Livres & Romans

Augustin

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Grâce à la plateforme de service de presse NetGalley.fr, j’ai eu la chance de découvrir en avant-première Augustin, un roman d’Alexandre Duyck, consacré au dernier soldat français mort à la toute fin de la Première Guerre Mondiale, le 11 novembre 1918 :

Le 11 novembre 1918 à 5h15, la France et l’Allemagne signent l’armistice. Mais l’état-major français décide d’attendre onze heures, en ce onzième jour du onzième mois, pour que cessent les combats.

A 10h45, le soldat de première classe Augustin Trébuchon est tué. Il est le dernier soldat français tué.

Alexandre Duyck a fouillé les archives militaires et civiles, retrouvé tout ce qu’on pouvait savoir sur ce  berger devenu soldat et imaginé le reste  : les pensées de cet homme courageux, observateur, taiseux, blessé deux fois, qui fut de tous les combats, ne prit en 4 ans qu’une seule permission et obéi aux ordres jusqu’au bout.

Je dois avouer que j’ai mis un peu de temps à entrer dans ce roman, sans doute parce que son personnage principal ne m’a pas tout de suite plu. Augustin Trébuchon est berger de Lozère, taiseux, loyal, peu éduqué, j’ai eu du mal à m’identifier à lui. Pourtant, son destin est singulier et intéressant à connaître. Son récit de la Première Guerre Mondiale, entre la mobilisation, les champs de bataille, la camaraderie entre soldats, le mépris de nombreux officiers pour les soldats ordinaires, est évidemment fictionnel par les mots d’Alexandre Duyck, mais sonne malheureusement juste. Avec ce roman, on se retrouve dans l’ambiance mortelle, sale, angoissante de cette guerre.

Il jure que les boches ne sont pas si salauds que ça (il l’assurait encore hier soir), qu’il y en a des bons et sur ce point je lui donne raison. Je veux dire, je n’en connais pas des boches, pas de vivants en tout cas, je n’ai jamais pu leur parler, je n’en avais pas vu en vrai avant et ils ne m’avaient rien fait, donc j’imagine qu’ils ne sont ni pires ni différents de nous. Contrairement à ce que nous jurait monsieur l’instituteur qui n’est pas venu faire la guerre et n’avait pas dû beaucoup en croiser dans sa vie. Pons assure aussi que nous rentrerons tous sains et saufs chez nous, que les hommes vont comprendre, cette guerre ne connaîtra jamais, jamais, la moindre suite. Elle sera la seule de ce siècle.

Surtout, la mort d’Augustin Trébuchon sonne comme le symbole ultime, s’il en fallait un, de la cruelle absurdité de cette guerre, de toute guerre en général. Pire encore : l’armistice a été signé le 11 novembre à l’aube, mais l’état-major français a décidé, consciemment, que les combats ne nécessitaient pas avant la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année.

Par cette décision, le maréchal Foch et ses confrères ont condamné à mort 35 soldats morts dans la matinée du 11 novembre 1918. Outrage final, signe indélébile de la honte et de l’indécence de cette décision, les archives militaires et leurs tombes falsifieront leur date de décès, prétendant qu’ils sont tombés « pour la France » le 10 novembre 1918, car il aurait été inacceptable d’afficher que des soldats français soient morts le jour de l’armistice. Inacceptable, en effet …

Tous du 415e, tous morts pour la France le 11 novembre 1918. Mais c’est une autre date, la même pour tous, qui est gravée sur leur pierre tombale, dans le carré militaire du petit cimetière de Vrigne-Meuse : 10 novembre 1918.

Augustin sortira dans toutes les bonnes (et mauvaises) libraires le 10 octobre prochain, n’hésitez pas à l’acheter, à le lire et à l’offrir autour de vous, c’est un très bon roman sur la Première Guerre Mondiale.

