Livres & Romans

Un enfant

Un enfant est un livre paru début octobre chez Grasset, que j’ai eu l’opportunité de pouvoir découvrir en service de presse par l’intermédiaire de NetGalley.fr. Ce récit est signé par par la pédiatre Patricia Vergauwen et le journaliste Francis Van de Woestyne, les parents de Victor, l’enfant qu’ils ont perdu et auquel ils consacrent ce livre écrit à deux.

Voici le bouleversant récit à deux mains de la mort d’un enfant par son père et sa mère.

Le 4 novembre 2016, Victor, âgé de treize ans, fait une violente chute de dix mètres. Apprenant la nouvelle, ses parents se précipitent sur les lieux de l’accident. Redoublant la tragédie, sa mère, médecin, assiste impuissante à ses derniers instants. Victor ne survit pas. Ce tragique événement a marqué à jamais chacun des membres de cette famille, car Victor avait un frère et trois sœurs. Comment vivre avec à l’esprit, avec au cœur, ce drame inexprimable qu’est la mort d’un enfant.

Son père et sa mère décrivent dans des chapitres alternés les sentiments successifs et parfois mêlés de désespoir, de rage, de désemparement, d’absurde. Dans ce lent travail de deuil de plusieurs mois, les plus infimes détails viennent réveiller la douleur, comme quand, allant un jour au cinéma, Patricia et Francis voient un siège vide à côté d’eux  : le siège qu’aurait occuper Victor. Dans leur tentative passionnée de dire l’indicible, l’un et l’autre expriment à leur enfant perdu, au plus près de ce qu’ils ont ressenti, l’amour inconditionnel qu’ils lui portent, la colère qui les possède, l’impuissance face à l’impitoyable vie qui continue, le déni parfois, mais surtout et d’abord, le manque, le terrible manque, qui, deuil ou non ne cesse jamais.

Si ce livre est un chant d’impuissance, il est aussi celui de l’espoir  : dans chaque mot, dans chaque frisson provoqué par les phrases et leur déchirante vérité, la présence de Victor demeure, palpable, vivante, et qui donc finit par redonner à Patricia et Francis l’envie de vivre, pour eux, pour lui.

Nous avons évidemment affaire ici à un livre très personnel, le récit du deuil de deux parents meurtris par la mort accidentelle de leur fils âgé de treize ans. Il est évidemment difficile de juger un tel livre, mais je dois dire que j’ai été très touché par les mots de Patricia Vergauwen et Francis Van de Woestyne. Chacun à leur façon, le père et la mère de Victor racontent qui était leur enfant, leur vie à ses côtés puis sans lui. Ils pleurent son absence et se demandent comment la vie peut continuer sans Victor.

Ce qui m’a marqué au début, au-delà de l’émotion suscitée par la tristesse des parents, c’est la façon dont chacun vit son deuil de façon solitaire. Bien sûr, ils tentent de se soutenir, mais on sent bien que chacun est seul face à l’absence du fils. C’est plus tard seulement que les deux parents se trouvent dans le deuil de Victor et dans leur nouvelle vie de famille, sans lui.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce récit, mais je crois qu’il est préférable que chacun le découvre à sa façon. Je peux juste conclure en disant à quel point ce livre est un magnifique hommage de deux parents à leur fils disparu, un message d’amour tristement splendide.


Un enfant, Patricia Vergauwen & Francis Van de Woestyne

Note : ★★★★★

Livres & Romans

Find Me

Find Me est la suite – tant attendue par beaucoup, moi y compris – du très beau roman Call me by your name d’André Aciman, publié en 2007 et porté à l’écran en 2017.

Call me by your name racontait l’histoire d’amour, le temps d’un été, entre Elio, un adolescent de 17 ans, et Oliver, un étudiant américain de 24 ans. Dans la maison familiale d’Elio et ses parents en Italie, le jeune garçon et son aîné découvraient l’amour des hommes, jusqu’à l’heure du départ d’Oliver, laissant Elio dévasté par la perte de son premier amour.

Find Me se déroule des années plus tard et se compose de quatre parties de taille inégale :

  • La première partie, la plus longue me semble-t-il, raconte la rencontre entre Samuel, le père d’Elio, et une jeune femme, Miranda, dans le train qui les emmène à Rome.
  • La deuxième partie se déroule à Paris et relate l’aventure entre Elio, désormais pianiste professionnel, et Michel, un avocat rencontré lors d’un concert de musique classique
  • La troisième partie a lieu à New York où Oliver fête son retour dans le New Hampshire après un semestre passé dans une université new-yorkaise
  • La quatrième et dernière partie, la plus courte, se déroule après les retrouvailles entre Elio et Oliver, nous permettant de découvrir la suite (et fin ?) de leur histoire

Je dois dire que ce livre m’a d’abord enchanté, avant de me décevoir quelque peu. Dès les premières pages, et pendant presque toute la première partie, j’ai retrouvé le talent d’André Aciman pour parler des sentiments, avec une sensibilité que j’ai envie de comparer à celle de Stefan Zweig.

