Livres & Romans

Si peu la fin du monde

Si peu la fin du monde est le premier roman de Laure Pfeffer, à paraître le 11 avril prochain. J’ai eu l’opportunité de le découvrir en avant-première grâce à son éditeur Buchet-Chastel et à NetGalley.fr.

Le résumé par l’éditeur m’avait intrigué, suffisamment pour me donner envie de lire ce roman :

En 1999, il ne s’est pas passé grand-chose. On attendait le bug de l’an deux mille sans l’attendre vraiment. Une année suspendue, entre la fin des années quatre-vingts et l’aube du troisième millénaire, entre la fin de la guerre froide et le début de la guerre contre le terrorisme. Entre la fin de l’enfance et le début de l’âge adulte.

Pourtant tout était en gestation – Internet, les téléphones portables, la dématérialisation du vivant, Google… – sous les auspices d’un bug aux allures de tsunami, qui sonnait à la fois comme la menace d’un coup d’arrêt et la promesse d’une table rase.

Si peu la fin du monde nous replonge dans cette étrange zone de transition pour évoquer le passage à l’âge adulte de trois personnages entre 19 et 22 ans pris dans le flot de l’Histoire – Olga, Jules et Alex. Des personnages errants, liés et solitaires, qui trompent leur angoisse de l’avenir grâce aux paradis artificiels, aux fêtes, à la recherche de sentiments authentiques dans un monde de plus en plus flou.

A travers ses trois personnages principaux, Olga, Jules et Alex, ce roman est avant tout le portrait d’une génération, celle née au tournant des années 1970 et 1980, celle qui a eu vingt ans en l’an 2000 (ou en l’an 2001 pour rendre hommage à Pierre Bachelet). Comme le dit l’un des protagonistes, cette génération est mal née, comme dans un trou noir : trop tard pour profiter des Trente Glorieuses et de mai 68, mais trop tôt pour connaître véritablement l’euphorie de la chute du Mur de Berlin.

Le plus étonnant c’est qu’en lisant ces tranches de vie de ces jeunes de 18 à 22 ans à la toute fin du XX° siècle, du haut de mes presque quarante ans, je n’ai réalisé que tard dans le roman que cette génération, c’était la mienne, que ces jeunes avaient le même âge que moi, que j’ai vécu ce tournant du siècle et du millénaire au même âge qu’eux. Je ne m’explique pas totalement pourquoi je n’ai pas fait tout de suite le rapprochement. Peut-être ai-je vécu ma jeunesse différemment de la leur, c’est probablement l’explication la plus plausible. A moins que je sois tout simplement incapable de me reconnaître dans cette tranche d’âge qui me parait désormais si lointaine, pour le meilleur et pour le pire.

Le roman a pour cadre principal la ville de Strasbourg, hormis quelques séjours plus ou moins lointains. J’ai eu plaisir à retrouver la cité alsacienne, ses quartiers, son architecture, son tramway, son centre-ville piétonnier, la place Kléber, le parc de l’Orangerie, tout ce que j’ai connu comme touriste à plusieurs reprises et que les personnages vivent au quotidien.

L’ambiance musicale qui rythme le roman est typique de la fin des années 90, avec des artistes et des chansons qui ont marqué cette époque. C’est un peu artificiel par moment, comme si l’auteur forçait le trait pour rappeler en quelle année le récit se déroule.

C’est d’ailleurs un peu la même chose avec la technologie : les e-mails, le bruit caractéristique du modem, les cabines téléphoniques, les réveils analogiques ou à cristaux liquides qui n’ont pas encore laissé la place aux alarmes de nos smartphones, l’arrivée des téléphones portables justement : tout est là mais c’est parfois comme une couche ajoutée sur un décor factice. J’ai bien aimé cependant les nombreuses allusions à la peur du bug de l’an 2000, qui parait si loin désormais mais qui a alimenté les pires angoisses à l’époque.

Malgré tout, l’effort est louable et j’ai globalement bien reconnu cette période de ma vie.

