations sont très jolies, en jouant parfaitement avec les couleurs.

J’ai adoré cet album, dévoré en moins d’une heure. J’ai très hâte de découvrir le deuxième volume, annoncé comme la suite et la fin de l’histoire. J’espère qu’il sera disponible à la médiathèque !


Croquemitaines, livre 1, Mathieu Salvia (scénario) & Jet (illustrations)

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Le Rapport de Brodeck

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Le Rapport de Brodeck est l’adaptation en bande dessinée du roman de Philippe Claudel, prix Goncourt des lycéens en 2007. Elle est signée par Manu Larcenet et se compose de deux albums de 160 pages environ chacun.

Manu Larcenet s’attaque pour la première fois à une adaptation, celle du chef-d’oeuvre de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck. Mais lorsque l’auteur de Blast et du Combat ordinaire s’empare du texte, c’est pour le faire sien et lui donner une nouvelle vie, éclatante, sombre et tragique. Des pages d’une beauté stupéfiante, magnifiant la nature sauvage et la confrontant à la petitesse des hommes ; une plongée dans les abîmes servie par un noir et blanc sublime et violent. Un très grand livre.

Je n’avais pas lu le roman de Philippe Claudel, même si j’en ai entendu beaucoup de bien. J’en ai donc découvert l’histoire avec cette bande dessinée. Je ne vais d’ailleurs pas entrer dans le détail ici, je pense que ce récit mérite d’être découvert par chaque lecteur qui le souhaite, que ce soit par le biais du roman original ou de son adaptation en BD.

Le premier album, L’Autre, m’a semblé à la fois intrigant et fascinant. Le récit n’est pas forcément évident à comprendre au début, mais on sent une grande profondeur, et les dessins sont magnifiques. C’est évidemment cela qui marque le plus au début : la finesse et la splendeur du dessin, avec des planches magnifiques sur la nature mais aussi sur les visages des hommes du village.

Le second album, L’Indicible, prolonge cet envoûtement, avec des illustrations toujours aussi magnifiques et un récit qui explique et conclut le fameux « rapport de Brodeck ».

Je ne sais pas comment cela figure dans le roman de Philippe Claudel, mais j’ai été emporté par cette histoire de village presque coupé de tout, où la guerre a tout bouleversé et mis chacun face à sa propre vérité. C’est un récit à la fois sombre et beau sur la violence, l’étranger, la culpabilité, la honte, le mensonge et la vérité, que Manu Larcenet est parvenu à magnifier avec son coup de crayon.

Cette lecture m’a en tout cas donné envie de lire le roman original de Philippe Claudel. Peut-être pas tout de suite, mais dans quelque temps, pour redécouvrir cette histoire.

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Le Rapport de Brodeck, Manu Larcenet

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Fatherland

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J’avais déjà lu Fatherland il y a quelques années, en français me semble-t-il, et j’en avais gardé un bon souvenir. C’est la lecture de L’Histoire Revisitée, un livre passionnant et une véritable bible sur l’uchronie, qui m’a donné envie de relire ce roman de Robert Harris, en anglais cette fois.

Le résumé plante tout de suite le décor de ce roman hors normes :

What if Hitler had won the war?

It is April 1964 and one week before Hitler’s 75th birthday. Xavier March, a detective of the Kriminalpolizei, is called out to investigate the discovery of a dead body in a lake near Berlin’s most prestigious suburb.

As March discovers the identity of the body, he uncovers signs of a conspiracy that could go to the very top of the German Reich. And, with the Gestapo just one step behind, March, together with an American journalist, is caught up in a race to discover and reveal the truth – a truth that has already killed, a truth that could topple governments, a truth that will change history.

L’action du roman se déroule en 1964, dans une Allemagne fictive qui a remporté la Seconde Guerre Mondiale mais qui continue depuis deux décennies d’affronter à l’Est ce qu’il reste de l’Union Soviétique et qui vit une sorte de guerre froide avec les Etats-Unis d’Amérique depuis la fin du conflit mondial.