Malheureusement, la suite m’a semblé plus fade, un peu répétitive, et je me suis presque ennuyé par moment. Du coup, même les retrouvailles tant attendues entre Elio et Oliver ne m’ont pas emballé autant que je l’aurais cru, et j’ai terminé le roman avec un sentiment d’inachevé, ou d’être moi-même passé à côté de quelque chose.

Pour un roman parlant du temps qui passe, j’ai eu du mal à saisir quand se déroulaient les chapitres les uns par rapport aux autres, si des semaines, des mois ou des années les séparaient.

André Aciman écrit très bien sur le temps qui passe, sur les liens qui unissent ses personnages, mais son récit manque ici d’ampleur et de ligne directrice.

J’ai donc été déçu par cette « suite » du très beau roman qui nous avait permis de faire la connaissance d’Elio et Oliver. Finalement, ce qui m’a le plus plu dans ce récit, c’est la partie consacré au père d’Elio : déjà sympathique dans « Call me by your name », Samuel se révèle ici un personnage profond et dont il est plaisant de suivre les pensées. Dommage que le reste ne soit pas à la hauteur.


Find Me, André Aciman

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

Le joueur et son ombre

Le joueur et son ombre est un roman de Brice Matthieussent, à paraître le 15 août prochain chez Phébus. J’ai eu l’opportunité de la découvrir en avant-première grâce à la plateforme de service de presse NetGalley.fr, où le résumé m’avait donné envie de lire ce roman :

« J’ai perdu à la loyale, sans avoir recours au moindre stratagème douteux ni à la moindre tricherie. Après le dernier point du second set, une ivresse sans précédent m’a submergé, plus grisante que celle de mes nuits ; j’ai lâché ma raquette, je me suis laissé tomber à genoux, pris la tête entre les mains sans arriver à y croire, puis j’ai embrassé les fissures de ce court bosselé où, en perdant mon dernier match, je venais de gagner un avenir radieux. J’avais les larmes aux yeux quand je me suis relevé pour rejoindre le Nippon décontenancé près du filet. Il a dû attribuer mes pleurs à la déception, à l’humiliation. Mais en même temps que les larmes ruisselaient sur mes joues, j’arborais un sourire éclatant. J’étais aux anges. »

En suivant un joueur de tennis prodige, Brice Matthieussent nous offre un roman sur nos pulsions et notre désir de chute.

L’auteur nous propose de suivre Chris, un jeune joueur de tennis promis à un brillant avenir après des succès éclatants sur les tournois Junior. Entrainé par son père avec lequel il a une relation difficile, le jeune prodige va progressivement perdre le fil de sa carrière, enchainant les coups d’éclat, les défaites pénibles, et les frasques sur et en dehors des courts.

Le roman est plutôt court, seulement 185 pages, mais j’ai quand même trouvé que le rythme était lent au milieu du livre. Il y a des passages qui permettent de rester éveillé mais l’ensemble n’est guère passionnant. J’ai trouvé que l’auteur se perdait trop souvent dans des considérations philosophiques ou mystiques qui ont sans doute du sens dans son récit mais qui m’ont plus ennuyé qu’autre chose.

Le style est plutôt bon, et si je mets de côté les passages ennuyants dont je viens de parler, c’est un livre qui se lit aisément. Je m’attendais tout de même à quelque chose de plus captivant. A la fin, j’ai l’impression d’avoir suivi les mésaventures plus ou moins intéressantes d’un personnage auquel je ne suis pas parvenu à m’attacher. C’est donc une petite déception que ce roman qui m’avait attiré par son thème prometteur. Tel un prodige du tennis qui ne réalise pas les promesses placées en lui …


Le joueur et son ombre, Brice Matthieussent

Note : ★★☆☆☆

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Celui qui reste

Celui qui reste est la traduction en français du roman Only Child de Rhiannon Navin, une écrivaine née en Allemagne mais qui vit désormais aux Etats-Unis et écrit en langue anglaise. D’habitude, je préfère généralement lire les livres anglophones en version originale, mais cette fois-ci j’ai fait une exception car j’ai eu l’opportunité grâce à NetGalley.fr et à la maison d’édition JC Lattès de lire cette traduction en français par Carole Delporte.