À 160 kilomètres de là, dans la forêt de Compiègne, les plénipotentiaires allemands ont signé l’acte d’armistice et accepté les conditions posées par le maréchal Foch. Il est heureux, le vieux Ferdinand. Il jubile. Il tient sa victoire, son Allemagne humiliée, la gloire, bientôt l’avenue dans les plus beaux quartiers de Paris, la statue équestre place du Trocadéro, une autre à Londres à Grosvernor Gardens. Qu’importe qu’il soit en train d’échafauder méthodiquement les conditions idéales pour tout recommencer dans vingt ans, avec plus de morts encore. Qu’importe que de l’autre côté du Rhin, un petit caporal de rien du tout se prépare à se jeter sur l’occasion pour, bientôt, prendre sa revanche.


Augustin, Alexandre Duyck

Note : ★★★★☆


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Comics & BD

La mort de Staline – 1. Agonie

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La médiathèque de ma nouvelle commune a un petit rayon de bande dessinée dans lequel j’ai pioché dès mon inscription la semaine dernière. C’est ainsi que j’ai eu l’occasion de lire les deux albums de Mort au Tsar : Le Gouverneur et Le Terroriste dont j’ai parlé ici ces derniers jours. Le même jour, j’avais également emprunté les deux albums qui composent une autre histoire complète : La mort de Staline, signée du même duo que Mort au Tsar : Fabien Nury au scénario et Thierry Robin au dessin.

Le premier des deux volumes s’intitule Agonie :

Le 2 mars 1953, en pleine nuit, Joseph Staline, le Petit Père des peuples, l’homme qui régna en maître absolu sur toutes les Russies, fit une attaque cérébrale. Il fut déclaré mot deux jours plus tard. Deux jours de lutte acharnée pour le pouvoir suprême, deux jours qui concentrèrent toute la démence, la perversité et l’inhumanité du totalitarisme.

A partir de faits réels, Fabien Nury, scénariste d’Il était une fois en France, et Thierry Robin, le créateur de Rouge de Chine, signent un album éblouissant, d’un humour ravageur et cruel, portrait saisissant d’une dictature plongée dans la folie.

Le récit se déroule donc en 1953, au moment de la mort de Staline. Le dirigeant incontesté de l’ Union Soviétique est victime d’une attaque cérébrale qui laisse peu de doute sur sa survie. Les membres du Comité Central du Parti Communiste vont alors venir à son chevet, dans une ambiance de suspicion générale alors que chacun se prépare et manigance en vue de la guerre de succession qui va inévitablement s’ouvrir.

On trouve notamment Malenkov, secrétaire général adjoint du Parti et qui devrait donc à ce titre être le successeur naturel de Staline. Mais les deux prétendants les plus sérieux semblent être Beria, ministre de l’Intérieur et donc chef de toutes les polices d’URSS, et Khrouchtchev, son grand rival. Il faut également compter avec Molotov, ministre des Affaires Etrangères que Staline dont s’apprêtait apparemment à se débarrasser avant son attaque cérébrale.

La bande dessinée, par son dessin sobre mais efficace et ses textes bien ficelés, rend parfaitement l’atmosphère pesante qui entoure les deux jours d’agonie de Staline. Les membres du Comité Central sont des rivaux, habitués aux méthodes expéditives de Staline qu’ils n’hésiteront évidemment pas à employer pour se débarrasser les uns des autres et remporter la succession. Car il ne fait guère de doute que le successeur désigné le sera après avoir éliminé les autres prétendants, et qu’il purgera le Comité de ses derniers adversaires après sa prise de pouvoir. C’est donc une lutte pour la survie de chacun qui s’ouvre avec la mort annoncée de Staline.

Dans cette course contre-la-montre, Beria semble avoir une longueur d’avance, mais comme nous avons l’avantage de connaître la fin de l’histoire dans nos livres d’Histoire, je suis curieux de voir comment cela va se dérouler dans le second volume, intitulé Funérailles et dont je vous parlerai sans doute demain.


