Livres & Romans

La révolution inachevée (1815-1870)

La révolution inachevée est le titre du dixième volume de la collection Histoire de France éditée chez Belin sous la direction de Joël Cornette. Ecrit par l’historienne Sylvie Aprile, il traite des années 1815 à 1870, c’est-à-dire la Restauration, la Monarchie de Juillet, l’éphémère Deuxième République, puis le Second Empire et sa chute.

Après la préface d’Henry Rousso et l’introduction par Sylvie Aprile, j’ai trouvé le menu plutôt alléchant : redécouvrir et éventuellement réhabiliter un court XIXème siècle méconnu, malaimé et souvent malmené par l’historiographie.

Le première chapitre, « De Louis XVIII à Louis-Philippe : une monarchie limitée » décrit et explique la période de la Restauration (1815-1830) : retour sur le trône de Louis XVIII qui concède une Charte constitutionnelle ; interlude des Cent-Jours voyant le retour puis la défaite définitive de Napoleon Ier ; règnes de Louis XVIII et de Charles X. Le chapitre s’achève à la veille des Trois Glorieuses.

Un deuxième chapitre long mais passionnant raconte la révolution des Trois Glorieuses en juillet 1830, qui fait chuter Charles X et aboutit à l’instauration de la Monarchie de Juillet, puis le règne de Louis-Philippe comme Roi des Français dans une monarchie constitutionnelle qui échouera en 1848. Le chapitre s’achève avec une longue partie sur l’opinion et ses espaces : parlement, rue, etc.

Après deux chapitres plutôt chronologiques, le troisième est thématique : « La France des champs et l’industrialisation » décrit la France et les transformations techniques et sociales qu’elle vit pendant la Restauration : un pays qui reste majoritairement rural, centré sur le « village », mais qui vit une modernisation faisant évoluer l’économie avec une industrialisation croissante.

J’ai ensuite beaucoup aimé le quatrième chapitre consacré à l’histoire des idées et des arts pendant la Restauration : essor du libéralisme (dans ses dimensions politique et économique), l’esprit de réforme, l’invention de nouveaux modèles de société (socialisme, anarchisme, catholicisme social, etc.), et la vie intellectuelle et artistique (avec un long passage sur le romantisme).

Le cinquième chapitre, sobrement intitulé « La France, l’Europe et le monde » traite de la place de la France de la Restauration et de la Monarchie de Juillet dans le concert international : les suites du congrès de Vienne de 1815, la rivalité anglo-française, la reprise d’une politique coloniale, et enfin un aperçu de l’Europe à la veille de 1848.

Pendant les fêtes, je n’avais pas avancé dans la lecture de ce livre, avant de m’y remettre avec un 6ème chapitre consacré intégralement à la révolution de 1848 : ses origines, l’insurrection de février mettant fin au règne de Louis-Philippe, la proclamation de la Seconde République (qui ne sera finalement que la deuxième), les élections au suffrage universel (masculin), l’abolition de l’esclavage, et la fin de la révolution en juin 1848.

Suite à la Révolution de 1848 décrite au chapitre précédent, le 7ème est consacré à la Deuxième République : l’établissement de la Constitution, l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la Présidence de la République, la lutte entre le président et l’opposition parlementaire, jusqu’au coup d’État de décembre 1851. L’autrice présente bien cette Deuxième République, en prenant soin de ne pas la limiter à une parenthèse menant nécessairement au coup d’État est à l’Empire.

Le huitième chapitre inaugure la partie consacrée au Second Empire, avec pour commencer le thème de l’autorité impériale : mode de gouvernance de Louis-Napoléon, proclamation de l’Empire, et musellement de l’opposition.

Le neuvième chapitre détaille la politique impériale, avec ses deux piliers : l’économie (modernisation de l’économie, transformation de Paris, prospérité) et la guerre (renouveau de la diplomatie française, avec la guerre de Crimée puis la question italienne), mais aussi la politique coloniale (implication en Amérique latine et achèvement de la conquête de l’Algérie).