Le cadre et le décors sont donc plutôt fidèlement reconstitués, on s’y croirait presque. Le récit lui-même est plaisant, même s’il n’est pas forcément très joyeux. Les trois personnages principaux sont perdus dans leur vie et avec leurs sentiments. Il y a beaucoup d’ambiguïté sexuelle entre garçons et filles, entre garçons, entre filles, voire pas du tout d’ambiguïté dans certains cas. Cette jeunesse s’amuse tant bien que mal, fume (du tabac et pas seulement), fait la fête, baise, étudie finalement peu, bref cette jeunesse attend l’âge adulte sans impatience ni enthousiasme débordant, si ce n’est pas une angoisse réelle face à un avenir guère prometteur.

J’ai trouvé que le récit s’essoufflait un peu dans le dernier quart du roman, mais je m’étais suffisamment attaché aux personnages pour que je poursuive ma lecture sans déplaisir.

Dans l’ensemble nous avons affaire à un premier roman plutôt réussi, qui joue de jolie façon avec une certaine nostalgie mélancolique en nous ramenant finalement à une époque pas si réjouissante. Nous ne sommes clairement pas dans l’effet « souvenez-vous de cette enfance dorée où tout allait bien pour vous et dans le monde ». Au contraire Laure Pfeffer nous montre un monde qui s’apprête à passer un tournant, celui du passage à l’an 2000, comme un saut dans l’inconnu dont la jeunesse attendait finalement peu de choses, sinon le pire.


Si peu la fin du monde, Laure Pfeffer

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

La Californie

J’ai eu l’occasion de lire La Californie de Bruno Masi grâce à la plateforme NetGalley.fr et à la maison d’édition JC Lattès. Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre mais le résumé m’avait intrigué :

Marcus Miope a 13 ans. C’est un vieillard dans un corps d’enfant, un jeune garçon à l’âme déjà fatiguée, éprouvée par le temps et les autres. Mais il n’est pas cynique. Il regarde le monde  et pose des questions.

Cet été-là, il est assis sur le rebord d’une passerelle. Sous ses pieds filent les voitures de l’autoroute ; au loin on distingue dans la lumière rouge d’un énorme soleil les silhouettes avachies des buildings. L’adolescent repense à cette scène dans To Live and Die in L.A. où Bill Petersen s’élance dans le vide depuis un pont, la cheville reliée à un filin. Ca fait quoi la chute ? Et le choc en bas ?

Assis à côté, les pieds dans les chaussures en suède de son père, son ami Virgile n’a rien à répondre à ça, les élucubrations de Marcus l’ont toujours fatigué. Les jours sont interminables. A part filer en vélo sur la piste cyclable où habite le harki, il n’y a rien à faire dans cette ville pourrie. Marcus pense à sa mère, Annie, qui a de nouveau disparu. Il pense à Noémie-Mélodie, à Pénélope la Norvégienne qu’il a croisée sur la plage, à son frère et ses coups, et à cette silhouette dont il ne parvient pas à distinguer le visage et qui lui fait peur. Et tandis que le vrombissement des voitures devient intenable, il revoit les frères Raccioni allongés sur les bancs de la place du collège, et leurs regards en biais, au retour du cours de sport. Forcément, ça va mal finir. La Californie c’est ça : trois mois dans la vie d’un adolescent de treize ans. Trois mois, à tombeau ouvert. C’est le roman des débuts : début de l’émotion, de l’ennui, de la vie qui n’est pas comme on veut, de la vie comme on la voudrait.

Le récit se déroule le temps d’un été, au coeur des années 80. Le narrateur, Marcus, vient de fêter ses 13 ans. Il rêve de partir vivre en Californie mais passe tout l’été dans sa ville traversée par l’autoroute. C’est l’été où sa mère va s’enfuir définitivement. Son frère aîné Dimitri ne s’occupe pas beaucoup plus de lui. Il traîne avec ses copains, avec des filles, et surtout il s’ennuie.

Pourquoi il vit là ce type ? j’ai demandé.

Parce qu’il peut pas aller ailleurs, comme nous, m’a dit Virgile.

Le roman fait deux cent pages mais j’aurais du mal à raconter ce qu’il s’y passe exactement, à part quelques événements plus marquants à la fin. Mais le résultat est plutôt bon, avec cette plongée réussie dans les années 80 et cette vision d’une adolescence déjà désabusée, qui sait que ses rêves ne se réaliseront pas et qu’une vie d’ennui et de galère l’attend.

C’est au final un roman qui oscille joliment entre nostalgie d’une époque révolue et mélancolie face à une vie déjà écrite d’avance.