La mort de Staline – 1. Agonie, scénario : Fabien Nury, dessin : Thierry Robin

Note : ★★★★☆


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Comics & BD

Mort au Tsar – 2. Le Terroriste

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Deux jours avoir lu le premier volume Le Gouverneur, je viens de terminer le second, intitulé Le Terroriste, complétant ainsi ma découverture de ce diptyque en bande dessinée écrit par Fabien Nury et dessiné par Thierry Robin. Comme je l’expliquais dans mon billet sur le premier album, cette histoire est consacrée à la mort du Grand Duc Sergueï Alexandrovitch, oncle du tsar et gouverneur général de Moscou, à l’époque de la révolution avortée de 1905 en Russie.

Fin du diptyque imaginé par Fabien Nury et Thierry Robin où polar et histoire s’entremêlent au coeur de la Russie tsariste.

Georgi est un terroriste. Il veut tuer le gouverneur Sergueï Alexandrovitch. Quitte à y laisser sa peau. Un thriller politique sur un terroriste prêt à tout !

Mort au Tsar, polar historique, nous entraîne sur les traces des révolutions russes de 1905.

Le récit de ce second album reprend celui du premier, mais cette fois du point de vue de Georgi, le cerveau de la cellule terroriste qui tente d’assassiner le gouverneur. Nous faisons connaissance avec les membre de la bande : Erna, une fausse comédienne ; Heinrich, un étudiant ; et Vania, un cocher fanatique religieux. Mais c’est surtout la personnalité de Georgi qui attire l’attention, avec son obsession pour sa mission. C’est un personnage fascinant, qui ne vit que pour la cause révolutionnaire.

C’est vraiment intéressant de revivre les mêmes événements que dans le premier volume, mais cette fois à travers les yeux des révolutionnaires. Georgi et les terroristes ne sont pas forcément présentés sous un jour plus favorable que le gouverneur et le pouvoir tsariste ne l’étaient dans le précédent album. C’est un vrai point fort de ce diptyque : les deux points de vue sont donnés. Il n’y a pas de « gentils » et de « méchants » : Le gouverneur est un père de famille aimant et un dirigeant sanguinaire ; le terroriste est un révolutionnaire sincère et sans scrupules.

J’ai pris autant de plaisir à lire cette bande dessinée que j’en avais pris pour la première partie, d’autant que le dessin est toujours aussi réussi. Après cela, j’ai bien envie de me renseigner sur les autres oeuvres écrites par Fabien Nury.


Mort au Tsar – 2. Le Terroriste, scénario : Fabien Nury, dessin : Thierry Robin

Note : ★★★★☆


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Livres & Romans

Sous la lune et les étoiles

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Je poursuis ma découverte de l’oeuvre littéraire de Fred Uhlman avec ce roman très différent des livres que j’ai lus jusque là de cet auteur. Là où ses romans précédents, que ce soit Reunion, La lettre à Conrad, Pas de résurrection, ou son autobiographie Il fait beau à Paris aujourd’hui parlaient tous de la montée du nazisme en Allemagne et de la Seconde Guerre Mondiale, nous avons ici un récit plus contemporain (en tout cas à l’époque de sa parution en 1986) :

Quatre personnes se retrouvent sur une île déserte après un accident d’avion, quatre rescapés qui vont devoir, vaille que vaille, cohabiter : une jolie et fragile jeune fille, un repris de justice, un antipathique millionnaire et un savant à qui la violence répugne plus que tout.

Mais, Sous la lune et les étoiles, c’est précisément la violence qui s’installe tandis que les heures d’attente vont devenir des jours, et les jours des semaines. Un semblant de vie s’organise au fur et à mesure que l’espoir, si tenace au début, disparaît peu à peu – un semblant de vie où chacun ne se soucie que de soi. Parce que la survie, est à ce prix.