Le décor étant posé, le roman se présente comme un polar que je serais tenté de très classique s’il n’y avait justement pas tout ce cadre original autour. Le récit commence par la découverte d’un corps non identifié dans un lac berlinois. L’inspecteur Xavier March, officier SS désabusé et mal vu par le régime, est chargé de l’enquête.

J’ai bien aimé la double nature du roman, entre polar classique et chronic passionnante. L’enquête elle-même m’a semblé relativement classique, mais son cadre géographique et « historique » changent évidemment tout. La ville de Berlin décrite par Robert Harris est celle imaginée par Albert Speer, l’architecte proche d’Hitler qui avait conçu le projet  pharamineux de « Germania ». L’idée d’un Troisième Reich toujours en place au milieu des années 1960 et à la tête d’une communauté européenne qui lui est inféodée a évidemment quelque chose de glaçant qui rend la lecture du roman à la fois passionnante et inquiétante.

« Leaving the Arch we enter the central section of the Avenue of Victory. The Avenue was designed by Reich Minister Albert Speer and was completed in 1957. It is one hundred and twenty-three metres wide and five-point- six kilometres in length. It is both wider, and two and a half times longer, than the Champs Elysées in Paris.  »

Higher, longer, bigger, wider, more expensive … Even in victory, thought March, Germany has a parvenu’s inferiority complex. Nothing stands on its own. Everything has to be compared with what the foreigners have …

Il est difficile de parler de ce roman et de ses thématiques, sans révéler certains aspects du récit, je vais tout de même essayer de le faire du mieux possible. L’un des mystères du récit porte sur la destinée, dans cette histoire alternative, des millions de juifs allemands et européens qui ont disparu après avoir été envoyé à l’Est. Le silence autour de l’Holocauste est pesant dans le roman et c’est d’ailleurs l’un des thèmes forts abordés par Robert Harris dans son texte. Les personnages vivent dans un Troisième Reich où tous les juifs ont disparu sans explication crédible et où personne ne pose la moindre question. Tout le monde, par son silence, devient ainsi complice d’un crime de masse.

And five years from now, or fifty years, this society will fall apart. You can’t build on a mass grave. Human beings are better than that – they have to be better than that – I do believe it – don’t you ?

Avec ce roman, Robert Harris avait réussi un coup de maître, alliant polar et uchronie avec une dextérité remarquable. En tant que lecteur, j’ai été pris dans le récit du début à la fin, avec une enquête classique mais efficace et surtout un cadre original permettant l’apparition de véritables enjeux, une immersion glaçante, et une réflexion réussie sur la vérité, notamment historique.


Fatherland, Robert Harris

Note : ★★★★★


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Livres & Romans

Rouge Eden

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La plateforme NetGalley.fr, au-delà du fait qu’elle donne l’occasion de lire des romans proposés gracieusement par les éditeurs, m’aura également permis de découvrir des auteurs que je ne connaissais pas du tout. C’est encore le cas cette fois avec Pierre J. B. Benichou et ce roman au résumé prometteur :

3 janvier 1991. Quartier de haute sécurité d’un pénitencier de Floride.
Condamné à la peine capitale, Will Birdy a passé quinze ans de sa vie en prison. Coupable de plus de cent crimes atroces contre des jeunes femmes, le tueur n’a plus qu’une peur : que l’enfer soit sa prochaine destination. Il lui reste une nuit en compagnie d’un prêtre pour exorciser les forces qui le dominent, expier, et comprendre qui il était vraiment. À l’aube, à moins d’une grâce de dernière minute, il sera exécuté sur la chaise électrique. 