Pourquoi n’arrivait-on jamais à nous sentir heureux, comme ces touristes contents d’eux-mêmes qui passent leurs journées entières sur la plage ? Je n’ai jamais éprouvé ce qui semble être une forme de plénitude, même vingt ans plus tard. Ce jour-là, tandis que le mois de juillet touchait à sa fin, en appui sur nos coudes, les corps plats, nous regardions autour de nous, et ce que nous ressentions, c’était de la solitude, comme si nous étions assis dans une salle de cinéma où se jouait un film dans une langue étrangère, au milieu d’une foule hilare. Mais ni Virgile ni moi n’avions le courage de l’admettre. Nous aurions pu en parler entre nous, nous livrer l’un à l’autre, et essayer de mettre des mots sur ce qui s’était mis à trembler à la surface de nos peaux blanches, avant de reprendre nos vélos et de nous tirer. Peut-être avait-on trop vu cette plage le reste de l’année, l’envers du décor, peut-être était-il trop difficile de jouer le jeu et de nous faire croire que tout ce qui nous entourait avait un tant soit peu de vérité. Mais on est trop sérieux à treize ans. On n’avait pas encore compris que les artifices sont les seules choses qui valent la peine. Ils octroient une pause au milieu de la laideur ambiante.

Ego Trip

Je me souviens de PSG-Barça 1995


Je crois qu’à chaque fois que le PSG affronte le FC Barcelone, je ressors et relis avec une certaine émotion le même article :

Je me souviens de PSG-Barça 1995 …

Cet article a été publié dans So Foot en 2013, avant (déjà) une confrontation contre Barcelone en Ligue des Champions. L’excellent Mathieu Faure, journaliste mais aussi véritable supporter et amoureux du PSG, nous raconte ses souvenirs du fameux PSG-Barça de 1995, alors qu’il n’avait que 12 ans.

Je me souviens moi aussi très bien de ce match, j’avais à peine quelques années de plus que Mathieu Faure. Je crois que c’est l’un des premiers matchs du PSG, si ce n’est le premier, que j’ai regardé à la télévision. J’avais plutôt l’habitude de suivre les matchs à la radio, je me souviens des multiplex d’Europe 1 avec la voix si reconnaissable d’Eugène Saccomano. Pour cette occasion si particulière, j’avais obtenu la permission de mes parents de suivre le match à la télévision, à l’époque où la Ligue des champions était encore accessible sur une chaîne gratuite, TF1 en l’occurrence.

Je suis évidemment obligé de parler de celui qui occupait alors le banc de touche catalan : je ne le connaissais pas encore bien à l’époque, mais je me souviens désormais que le Barça était entraîné par le génial et désormais regretté Johan Cruyff.

L’article de Mathieu Faure décrit très bien ce que j’ai ressenti avant, pendant et après ce grand match. Mes souvenirs ne sont pas forcément aussi précis que les siens, mais je garde tout de même le souvenir de ma joie au moment du but de Vincent Guérin qui qualifiait le PSG à quelques minutes de la fin. Il y a eu ensuite d’autres soirées d’émotion avec le PSG (la finale de la Coupe des Coupes face au Rapid de Vienne en 1996, plus récemment la qualification épique à Chelsea avec ce but de la tête de Thiago Silva dans les prolongations) mais je pense que je garderai toujours un souvenir ému de cette première. C’est ce soir-là que je suis tombé amoureux du PSG, que le club parisien est devenu définitivement mon « club de cœur », comme aiment le dire les joueurs désormais …

Cinéma, TV & DVD

Harry Potter et les reliques de la mort, partie 2

Harry Potter et les reliques de ma mort, partie 2, le dernier épisode de la saga Harry Potter, est donc enfin arrivé sur nos écrans. Je l’attendais avec un mélange d’impatience et d’appréhension : l’impatience de voir sur grand écran le final spectaculaire de cette histoire, et la double appréhension d’être déçu et de devoir dire au revoir aux personnages qui nous ont accompagnés pendant de longues années.

J’ai découvert Harry Potter en 2000, lors de la sortie du quatrième tome. Je crois que c’est également à cette époque que le grand public français a commencé à se passionner pour les aventures du jeune sorcier. Je me souviens avoir dévoré les trois premiers romans en les trouvant plutôt sympathiques, et d’avoir été emballé par le quatrième et son surprenant dénouement qui allait tout changer. Le ton changeait et cette saga pour enfants et jeunes adolescents allait passer un cap.