Il faut dire que le résumé m’avait tout de suite intéressé :

Caché dans le placard de sa salle de classe avec ses camarades et sa maîtresse, Zach Taylor, le narrateur, entend des coups de feu dans le couloir de son école. Ce n’est pas la première fois qu’ils pratiquent cet exercice de confinement, mais cette fois, cela n’a rien d’un jeu. Un adolescent armé a pénétré dans l’école et, en quelques minutes, abat dix-neuf personnes, bouleversant à tout jamais le destin de la petite communauté. Et parmi les victimes, il y a le frère aîné de Zach.

Alors que la mère de Zach veut poursuivre en justice les parents du tueur, les tenant pour responsables des actes de leur fils, Zach se retranche dans un monde peuplé de livres et de dessins. Doué d’intuitions, de l’optimisme et de la détermination propres aux enfants, il décide d’aider ses proches à redécouvrir l’amour et la compassion, des vérités universelles dont ils ont besoin pour surmonter cette terrible épreuve.

Avoir lu un petit quart du roman, j’avais noté mes premières impression : c’était efficace, parfaitement calibré pour captiver l’attention et susciter l’émotion. J’avais ajouté : « presque trop efficace », avec cette sensation de lire un roman « prêt à l’emploi » pour un film hollywoodien.

Ensuite, je me souviens que j’ai trouvé qu’il y avait un temps faible au milieu de récit, avec une impression de tourner un peu en rond et de ne pas être surpris par les réactions et les actes des personnages, malgré l’intérêt du regard naïf et tendre du jeune narrateur, Zach.

La fin m’a beaucoup touché, alors même que je comptais bien résister à la terrible efficacité de l’auteur pour susciter des émotions. C’est presque trop facile avec un tel sujet, mais c’est bien fait et ça marche parfaitement.

Au final, c’est un joli roman sur le deuil familial : on assiste aux tentatives, différentes et parfois conflictuelles, d’un père, d’une mère et d’un petit garçon de six ans pour continuer à vivre après la père d’un enfant ou d’un grand frère. L’auteur a également l’idée très juste d’inclure dans l’équation les parents du tireur tout juste sorti de l’adolescence, abattu par la police après avoir tué dix-neuf enfants et enseignants.

Il me semble que Celui qui reste / Only Child est le premier roman publié de Rhiannon Navin, en tout cas en langue anglaise, je dois dire que je suis assez curieux de voir ce qu’elle nous proposera dans ses prochains romans. A suivre !

Livres & Romans

Apprendre à lire

Il y a des livres que je découvre un peu par hasard, sans me souvenir des circonstances exactes dans lesquelles cette découverte s’est faite. C’est le cas avec Apprendre à lire, un roman de Sébastien Ministru. J’ai dû découvrir le résumé un jour et être suffisamment tenté pour l’acheter puis le lire.

Approchant de la soixantaine, Antoine, directeur de presse, se rapproche de son père, veuf immigré de Sardaigne voici bien longtemps, analphabète, acariâtre et rugueux. Le vieillard accepte le retour du fils à une condition : qu’il lui apprenne à lire. Désorienté, Antoine se sert du plus inattendu des intermédiaires : un jeune prostitué aussitôt bombardé professeur. S’institue entre ces hommes la plus étonnante des relations. Il y aura des cris, il y aura des joies, il y aura un voyage.

Le père, le fils, le prostitué. Un triangle sentimental qu’on n’avait jamais montré, tout de rage, de tendresse et d’humour. Un livre pour apprendre à se lire. 

Je ne connaissais pas du tout Sébastien Ministru, dont Wikipedia m’apprend qu’il s’agit d’un journaliste belge né au début des années 1960. Le narrateur étant un directeur de presse qui approche de ses soixante ans, je ne peux pas m’empêcher de me demander quelle est la part de fiction et d’auto-biographie dans ce roman.

Quoiqu’il en soit, c’est une jolie histoire autour de la relation père-fils, de la filiation, de la transmission, avec un récit bien construit et qui sort de l’ordinaire. Ce qui fait le sel de ce roman, c’est évidemment le fait que par un retournement des habitudes ce soit le fils qui prenne en charge, d’abord directement puis à travers un tiers, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture par son père. Cela donne des situations étonnantes mais bien écrites et parfois touchantes.

La présence d’un troisième larron, ce Ron que le narrateur rencontre d’abord comme escort avant d’apprendre qu’il se destine au métier d’instituteur, apporte également quelque chose au récit. Le prostitué reconverti en professeur sert de lien entre le père et le fils qui n’ont jamais appris à se parler.

Au-delà de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture par le père, c’est aussi une histoire sur un père et son fils qui doivent apprendre à se parler, à se comprendre, après des décennies d’éloignement plus ou moins volontaire.

Il y a quelque chose de très beau dans ce roman. Il est court (160 pages), se lit facilement et rapidement, avec un style simple, mais il est riche par son contenu en allant à l’essentiel. « Pas la peine d’en rajouter », comme le disait cette vieille publicité pour une marque de café. Parfois, cela suffit, et c’est très bien ainsi.