Le dixième chapitre décrit la société du Second Empire, dans ses constantes et ses transformations : une France qui reste principalement rurale, mais qui voit l’essor du monde ouvrier ; la place des notables ; le style Second Empire dans l’art et la culture ; le retour des oppositions ; la religion et l’Église ; un parlementarisme timide.

Le onzième et dernier chapitre relate les trois dernières années du Second Empire : libéralisation du régime (parlementarisme accru, relative liberté de la presse) ; les élections de 1869 aux résultats contrastés, et le plébiscite de 1870 ; la guerre contre la Prusse de Bismarck, la défaite de Sedan et la chute de l’Empire.

Comme tous les volumes de cette collection, l’ouvrage s’achève avec d’impressionnantes annexes (chronologie, biographies, bibliographie, références iconographiques, textuelles et documentaires, et évidemment un abondant index), mais surtout le désormais traditionnel Atelier de l’historien, cette fois autour de quatre thématiques : revisiter le XIXe siècle ; l’Histoire et les historiens du XIXe siècle ; usages et mésusages de la littérature : faire de l’histoire avec Balazac, Flaubert, Hugo, etc. ; le premier siècle du regard photographique.

Je ne peux pas achever cette critique sans souligner la richesse et la qualité des illustrations et de la documentation de cet ouvrage : que ce soit les caricatures, les photographies, les documents, les cartes, les graphiques, tout s’accorde parfaitement avec le texte et l’illustre parfaitement.

Le livre lui-même est passionnant à lire, sur une période peu connue ou en tout cas mal connue en dehors du cercle des spécialistes. Il m’a clairement permis de redécouvrir un XIX° siècle que je connaissais mal alors qu’il s’agit sans doute d’une des périodes les plus intéressantes de notre histoire.

Je vais désormais pouvoir poursuivre mon voyage dans le temps et me rapprocher doucement mais sûrement de notre époque, avec le prochain volume consacrée aux années 1870-1914 et La république imaginée.


La révolution inachevée (1815-1870), Sylvie Aprile

Note : ★★★★☆

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La Fortune des Rougon (Les Rougon-Macquart #1)

Parmi mes résolutions prises pour l’année 2020, il y a l’ambition de lire ou relire des grands classiques de la littérature française, et notamment les oeuvres de Victor Hugo, Emile Zola et Marcel Proust.

J’ai commencé cette aventure avec Emile Zola et son oeuvre Les Rougon-Macquart, une série de vingt romans racontant la vie de plusieurs membres d’une famille et de dresser à travers eux un portrait aussi complet que possible de la France du Second Empire.

Le premier roman de la saga s’intitule La fortune des Rougon. Le récit prend place en décembre 1851, au moment du coup d’état où le prince-président Louis-Napoléon fait tomber la République pour consolider son pouvoir personnel et à terme proclamer le Second Empire. L’action se déroule à Plassans, une ville fictive de Provence, que l’on peut rapprocher d’Aix-en-Provence, où Emile Zola a passé son enfance et son adolescence.

L’auteur nous présente une famille complexe issue d’Adélaïde Fouque, dite Tante Dide, une femme victime de crises de nerf et de convulsions. Mère d’un premier fils, Pierre, de son mariage avec un certain Rougon, elle vit après la mort de son mari avec le contrebandier Macquart, dont elle aura deux enfants : Antoine et Ursule. Pierre Rougon, Antoine Macquart et Ursule Mouret (le nom de son époux) sont à la base des trois branches familiales dont sont issus tous les personnages principaux des Rougon-Macquart.

Dans La Fortune des Rougon, nous nous intéressons principalement à la premier génération. Pierre Rougon est un petit bourgeois qui rêve de grandeur avec son épouse au moins aussi ambitieuse que lui. Antoine Macquart est un fainéant qui vit dans l’amertume et la jalousie face à la meilleure situation de son demi-frère. Quant au jeune Silvère, âgé de dix-sept ans, le neveu de Pierre et Antoine, il a découvert à la fois l’amour avec sa jeune voisine Miette et l’engagement politique en voulant défendre la République agonisante.