Harry Potter et les reliques de la mort, partie 1 était parfaitement à l’image de ce nouveau ton, très sombre, presque désespéré. Les chances de victoire face à Voldemort semblaient bien faibles. La deuxième partie, que j’ai vue ce matin, met en scène l’affrontement final entre Harry Potter et Voldemort ainsi qu’entre leurs alliés respectifs. La chasse aux trésors (aux horcruxe, pardon) continue pour le Harry, Hermione et Ron alors que l’étau se resserre autour des derniers fidèles de l’Ordre du Phoenix.

Après avoir été délaissée dans la première partie, Poudlard reprend sa place de choix dans le récit : c’est en effet entre les murs de l’école de sorcellerie que se déroule la bataille finale. C’est une école bouleversée que nous retrouvons, et sa transformation en champ de bataille, ou de ruines, au fil du film marquera à coup sûr les esprits. De façon générale, retrouver les lieux où Harry a débuté sa vie de sorcier fait partie de ce qui m’a le plus plus dans ce film, tout comme les retrouvailles – même pour trois secondes – avec quelques anciens personnages. Cela fait de ce dernier film un très bel hommage à l’ensemble de la saga, comme un album photo que l’on feuillette avec nostalgie.

Comme ses prédécesseurs, ce film ne manque pas de défauts. Daniel Radcliffe n’est toujours pas un grand acteur. La maladresse de Ron était drôle quand il avait onze ans, elle ne l’est plus à dix-sept ans. Emma Watson manque toujours de naturel. Certains dialogues sont involontairement drôles. Mais le film propose tout de même quelques scènes inoubliables : celle qui m’a le plus marqué est l’éveil des statues de Poudlard par le professeur McGonagall, que j’adorais déjà et que j’adore encore plus, et qui a droit à la réplique la plus drôle du film après avoir lancé ce sort. Je pourrais également citer : le récit des  souvenirs de Rogue/Snape, le monologue de Neville lorsque la victoire de Voldemort semble acquise, et même l’épilogue qui m’a laissé une bien meilleure impression que dans le livre.

Dans les dernières minutes du film, j’ai été envahi par une drôle émotion. C’est tout de même une longue page qui tourne à la fin de ce film. Je crois que c’est – pour moi en tout cas – la première fois que nous suivons aussi longtemps les aventures de personnages qui nous sont devenus familiers. J’avais vingt-ans quand j’ai « rencontré » Harry Potter, j’en ai plus de trente au moment de lui dire au revoir. Quel parcours, quelle aventure !

Livres & Romans

La mémoire neuve


La mémoire neuve

La mémoire neuve est le premier roman, publié en 2003, de l’écrivain français Jérôme Lambert, également auteur de plusieurs romans jeunesse pour L’Ecole des Loisirs, dont Tous les garçons et les filles que j’avais lu il y a quelques années. Celui-ci pourrait également passer pour un roman pour adolescents :

Ils sont cinq cousins à l’orée de l’adolescence, inséparables comme des chiots, grognant comme une meute à l’approche des intrus. Parmi eux, Julien est particulièrement lié à Sylvain, dont il partage les nuits sous la tente et un trésor enfoui sous les pins. Jusqu’à cet été où Clément apparaît …

Le début du roman m’a séduit, je dois l’avouer. Cette première partie est habilement construite avec deux lignes temporelles différentes : dans la première, nous suivons les cinq cousins au seuil de l’adolescence, pendant les vacances d’été ; dans la seconde, Julien prend la route avec son compagnon Romain, en direction de ce lieu de villégiature riche en souvenirs. L’alternance entre ces deux récits apporte un certain rythme dans une histoire où il ne se passe finalement pas grand chose.

La fin du livre m’a franchement déçu, par contre. Soit je n’ai rien compris, soit il n’y a finalement aucune explication sur le début de l’histoire. C’est presque comme si la dernière partie du roman, titrée « Pour mémoire », était totalement à part. Le style y est différent, moins clair. Du coup, je garde un souvenir très mitigé de ce bouquin, alors que le début, sans révolutionner le genre, était prometteur.