Des années plus tôt, à des milliers de kilomètres de là, un physicien soviétique est condamné par erreur, humilié, torturé et envoyé au goulag dans les pires conditions, sans savoir ce qu’il est advenu de sa famille. À bord du train qui l’entraîne dans les ténèbres de l’injustice et de l’oubli, cet expert en physique quantique, respecté par les plus grands scientifiques de son époque, s’ouvre à d’étranges secrets grâce à sa rencontre avec un vieux kabbaliste sur le point de rendre son dernier souffle. 

Deux destins que rien ne semble lier, se croisent à contre courant dans les couloirs du temps … L’un victime et l’autre bourreau, ils finiront par entrevoir que l’enfer est sur terre et que chacun est son propre démon. 

Deux éléments de ce résumé me plaisaient avant de commencer ma lecture : d’une part le choix fait par l’auteur de suivre deux récits parallèles autour de deux personnages différents, et d’autre part le fait que l’un de ces récits se déroule dans la Russie soviétique des années 1930.

Le premier récit se déroule en Floride au début des années 1990 et s’intéresse aux dernières heures de Will Birdy, un tueur en série placé dans le couloir de la mort. La nuit qui précède son exécution annoncée, le condamné à mort reçoit la visite d’un pasteur. Cette dernière confession est l’occasion pour Birdy de raconter sa vie et le chemin qui l’a conduit à assassiner un nombre incalculable de jeunes filles.

Le second récit se situe dans la Russie des années 1930. L’URSS est alors sous la coupe de Staline et de son régime autoritaire. Timofey Bogaïevsky, un professeur d’université spécialisé en physique quantique, voit sa vie basculer quand il est arrêté alors qu’il doit se rendre à une conférence scientifique. Ses lettres à Einstein et Schrödinger, qu’il s’apprêtait à poster, sont jugées par les autorités comme des preuves de trahison et d’intelligence avec l’ennemi. Le professeur est alors déporté en Sibérie, tandis que sa femme et son fils adolescent tentent de prendre la fuite en Finlande.

Les deux récits sont de qualité inégale : si celui sur le tueur en série dans le couloir de la mort est juste correct, celui qui se déroule en URSS m’a passionné. Je n’ai donc pas vraiment éprouvé de regret quand l’histoire du condamné à mort a quasiment disparu du roman dans son dernier tiers, même si c’est une construction narrative un peu étonnante. Pendant tout le roman, j’ai par contre cherché quel pouvait être le lien entre les deux récits, et la réponse apportée à la toute fin m’a plutôt déçu, parce que c’était la solution de facilité à laquelle j’avais pensé dès le début en espérant que l’auteur saurait l’éviter et proposer quelque chose de plus original.

Le grand intérêt de ce roman à mes yeux, c’est la plongée dans la Russie soviétique des années 30, avec sa police politique, ses soupçons permanents et la paranoïa qui l’accompagne. Le terrible trajet de Timofey vers le goulag est également glaçant. Et que dire du récit des événements sur place, dont je ne révélerai rien ici pour ne pas gâcher votre « plaisir » si vous décidez de lire ce roman.

Ce Rouge Eden est finalement est un très bon roman, que j’ai lu avec beaucoup de plaisir malgré son thème pas très réjouissant. C’est pour moi un excellent roman historique, les quelques maladresses d’écriture étant largement compensées par la puissance du récit.


Rouge Eden, Pierre J. B. Benichou 

Note : ★★★★☆


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Livres & Romans

Jeux de miroirs

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Je me méfie toujours des livres annoncés comme « le roman événement » ou comme « un véritable phénomène d’édition ». Publié initialement en langue anglaise en 2014, la traduction française de ce roman est parue au début de cette année. Habituellement, j’aurais plutôt été tenté de le lire en langue originale, mais la version française m’a été offerte par l’éditeur par l’intermédiaire de la plateforme Netgalley.fr, je me suis donc résolu à le lire en français.