Le roman se déroule le temps d’une semaine, dans les jours qui précédent puis suivent le coup d’Etat bonapartiste à Paris. Pierre Rougon, informé par son fils Eugène à Paris, réunit les milieux réactionnaires dans son salon et tente de profiter de la situation politique pour améliorer la sienne. Bonapartistes, légitimistes et orléanistes font alors cause commune pour faire tomber la République honnie.

A travers les personnages de Pierre Rougon et de son épouse Félicité, Emile Zola dresse un portrait finement cruel de la petite bourgeoisie de province dont la cupidité n’a d’égale que la lâcheté. Face à ces arrivistes prêt à tout pour réussir, sauf à se battre réellement, l’auteur nous présente Silvère Mouret, jeune idéaliste de dix-sept ans, autant amoureux de sa belle Miette que de la République. Entre les deux, le dépravé Antoine Macquart, d’abord républicain puis complice des manigances de son demi-frère.

Avec ces trois personnages, Emile Zola nous raconte à hauteur d’homme une page d’Histoire de France, celle du coup d’état de décembre 1851. Il nous dresse aussi le portrait d’une ville de province secouée par les événements parisiens, sans savoir d’abord comment ils s’achèveront.

Malgré un style parfois un peu lourd – c’est l’époque qui veut cela, La fortune des Rougon est clairement un roman passionnant, un début plus que prometteur pour une saga dont j’attends désormais encore plus.


La Fortune des Rougon (Les Rougon-Macquart #1), Emile Zola

Note : ★★★★☆

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Révolution, Consulat, Empire (1789-1815)

Après un volume consacré à La France des Lumières qui m’avait agréablement surpris et mis l’eau à la bouche pour la suite, c’est peu dire que j’attendais beaucoup de ce neuvième volume de la collection Histoire de France éditée par Belin. Il couvre la passionnante période de 1789 à 1815 sous le titre Révolution, Consultat, Empire.

Le plan proposé par les trois auteurs, Michel Biard, Philippe Bourdin et Silvia Marzagelli, est malin : il commence par six chapitres chronologiques qui racontent et expliquent la période révolutionnaire puis napoléonienn, puis se poursuit avec cinq chapitres consacrés à des thématiques transverses qu’ils abordent chacune sur l’intégralité de la période 1789-1815.

L’ouvrage débute par un premier chapitre résumant les dernières années précédant la Révolution : le poids des tensions sociales avec des révoltes multiples et récurrentes, les dernières tentatives réformatrices, leur échec conduisant à l’impasse, elle-même débouchant sur la convocation des Etats Généraux en 1789. Dès ces premières pages, j’ai été captivé, je sentais que ce tome avait tout pour me plaire.

Cette impression s’est poursuivie avec un deuxième chapitre, toujours aussi passionnant, consacré à la mise en place et la chute de la Monarchie constitutionnelle de 1789 à 1792.

J’ai été encore plus captivé par le troisième chapitre relatant les années 1792 à 1793 : la condamnation et l’exécution de Louis XVI, la Convention, la radicalisation des positions, la République en péril face aux oppositions intérieures et à la guerre venue de l’étranger, la Terreur, la chute de Robespierre, et la mise en place du Directoire, qui fait l’objet du chapitre suivant.

Ce quatrième chapitre m’a permis de redécouvrir la période du Directoire (1795-1799). République du centre, République bourgeoise, objet d’une légende noire, le Directoire scelle l’alliance du politique et du militaire, voit grandir la popularité des généraux, avant de tomber lors du coup d’Etat du 18 Brumaire mené par Bonaparte et ses alliés.