Finalement l’impression d’avoir lu un roman qui ne me concernait pas vraiment, comme si l’auteur l’avait surtout écrit pour lui, ou comme un message personnel pour quelqu’un en particulier.

La mémoire neuve, Jérôme Lambert

Points, ISBN 978-2-7578-1377.5

Note : ★★/☆☆☆☆☆

Musique

Coup de foudre

Je n’ai jamais été un grand fan du couple Crystal / Johnny Rockfort dans Starmania, mais cette chanson m’a toujours fait un drôle d’effet.

« Qu’on vienne d’en haut, qu’on vienne d’en bas, au fond qu’est ce que ça change ?

Je te ressemble bien plus que tu ne crois » disait-il alors …


Musique

Dorothée à l’Olympia

Dorothée

Ceux qui me suivent sur Twitter ou Facebook ne peuvent pas ignorer où j’étais lundi soir : à l’Olympia, pour assister au retour sur scène de Dorothée. C’était le dernière représentation d’une série de quatre concerts étalés entre samedi soir et lundi soir. J’avais pris des places pour Choubidou et moi dès qu’elles avaient été en vente, j’avais un peu galéré sur le site de réservation pour obtenir de bonnes places mais nous avions finalement obtenu deux sièges très bien placés au neuvième rang, face à la scène.

Dans les semaines et les jours qui ont précédé le concert, j’ai évité de regarder les passages de Dorothée à la télévision, les vidéos des répétitions, d’autant que les échos n’étaient pas très positifs. Je me suis contenté d’acheter le nouvel album de Dorothée quand il est sorti sur iTunes. Il faut bien le dire, je n’étais pas emballé. La première chanson, « Dorothée », est émouvante mais les autres sont de pales copies de ses anciens tubes. Je me demandais finalement à quoi servait cet album, tout à fait dispensable à mes yeux. J’espérais surtout que les intérêts mercantiles de la maison de production n’allaient pas venir gâcher le retour de Dorothée et nos retrouvailles avec elle. J’avais peur, aussi, que le succès et le public ne soient pas au rendez-vous pour cette série de concerts.

Dimanche, les deux compères Cédric Darval de Bayen et Jonathan D ont assisté au concert de l’après-midi. Sur un quelconque site internet, j’avais lu une brève plutôt rassurante sur le concert du samedi soir : l’ambiance était incroyable, le public avait répondu présent et avait passé presque tout le concert debout en chantant avec Dorothée. J’attendais toutefois les impressions de CDdB et Jonathan D avec impatience, un peu anxieux. Le verdict fut finalement sans appel : l’ambiance était excellente, ils avaient passé un très bon moment, comme en témoignent leurs très beaux billets : Voyage en absurdie : être une fan et Dorothée en concert à l’Olympia.

Dorothée

Lundi, j’ai passé toute la journée au bureau à penser au concert. Cela m’a aidé à traverser une rude journée, à me détacher des soucis quotidiens. J’avais hâte d’être à l’Olympia où j’espérais passer une bonne, une très bonne soirée. Bizarrement, la journée est passée très vite, je suis parti du bureau un peu à la bourre, j’ai tout de même eu le temps de passer rapidement chez moi pour déposer mes affaires et grignoter un morceau avant de filer à l’Olympia avec Choubidou.

Dans la salle, alors que CDdB et Jonathan D avaient eu droit au Docteur Klein et à Christophe Rippert, nous avons dû nous contenter d’être assis juste devant Jean-Marc Morandini accompagné de son nouveau sex-toy chroniqueur. Dans un style plus sympathique, j’ai également noté la présence du toujours charmant Cyril Féraud, craquant dans son jean et son sweat à capuche. Hormis ces pseudo-célébrités, le public était assez proche de ce que j’avais imaginé : des trentenaires (ou approchant) qui venaient comme moi retrouver Dorothée après plus de 15 ans d’absence. Seule particularité : un public qui m’a semblé majoritairement gay, ce qui m’aurait sans doute surpris si CDdB ne l’avait pas déjà évoqué dans son magnifique billet (oui, la pub est gratuite aujourd’hui !).