C’est avec l’oeil du peintre exercé qu’il était que Fred Uhlman décrit la splendeur de la nature indifférente autour des quatre individus gagnés par le désespoir, chacun muré dans une solitude que rien ne vient briser. Et il n’y aura finalement qu’un seul survivant.

Le récit ne perd pas de temps : dès les premières pages, l’avion s’écrase et nous retrouvons les quatre naufragés sur une île déserte. Ces quatre personnages sont quatre stéréotypes : l’intellectuel qui refuse la violence, qui est aussi le narrateur ; l’homme d’affaires cupide obsédé par ses contrats juteux ; la jeune fille naïve et apparement sans défense ; et le repris de justice antipathique et solitaire. Difficile de s’attacher véritablement à eux, mais on sent qu’ils sont le reflet de personnalités différentes et censées représenter les multiples facettes de l’esprit humain.

Face à la solitude imposée, à la perte de repères, à la mort annoncée, chacun réagit différemment mais la folie guette chacun des quatre naufragés, car il semble impossible de réaliser de façon normale à une situation qui ne l’est pas. Coupés de leurs proches et de leur vie d’avant, sans espoir de revenir, les quatre personnages vont prendre de nouvelles habitudes, créer de nouveaux rituels et inventer une nouvelle vie, ou ce qui peut s’en approcher.

Les privations sont permanentes et la violence est latente. La mort rôde et va frapper les naufragés, dans un ordre ou dans l’ordre. Car la seule question qui se pose rapidement dans le récit, c’est : qui sera le seul survivant ?

J’ai aimé cette façon d’aborder le thème de la violence des rapports humains dans cette communauté réduite et libérée des artifices de la société moderne. Le récit n’est pas toujours passionnant, mais le roman est court (cent cinquante pages dans l’édition brochée que j’ai lu) et globalement bien rythmé. De façon générale, j’ai bien aimé ce roman même s’il n’est pas parfait. C’est en tout cas une facette de l’oeuvre de Fred Uhlman que je n’avais pas encore eu l’occasion de découvrir.


Sous la lune et les étoiles, Fred Uhlman

Note : ★★★☆☆


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Comics & BD

Mort au Tsar – 1. Le Gouverneur

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Ça fait longtemps que je n’avais pas parlé de bande dessinée ici, mais j’ai profité de mon inscription à la médiathèque de ma nouvelle commune pour emprunter plusieurs BD qui me faisaient de l’œil. Parmi elles : une histoire complète en deux volumes, intitulée Mort au Tsar dont la couverture m’a tout de suite attiré. Il s’agit d’un histoire complète en deux albums, signés Fabien Nury pour le scénario et Thierry Robin au dessin. Le récit est fermé, il se limite aux deux albums publiés, ce qui évite l’écueil de certains cycles à rallonge.

Le premier tome, intitulé « Le Gouverneur », est résumé ainsi par l’éditeur :

Avec ce premier tome de Mort au Tsar, Fabien Nury et Thierry Robin imaginent un diptyque où polar et histoire s’entremêlent au coeur de la Russie tsariste.

Moscou, 17 septembre 1904. Sur le parvis du palais du gouverneur général de Moscou, une foule révoltée par la misère brandit bâtons, pierres et légumes pourris. Au balcon, le gouverneur Sergueï Alexandrovitch lâche son mouchoir… Geste prémédité ou mouvement involontaire ? Peu importe, c’est le signal : les soldats tirent dans la foule. Dans un contexte politique explosif, où le peuple s’organise pour lutter contre le régime autocratique, cet épisode signe l’arrêt de mort du grand-duc. Un polar historique signé Nury et Robin.

Ce 1er volet de Mort au Tsar, polar historique, nous entraîne sur les traces des révolutions russes de 1905.

Ma première impression en parcourant les premières pages a été très positive : le dessin est très joli, riche en détails sur la Russie tsariste, avec notamment un soin apporté aux uniformes (bien que je ne sois pas un spécialiste).