Le cinquième chapitre est consacré à la période du Consulat (1799-1804), avec l’affirmation d’un régime autoritaire autour de Bonaparte, l’oeuvre de réconciliation nationale (Concordat, amnistie des émigrés), et les grandes réformes – dont nous voyons pour certaines encore les traces de nos jours – dans les domaines des finances, de l’administration, de la justice ou de l’éducation.

Le sixième chapitre, consacré à l’Empire (1804-1815), clôt la première partie du livre, dédiée au récit chronologique. Les auteurs évitent brillamment l’écueil de se contenter d’égrener les victoires et défaites des campagnes napoléoniennes en Europe. Ils montrent comment le régime autoritaire à l’intérieur était indissociable de l’état de guerre quasi-permanent et de la rivalité avec l’Angleterre.

Après de passionnants chapitres déroulant la chronologie de la Révolution, du Consulat et de l’Empire, l’ouvrage se poursuit avec des chapitres thématiques. Pour commencer : l’économie, avec ses transformations entre 1789 et 1815 (abolition des droits féodaux, vente des biens nationaux, droit de la propriété, etc.) et ses défis face à la guerre. C’est intéressant, mais moins accessible que les premiers chapitres.

Le deuxième chapitre thématique porte sur la question religieuse : l’état de l’Eglise à l’aube de la Révolution, l’évolution du lien entre Église et État au cours des années 1789-1815, la reconnaissance des minorités religieuses, la déchristianisation de la société et l’apparition de fêtes civiques. C’est très intéressant et toujours précis sur le sujet.

Le livre se poursuit avec un chapitre consacré aux mouvements contre-révolutionnaires, à travers leurs idées, leur diversité voire leur hétérogénéité, leurs actions – notamment en Vendée, et en Bretagne avec les Chouans), le rôle des émigrés, et les tentatives de mettre fin aux avancées révolutionnaires par les urnes plutôt que par les armes.

Le chapitre thématique aborde les relations de la France révolutionnaire avec ses voisins européens d’une part, et avec ses colonies d’autre part. Sur le continent, les relations internationales sont marquées par un état de guerre permanente : guerre défensive pour protéger la Révolution, guerre de libération avec les Républiques-sœurs, guerre expansionniste ensuite. Les colonies quant à elles suivent d’abord l’exemple de la Révolution avant de lutter pour leur indépendance après les tentatives de reprise en main, notamment de Napoléon.

Suite logique du chapitre précédent sur les relations internationales, le dernier chapitre thématique détaille l’omniprésence de la guerre dans la France révolutionnaire puis napoléonienne : la levée d’une armée nouvelle, révolutionnaire ; le coût – notamment humain – de la guerre ; la culture du soldat et le culte des généraux, dont évidemment Bonaparte ; les liens entre armée et pouvoir politique.

Avant les inévitables annexes, l’ouvrage propose comme pour chaque volume de la collection un Atelier de l’Historien, composé ici de trois parties :

  • les sources (presse, pamphlets, mémoires, tableaux, caricatures) et leur exploitation
  • les problèmes et débats (les femmes dans la Révolution, la première abolition de l’esclavage en 1794, la vente des biens nationaux, la révolution et le monde des lettres et des arts, les interprétations de la Terreur, la révolution française vue comme l’un des épisodes d’une révolution atlantique plus globale)
  • l’historiographie, à la fois de la Révolution et de la période napoléonienne

Dois-je préciser que, comme chacun des volumes de cette collection, le livre est subliment illustré et richement documenté ? Je le dis à nouveau, car il le mérite autant que les volumes précédents.

J’attendais beaucoup de ce tome mais je n’ai pas été déçu : son plan extrêmement bien conçu, la qualité du texte et des illustrations m’ont permis de redécouvrir avec passion la période révolutionnaire et napoléonienne, avec des éclairages permis par les recherches historiques les plus récentes, loin de certains clichés persistants dans les médias « grand public ».

J’espère être aussi emballé par le prochain tome, consacré à une période que je connais mal mais dont je devine toute la richesse : la France des années 1815 à 1870, période de La Révolution inachevée.