Toute la journée, j’avais été impatient et je m’étais dit qu’il y avait une bonne chance que je sois ému par ces retrouvailles avec Dorothée. Pourtant, je n’étais pas préparé à la vague d’émotion qui m’a envahi dès le début du concert. Dès les premières notes, dès que Dorothée est apparue sur la scène, le masque est tombé et je me suis effondré en larmes, sans comprendre ce qui m’arrivait. Quelques minutes plus tard, il a suffi d’un simple couplet de Rox et Rouky pour que les larmes tombent à nouveau . Je suis resté à fleur de peau pendant tout le concert, je crois avoir pleuré à cinq ou six reprises. Mais ce sont des larmes qui font du bien.

Dorothée

Le programme musical était très bon : l’équilibre entre les grands tubes du passé et les nouvelles chansons était parfait, le concert m’a même permis d’apprécier certaines chansons du nouvel album. Pour me remettre de nos émotions, Jacky, le fidèle complice de Dorothée, l’a rejointe sur scène pour interpréter Qu’il est bête ! : un moment plein d’humour très apprécié un peu avant l’entracte.

Du début à la fin, l’ambiance était incroyable, tout le monde était debout et reprenait les paroles en tapant dans les mains et du pied. Chaque chanson était suivie d’une ovation, de « Dorothée » hurlés par 2000 personnes. J’ai assisté à pas mal de concerts dernièrement mais je n’avais jamais vu une telle ambiance. Je crois que c’est inimaginable et un peu surprenant pour quelqu’un d’extérieur. Qu’importe les grincheux et les moqueurs, tant pis si certains trouvent cela ridicule, j’ai profité à fond de ces trois heures, j’ai chanté, applaudi et tapé du pied comme jamais je ne l’avais fait dans un concert. En rentrant chez moi, je n’avais plus de voix, j’avais mal à la gorge, j’avais les mains rouges à force de les avoir frappées l’une contre l’autre, mais je ne regrettais rien. J’étais heureux, simplement heureux de ce moment passé en compagnie de Dorothée et du public.

Dorothée

Je ne sais pas comment décrire ce que j’ai ressenti exactement ni ce qui s’est passé dans cette salle. Je pense que chacun dans le public est venu pour ses propres raisons, avec sa propre motivation. Moi-même, je ne sais pas vraiment pourquoi je suis venu. Peut-être pour voir enfin Dorothée parce que je n’avais pas eu l’occasion de le faire quand j’étais petit. Je ne sais pas non expliquer l’émotion qui m’a submergé. C’était peut-être un vide dont je n’avais pas conscience mais que j’avais besoin de combler. Il y avait aussi l’émotion de Dorothée elle-même, visible sur son visage. C’étaient des retrouvailles pour elle autant que pour nous, on sentait que les années d’absence avaient été longues de part et d’autre, c’est en tout cas ainsi que j’interprète cette ambiance, cette sorte de communion entre l’artiste et son public. Se retrouver après tout ce temps, c’était beau, c’était magique.

Je pensais retomber en enfance mais j’ai vécu cette soirée avec les yeux de l’adulte que je suis devenu, avec passion et émotion mais pas sans une certaine gravité. Au fond de moi, ces retrouvailles résonnaient comme des adieux, comme de vieux amis qui se sont perdus de vue et qui se retrouvent une dernière fois avant la fin. Mais Dorothée a apaisé mes doutes avec un émouvant « A très bientôt » final accueilli avec ferveur par le public et avec soulagement pour moi. J’ai fait un sacré bout de chemin depuis le temps où je regardais Dorothée à la télévision ; j’ai grandi, ma vie a changé, ceux qui m’accompagnaient alors ne sont plus là. A l’Olympia, face à Dorothée et aux côtés de toute cette génération, j’ai mesuré tout le chemin parcouru depuis l’enfance mais j’ai aussi redécouvert avec plaisir que je n’avais pas totalement changé. Derrière l’adulte que je suis devenu et qui peut sembler froid, le petit Sébastien qui regardait Dorothée avec admiration est toujours là. Ca fait un bien fou de le savoir.

Où sont passées
Les chansons du passé
Ces refrains qui nous faisaient rêver

Où sont partis
Ces copains ces amis
Compagnons de nos tendres années

Où sont passées
Les chansons du passé
Elles sont là blotties dans nos mémoires

Pour enchanter
Pour nous faire chanter
Tous ensemble quelques refrains ce soir

Dorothée

PS : merci à Choubidou pour les photos !