Je ne connaissais absolument E.O. Chirovici, l’auteur roumain de ce livre. Il est apparemment un spécialiste des polars dans son pays, et Jeux de Miroirs est son premier roman écrit directement en anglais, sous le titre The Book of Mirrors. Je crois que le titre original me plait plus que sa version française, car il colle mieux à l’intrigue du roman :

Un agent littéraire, Peter Katz, reçoit un manuscrit intitulé  Jeux de miroirs qui l’intrigue immédiatement. En effet, l’un des personnages n’est autre que le professeur Wieder, ponte de la psychologie cognitive, brutalement assassiné à la fin des années quatre-vingt et dont le meurtre ne fut jamais élucidé. Se pourrait-il que ce roman contienne des révélations sur cette affaire qui avait tenu en haleine les États-Unis ?

Persuadé d’avoir entre les mains un futur best-seller qui dévoilera enfin la clef de l’intrigue, l’agent tente d’en savoir plus. Mais l’auteur du manuscrit est décédé et le texte inachevé. Qu’à cela ne tienne, Katz embauche un journaliste d’investigation pour écrire la suite du livre. Mais, de souvenirs en faux-semblants, celui-ci va se retrouver pris au piège d’un maelström de fausses pistes.

Et si la vérité n’était qu’une histoire parmi d’autres ? 

L’intrigue tourne autour du meurtre d’un certain professeur Wieder, enseignant et chercheur émérite à l’université de Princeton à la fin des années 80. L’auteur nous propose donc de résoudre l’énigme que constitue ce meurtre. En soi, cela ne parait pas très original, mais c’est la structure narrative du roman qui lui donne tout son intérêt.

Il faut d’abord préciser que le roman est découpé en trois parties successives, chacune étant consacrée à un narrateur : le roman commence avec la voix de Peter Katz, l’agent littéraire qui reçoit le fameux manuscrit « Jeux de miroirs » auquel le roman doit son propre titre ; le récit se poursuit ensuite avec un journaliste chargé par l’agent littéraire d’enquêter sur le manuscrit et sur l’affaire criminelle qu’il relate ; enfin, la parole est donnée à un policier désormais retraité mais qui avait mené l’enquête sur la mort du professeur Wieder trois décennies plus tôt.

Cette succession de narrateurs s’accompagne évidemment de révélations sur l’affaire et sur les différents suspects. Les trois narrateurs interrogent eux-mêmes des témoins et des personnes impliquées, ou suspectées de l’être, dans l’assassinat. Chaque témoin apporte une part de vérité, ou en tout une part de sa vérité ; car toute la construction du roman repose sur le fait que chaque partie prenante interprète les faits selon sa propre sensibilité et ses propres obsessions.

Le roman propose ainsi autant de points de vue, au sens littéraire du terme, sur des événements passés. Finalement, la résolution de l’enquête est anecdotique, elle n’est pas l’élément le plus important dans ce livre. Si au début du roman j’ai été facilement absorbé par le mystère autour du crime, je me suis transformé progressivement en lecteur distant par rapport à l’enquête elle-même, pour observer avec plaisir la construction du récit et la multiplication des pistes et des fausses pistes. Plus qu’un roman d’enquête criminelle, ce livre m’est apparu comme une réflexion aboutie et réussie sur la construction d’une fiction, et sur l’interprétation forcément subjective des faits par des individus qui se distinguent par leur personnalité et leur passé.

Alors que j’étais plutôt déçu au début de ma lecture, ayant l’impression d’être tombé sur une banale enquête sans originalité, la suite et surtout la fin m’ont emballé et cela m’amène à garder un très bon souvenir de ce roman. Ce n’est peut-être pas le « roman événement » comme le clame l’éditeur sur la jaquette, mais c’est assurément un bon roman qui a le mérite d’apporter quelque chose de neuf dans cette littérature de genre maltraitée par des best-sellers trop souvent médiocres.


Jeux de miroirs, E.O. Chirovici

Note : ★★★★☆


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