Révolution, Consulat, Empire (1789-1815), Michel Biard, Philippe Bourdin et Silvia Marzagelli

Note : ★★★★★

Livres & Romans

Napoléon en Amérique

Après avoir beaucoup aimé La Pierre de la Victoire de Sébastien Capelle, j’ai enchainé avec son autre roman uchronique : Napoléon en Amérique.

Napoléon et son épopée à la conquête de l’Europe font partie des classiques de l’uchronie, pas très loin derrière l’uchronie sans doute la plus utilisée : et si les nazis avaient gagné la guerre ?

Toutefois, dans ce roman, l’idée de départ est un peu plus originale : l’auteur déplace Napoléon Bonaparte sur le continent américain. En 1795, l’officier corse – pas encore général – se rend à Louisiane où il va contribuer à libérer la ville du joug espagnol. Gagnant en popularité auprès de la population et des notables de la ville, il va progressivement unifier les états du sud de la côte atlantique américaine, en les aidant à ses défendre contre les puissances coloniales, la France et l’Espagne. Ensuite, l’unification avec les Etats-Unis d’Amérique sera à l’ordre du jour.

Sébastien Capelle nous propose de suivre cette épopée napoléonienne pas comme les autres sous la forme d’un roman épistolaire. Nous découvrons ainsi les échanges entre plusieurs personnages récurrentes : Napoléon lui-même ; Emilie, sa première épouse, fille d’un notable de la Nouvelle-Orléans et engagée dans la lutte pour l’abolition de l’esclavage et pour les droits des femmes ; Joseph, le frère aîné de Napoléon, et d’autres personnages qui croisent la route de Bonaparte sur le continent américain.

J’ai beaucoup aimé la première moitié du livre : j’ai trouvé que l’idée de départ était plutôt originale, et les échanges épistolaires donnent du rythme au récit et permettent de le suivre à travers des points de vue différents. Ensuite, j’ai trouvé que cela retombait un peu. Je ne me suis pas totalement lassé des aventures de Napoléon, mais j’ai été moins emballé.

Dans l’ensemble, c’est un roman uchronique réussi, mais qui manque de la puissance de La Pierre de la Victoire, dont la longueur – plus courte – évitait de faire retomber le rythme et l’intérêt du lecteur. Sébastien Capelle est en tout cas un auteur inventif que je risque de suivre avec intérêt à l’avenir, je me demande bien ce qu’il va bien pouvoir nous proposer dans ses prochaines créations !


Napoléon en Amérique, Sébastien Capelle

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

La saga des Bonaparte

J’ai découvert ce livre par hasard à la médiathèque et je me suis dit que cela pouvait m’intéresser. La saga des Bonaparte (du XVIII° siècle à nos jours) retrace en effet les vies de plusieurs personnalités de la maison Bonaparte, en commençant par le premier d’entre eux, l’Empereur Napoléon Ier.

Célèbres, méconnus ou inconnus, les représentants, depuis plus de deux siècles, d’une dynastie qui a sidéré le monde.

Ils sont dix-sept et auraient pu être plus nombreux. Le premier d’entre eux, Napoléon, est un géant de l’histoire. Autour de lui, une famille – les Bonaparte – qui participa à son épopée, mais perpétua aussi sa grandeur. Chacun, animé de ses forces et faiblesses, joua un rôle important dans son époque. Parmi eux, deux empereurs, trois rois, une reine, deux princes contestataires, une incomparable muse, un aiglon maudit, un autre tombé au champ d’honneur, une amie des poètes, une névrosée célèbre, un étonnant politicien américain fondateur du FBI, un héros de la Résistance.

Leur saga est éminemment française, mais pas seulement. Elle est aussi italienne, allemande, hollandaise, anglaise, espagnole, russe et même américaine. Ils ne furent pas seulement des aristocrates accomplis. Tous ont mené plusieurs vies, au point d’apparaître comme d’excellents personnages de romans que n’auraient reniés ni Balzac ni Dumas.