Je vous ai cité le résumé juste avant, mais pour ma part j’ai commencé à lire cet album uniquement sans l’avoir lu au préalable. Au vu du titre, je m’attendais à une bande dessinée sur la Révolution russe de 1917 ou sur les derniers jours du tsar Nicolas II et de sa famille en 1918. L’action commence en réalité en 1904 et relate l’attentat qui a coûté la vie au Grand Duc Sergueï Alexandrovitch, oncle du tsar et gouverneur général de Moscou. C’est un prélude à la révolution avortée de 1905 qui sera réprimée dans le sang par le pouvoir tsariste. On voit bien dans ce contexte que les germes de la révolution de 1917 étaient déjà présentes et que la Première Guerre Mondiale ne sera que l’étincelle qui fera tout exploser.

Le récit évoque également brièvement le Protocole des Sages de Sion, un faux opus écrit par la police secrète tsariste pour dénoncer un prétendu complot juif visant à dominer le monde. Ce livre a alors été utilisé par le régime tsariste pour faire des juifs le bouc-émissaire idéal des malheurs de la population russe, dans une époque de montée des tensions et des revendications, avant d’être à nouveau repris par Hitler et les idéologues nazis pour justifier les politiques antisémites et la « solution finale ».

Dans ce tome, on suit le récit à travers le point de vue du gouverneur, un aristocrate dont le courage ne semble pas la première qualité et qui apparaît comme un homme faible dépassé par les événements. Il est la cible des terroristes révolutionnaires après avoir réprimé une manifestation populaire par les armes, provoquant la mort de plusieurs dizaines de manifestants, dont des enfants. Il sait que la mort l’attend et qu’il n’y échappera pas, ce qui le mène aux portes de la folie. Bien que comme lui on connaisse l’issue inéluctable, la tension est palpable et va crescendo tout au long des soixante pages de l’album. Au fur et à mesure du récit, on peut presque s’attacher et éprouver une certaine sympathie pour le personnage du Grand Duc, ce qui souligne la qualité d’écriture de cette bande dessinée.

Si j’en crois le titre du deuxième tome de cette histoire, « Le terroriste », nous devrions cette fois suivre le récit à travers le point de vue d’un révolutionnaire l’assaillant du gouverneur. Je dois dire que j’ai hâte de voir cela et de vous en parler ici.


Mort au Tsar – 1. Le Gouverneur, scénario : Fabien Nury, dessin : Thierry Robin

Note : ★★★★☆


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Livres & Romans

Noggin

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Il ne m’aura donc fallu qu’une grosse semaine pour lire les trois romans publiés par John Corey Whaley jusqu’à aujourd’hui. Après l’excellent Highly Illogical Behavior et l’étrange mais réussi Where Things Come Back, j’ai lu cette fois Noggin, un roman au synopsis un peu déroutant au premier abord :

Listen — Travis Coates was alive once and then he wasn’t.
Now he’s alive again.
Simple as that.

The in between part is still a little fuzzy, but Travis can tell you that, at some point or another, his head got chopped off and shoved into a freezer in Denver, Colorado. Five years later, it was reattached to some other guy’s body, and well, here he is. Despite all logic, he’s still sixteen, but everything and everyone around him has changed. That includes his bedroom, his parents, his best friend, and his girlfriend. Or maybe she’s not his girlfriend anymore? That’s a bit fuzzy too.

Looks like if the new Travis and the old Travis are ever going to find a way to exist together, there are going to be a few more scars.

Oh well, you only live twice.

On parle donc ici d’un adolescent de seize ans, Travis, qui était condamné par un cancer il y a cinq ans et qui a choisi la cryonisation de son cerveau pour essayer d’échapper à la mort. Cinq ans plus tard, la procédure a miraculeusement réussi et Travis se réveille, sa tête attachée au corps d’un autre adolescent mort récemment. L’idée de départ de ce roman est très étrange, et j’avais clairement peur que le livre se transforme en long délire morbide.