Pour les faire revivre durant près de trois siècles, l’auteur a mené l’enquête à partir de sources renouvelées, battant en brèche nombre d’idées reçues ou de légendes devenues vérités au fil du temps. Sur fond d’intrigues et avec une large place accordée au récit, Pierre Branda restitue leurs improbables et attachantes destinées.

Pierre Branda est l’un des dirigeants de la Fondation Napoléon, et à ce titre un fervent admirateur de la famille Bonaparte. Cela se sent dans son ouvrage. Le long avant-propos consacré à Charles Bonaparte, le père de l’Empereur Napoléon, est à ce titre symptomatique : ses travers sont excusés et les rumeurs qui lui sont défavorables, si elles sont citées, sont rapidement balayées d’un revers de la main et mises sur le compte de la jalousie des rivaux face à la bonne fortune de la famille Bonaparte.

On retrouve la même approche subjective dans tous les chapitres suivants. Il faut donc prendre avec des pincettes les affirmations de l’auteur. Malgré tout, le livre permet de découvrir des personnalités de la famille Bonaparte que l’on connait mal, ou du moins que je connaissais mal voire pas du tout.

Ainsi, si le premier chapitre consacré à Napoléon Ier ne m’a pas appris grand chose, les suivants présentant ses frères et soeurs m’ont semblé plus utiles, car je connaissais mal ces personnalités historiques. Certains chapitres sont cependant plus ou moins intéressants que d’autres, en fonction de la personnalité évoquée et de sa destinée.

J’ai particulièrement aimé les deux chapitres consacrés d’une part à Napoléon II, popularisé sous le nom de l’Aiglon dans la pièce de théâtre du même nom d’Edmond Rostand, et d’autre part à Napoléon IV, fils de Napoléon III, qui n’a jamais régné et qui est mort en Afrique en combattant sous l’uniforme britannique, sa patrie d’exil et d’adoption.

J’ai également découvert des personnalités atypiques et peu connues, comme Charlie, issu de la branche américaine des Bonaparte, conseiller puis ministre de la Justice du président Théodore Roosevelt, et fondateur d’un bureau d’investigation fédéral qui deviendra plus tard le FBI. J’ai également redécouvert le destin du prince Louis, qui a refusé les offres de collaboration de l’occupant nazi et qui s’est engagé dans la Résistance, ce qui lui a valu quelques années après la guerre d’obtenir la révocation de la loi d’exil touchant sa famille.

Dans l’ensemble, le livre est intéressant, à condition de ne pas prendre pour argent comptant tout ce que déclare l’auteur. C’est d’ailleurs le principal reproche que j’adresserai à ce livre : sachant que l’auteur n’est pas objectif, le lecteur est obligé d’être méfiant face à ce qu’il lit, ce qui me semble le contraire de ce qu’on attend d’un ouvrage historique.


La saga des Bonaparte (du XVIII° siècle à nos jours), Pierre Branda

Note : ★★★☆☆

Comics & BD

Jour J – 17. Napoléon Washington

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Après avoir lu les premiers volumes de la collection d’uchronies en bande dessinée Jour J dans l’ordre de parution, je continue désormais à piocher parmi les albums en fonction de mon intérêt pour l’histoire alternative proposée. Celle de ce dix-septième album me semblait prometteuse :

Carlo Maria Buonaparte, avocat victime des vendettas corses, décide de partir pour les Amériques. Dans ce Nouveau Monde en pleine révolution, il s’engage auprès des rebelles américains et devient l’ami du plus célèbre d’entre eux, George Washington. Avant de mourir sur le champ de bataille, il fait promettre au père de la nation américaine de devenir également celui de son fils, le jeune Napoléon.

Si le point de départ est un peu tiré par les cheveux (le père de Napoléon s’exile en Amérique et devient un fidèle de George Washington, au point que le premier président américain adopte son fils Napoléon), j’espérais une histoire sympathique à partir de cette idée atypique.