En fait, c’est tout le contraire. L’idée de départ n’est qu’un prétexte pour raconter une belle histoire. Travis est parti puis revenu, mais la vie de ses proches a évolué en cinq ans : ses amis ont grandi et ont quitté le lycée, sa petite amie Cate est désormais fiancée, son meilleur ami Kyle qui venait de lui faire son coming-out juste avant sa « mort » est en couple avec une fille, et ses parents semblent l’avoir attendu patiemment pendant cinq ans, même s’ils ont complètement vidé sa chambre. Travis doit retrouver sa place dans tout cela, et ce n’est clairement pas aussi facile qu’il l’aurait pensé.

I was a quiet kid who would blush easily when he got too much attention and always walked with his head down and his hands in his pockets. Usually I was sitting in class thinking about something funny to say and never being brave enough to speak up and say it. In my mind I pretended I was too mature and intelligent to clown around with my classmates, but even I knew that wasn’t totally the case. I just wasn’t quite sure how to be one of them.

Il est assez difficile de parler de ce roman sans en dire trop. Il s’y passe finalement peu de choses mais c’est joliment écrit et plaisant du début à la fin. C’est d’abord une jolie ode à la vie mais c’est aussi un beau récit sur la mort, le deuil des amis et de la famille. Il y a quelques beaux passages dans le texte, et des scènes très touchantes dont je ne dévoilerai rien ici pour laisser le plaisir de la découverte aux futurs lecteurs.

It made me realize that no matter how often you see or talk to someone, no matter how much you know them or don’t know them, you always fill up some space in their lives that can’t ever be replaced the right way again once you leave it.

Noggin est un roman que je vous recommande chaudement, c’est une jolie lecture, un peu naïve par moments, avec beaucoup de beaux sentiments qui peuvent déplaire parfois, mais le récit est plaisant et les personnages sont attachants. J’étais peut-être dans le bon état d’esprit pour plonger dans ce livre, mais j’en ressors ravi.

They kept on like that for a while, and we laughed and told jokes and made fun of one another. But that’s why they were there, I guess. Even though I was almost gone, they were still there to remind me that I wasn’t quite dead yet. And to be honest, I wouldn’t have minded just closing my eyes right then and letting go. Wouldn’t that be perfect? Just dying right there with your two best friends helping you remember everything you loved about being alive?

And that’s how, five days before having my head sawed off my body and carefully placed in a cryogenic freezer in the basement of the Saranson Center for Life Preservation, I got to have the best day of my life. Isn’t that something? Isn’t that the greatest thing you’ve ever heard? I bet most people don’t even get one person who cares about them that much. And me, I got four of them.

Yeah, maybe I got a bad deal the first time around. Sure, it wasn’t fair to be dead at sixteen. But you know what? At least I got to live every single second before they finally turned off the lights.


Noggin, John Corey Whaley

Note : ★★★★☆


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Livres & Romans

Louis XVII

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J’aime l’Histoire. C’est le cas depuis le collège et le lycée, et c’est plus fort que moi. Je lis assez régulièrement des ouvrages historiques, et parfois des romans historiques. Il y a plus d’un an, j’avais repéré ce livre sur Louis XVII sur NetGalley.fr, j’ai sollicité un exemplaire numérique que l’éditeur avait accepté de m’envoyer, mais je l’avais mis de côté, pour je ne sais quelle raison.

Louis XVII est un livre de l’historienne Hélène Becquet, dont l’ambition est parfaitement décrite dans le résumé :

La vie, la personnalité et les enjeux entourant l’enfant roi esseulé, emprisonné, sans trône et sans pouvoir, dernier espoir de la monarchie.

Empoisonné, évadé, ressuscité ? Les hypothèses et les mystères entourant la vie et la mort de Louis XVII ne manquent pas, mais sont pourtant bien éloignés de la vérité.