Malheureusement, le récit proposé par Fred Duval et Jean-Pierre Pécau ne m’a pas passionné. Nous sommes en pleine campagne militaire de Napoléon pour libérer le Mexique conquis par l’Espagne, puis dans une quête grotesque pour trouver l’Eldorado. J’ai été vraiment déçu par cet album, dont l’intrigue ne m’a pas intéressé et dont le cadre historico-uchronique est très mince. Pour moi c’est clairement l’épisode le plus faible de la série pour le moment. J’espère que les prochains que j’ai sélectionnés seront meilleurs.


Jour J – 17. Napoléon Washington, Fred Duval et Jean-Pierre Pécau

Note : ★★☆☆☆

Livres & Romans

#LeNouveauChemin

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Me voilà confronté aujourd’hui à un exercice que je n’ai jamais aimé : devoir parler d’un livre que j’ai eu l’occasion de lire en service de presse et qui ne m’a pas vraiment plu. C’est malheureusement le cas de ce roman intitulé #LeNouveauChemin de Samuel Cazenave, édité par Librinova.

J’avais pourtant été intrigué par le résumé :

Cette œuvre est inclassable, épopée historique, regard sur le monde actuel et cri d’alarme écologique, roman d’anticipation, conte, essai, récit poétique et projet politique, non sans quelques traits d’humour. D’un chapitre à un autre, les univers se succèdent, pour qu’à la fin, se présente « le nouveau chemin » !

Nous sommes en 2024 ! Le stade de l’urgence écologique est dépassé, la mort est déjà là. Les humains doivent quitter la terre. Ce sera Mars. Mais un homme décide de ne pas suivre le mouvement, d’abord par désespoir, puis pour d’autres raisons…

Les questions se bousculent, intimes, philosophiques, politiques et morales, des aller-retours et des correspondances multiples…

Tout se joue entre 4 personnages, dont un venu du fond des songes de Joshua et de la grande histoire, Napoléon Ier. Avec ce dernier, se noue un dialogue époustouflant, cohérent et inattendu, comme le fil d’Ariane d’un projet pour un Homme relié à lui-même.

Ce roman est un appel à un choix impératif et urgent, individuel et collectif, de se réformer profondément.

D’une constante humilité, voilà un plaidoyer pour l’amour, le sel, le sens et la raison d’être de l’Humain, qui fait du bien …

L’idée de départ n’est pas mauvaise : dans un futur proche, en 2024, la crise écologique est là. Le point de rupture a été atteint : les catastrophes s’enchainement, les morts se multiplient, la vie sur Terre ne sera bientôt plus possible.

Mandaté par les Nations Unies, la Président de la République annonce le plan préparé depuis plusieurs années par les gouvernements et les multinationales : des navettes construites dans le plus grand secret vont être envoyées sur Mars pour coloniser la planète rouge et sauver l’humanité.

Un homme, Joshua, va cependant refuser de partir. En villégiature en Corse, il échange avec quelques individus de passage, ainsi qu’avec Napoléon dans ses rêves. Celui-ci lui confie ses ambitions anéanties lors de la campagne de Russie et définitivement enterrées à Waterloo, ainsi que ses projets pour une Europe universelle.

C’est un roman court (moins de 100 pages) et pour autant très décousu. J’ai peiné à voir le fil conducteur et le lien entre les différents chapitres. Certains passages ne sont pas inintéressants, mais l’ensemble m’a semblé superficiel et manquant de « liant », comme on dit parfois. Surtout, je n’ai pas été entrainé par ce drôle de récit, qui m’a plutôt ennuyé dans l’ensemble. J’ai tout de même tenu à aller au bout, d’abord parce que la longueur de ce court ouvrage me le permettait sans effort surhumain, ensuite parce que j’aime tenir mes engagements avec les éditeurs qui me font confiance en me faisant découvrir une de leurs publications.


#LeNouveauChemin, Samuel Cazenave

Note : ★★☆☆☆