Louis XVII est sans doute l’inconnu le plus illustre de notre histoire tant le mythe a éclipsé la brièveté de sa vie également marquée par le paradoxe et la tragédie. Paradoxe d’un prince devenu Dauphin en 1789, au moment où la monarchie absolue s’effondrait. Tragédie d’un roi sans royaume, d’un orphelin à la fois captif et otage des luttes de pouvoir inhérentes à la Convention.

Instrumentalisé, esseulé et malade, il succombe à dix ans à la prison du Temple en juin 1795, ouvrant la voie à des décennies de controverses sur les circonstances de sa mort et son hypothétique survivance.

En biographe exemplaire, Hélène Becquet exhume la vérité derrière les légendes, racontant son existence oubliée avant d’ausculter sa surprenante postérité au terme d’une enquête de plusieurs années.

Je m’intéresse un peu à Louis XVII et son histoire depuis que j’avais lu l’excellent roman Un roi sans lendemain de Christophe Donner, dans lequel l’auteur mettait en scène un scénariste chargé d’écrire un film sur Louis XVII, ce qui servait de prétexte à raconter la courte vie du fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette. J’avais beaucoup aimé ce roman et je crois que cela avait joué dans ma volonté de solliciter un exemplaire de Louis XVII auprès de l’éditeur l’année dernière.

Là om Christophe Donner s’autorisait quelques libertés pour la cause romanesque, Hélène Becquet fait preuve de toute la rigueur qu’on peut attendre d’une historienne en ne racontant que les éléments de la vie de Louis XVII pour lesquels elle a pu rassembler des sources fiables. C’est donc une véritable biographie, peut-être la première sérieuse et objective, de l’enfant du Temple.

C’est un récit passionnant qui débute évidemment avec la petite enfance de Louis-Charles de France, deuxième fils de Louis XVI et Marie-Antoinette et s’achève avec sa mort en captivité au Temple. Entre temps, sa vie se déroule, bouleversée par la chute de l’Ancien Régime et par la Révolution Française.

Dans les derniers chapitres, Hélène Becquet s’intéresse également au rôle joué par l’image de Louis XVII pour la cause royaliste après la Révolution et notamment pendant la Restauration, ainsi qu’aux nombreux « imposteurs » qui se sont crus ou se sont fait passer pour Louis XVII qui aurait survécu après avoir échappé à sa prison du Temple. Louis XVII fait ainsi figure de roi idéal pour les royalistes, à la fois martyr de la Révolution et roi en quelque sorte parfait, puisqu’il n’a pas régné et qu’aucune faute ne vient ternir son règne.

Dix petites années séparent la naissance fastueuse du duc de Normandie de la mort tragique de Louis XVII au Temple. En d’autres temps, cette courte vie aurait été un drame personnel pour la famille royale, aurait pu susciter des inquiétudes momentanées, mais n’aurait guère eu de retentissement. […] L’exception constituée par le second fils de Louis XVI vient de la prodigieuse accélération donnée à sa carrière princière, si l’on ose dire, par la Révolution. Face à un roi qui suscite des doutes dans le public, le Dauphin devient un personnage central malgré son jeune âge – ou plutôt en raison même de son jeune âge. C’est en lui que les monarchistes constitutionnels, qui veulent allier Révolution et royauté, placent toutes leurs espérances. La chute de la monarchie et le régicide en font ensuite le seul roi légitime pour toutes les sensibilités royalistes, mais un roi enfermé, dont le sort ne cesse d’inquiéter, et qui, surtout, ne peut donner aucune impulsion politique. Louis XVII est doublement impuissant par son âge et par son emprisonnement, mais le sang royal dont il est issu, les malheurs qu’il a subis lui confèrent en regard une double légitimité : celle de la naissance et celle du malheur. Sa mort laisse les royalistes orphelins.

J’ai lu ce livre en étant captivé et passionné. C’est vraiment le genre d’ouvrage historique que je peux dévorer du début à la fin sans avoir envie de m’arrêter.


Louis XVII, Hélène Becquet

Note : ★★★★☆


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