Apprendre à lire, Sébastien Ministru

Note : ★★★★☆

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Le champ de bataille

Il y a des livres qu’on découvre, qu’on achète mais qu’on ne lit pas tout de suite et qu’on retrouve quelques mois plus tard, un peu par hasard. C’est un peu mon cas ici avec Le champ de bataille de Jérôme Colin.

Il s’agit du second roman de cet auteur belge, paru en mars 2018 et que j’ai acheté en novembre dernier si j’en crois ce que me dit Amazon. Il trainait depuis sur mon Kindle, et c’est seulement hier que j’ai redécouvert son existence, alors que je réfléchissais à ma prochaine lecture après avoir terminé Les Justes d’Albert Camus.

Le problème avec les enfants, c’est qu’ils grandissent. Un jour, sans prévenir, ils claquent les portes, rapportent de mauvaises notes et ne s’expriment que par onomatopées. Surtout, ils cessent de vous considérer comme un dieu sur terre. Et ça, il faut l’encaisser.

La science explique qu’ils n’y sont pour rien. C’est leur cerveau en formation qui les rend feignants, impulsifs et incapables de ramasser leurs chaussettes. N’empêche. On n’a jamais rien créé de pire que les adolescents du virtuolithique.

Voici l’histoire d’un couple sur le point de craquer face aux assauts répétés de leur fils de 15 ans. Qu’ont-ils mal fait ? Rien. Mais la guerre est déclarée. Et ils ne sont pas préparés. L’école les lâche, le père part en vrille, la mère essaie d’éteindre l’incendie.

C’est un roman sur l’amour familial où les sentiments sont à vif, comme sur un champ de bataille.

Je me souviens pourquoi j’avais acheté ce roman à l’époque : le résumé m’avait bien plu et les critiques que j’avais rapidement parcourues sur mes réseaux sociaux littéraires préférés étaient plutôt élogieuses.

Le roman se présente comme une chronique familiale somme toute assez classique, avec un père désabusé, un couple qui vacille, un fils en pleine crise d’adolescence, et une fille pré-adolescente qui s’apprête à rejoindre le camp de son aîné dans la guerre contre ses parents. Jusque là, rien de totalement transcendant mais il y a de bons ingrédients et le style de Jérôme Colin rend l’ensemble plutôt plaisant.

J’aurais dû développer, lui dire que je faisais ça pour le préparer à avoir dix-huit ans. Pour lui apprendre à vivre avec les autres. À comprendre qu’on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie. Qu’il y a des règles à respecter. Parce qu’il faut être solide pour devenir adulte. Il faut être préparé. Accepter de faire le deuil de toutes les vies qu’on ne pourra plus vivre.

C’est d’ailleurs le sentiment que j’ai eu pendant une grosse moitié ou les deux premiers tiers du livre : c’est agréable à lire, avec des phrases bien écrites, des passages bien sentis et un récit que je suivais avec intérêt.

Et puis il y a eu un bouleversement, un moment où j’ai senti que ce roman allait me marquer plus profondément que je le pressentais au début. Je ne saurais pas en expliquer les raisons précises, je ne sais pas si c’est un véritable changement de ton dans le récit mais le dernier tiers du livre m’a beaucoup ému, je pourrais même dire qu’il m’a bouleversé.

J’avais été un enfant. Et, du jour au lendemain, à vingt-cinq ans, j’étais devenu père sans jamais m’être posé la question du sens que cela pouvait revêtir. À partir de là, j’avais eu peur. De la maladie, de l’échec, du noir, de mon patron, de danser, de l’abandon.

« De mourir aussi ? » a-t-elle demandé. Non. Je n’avais pas peur de la mort, juste qu’elle survienne trop tôt. Avant d’avoir assez vécu.

Je lui ai expliqué ma crainte de mourir trop jeune, les attaques de panique, ces moments de terreur où je vivais avec précision l’instant de ma mort. J’étais assis, pétrifié et je la sentais me conquérir, petit bout de chair par petit bout de chair. Et je restais là, sans réagir, la laissant remporter une victoire sans combat.

Il y a de l’absolu dans cette complainte d’un homme qui panique face au temps qui passe, aux enfants qui grandissent, aux occasions ratées, aux jours perdus. Il y a aussi beaucoup de tendresse dans ce portrait d’un père qui aime son fils et le voit devenir un homme.

En 240 pages, dans un roman qui commence de façon très classique, Jérôme Colin dit beaucoup sur la famille, la paternité, le couple, l’amour, et tout simplement la vie et le temps qui passe. Il le dit de façon simple, sans fioritures, mais avec une finesse remarquable. C’est pour moi un énorme coup de coeur, clairement l’une de mes plus belles lectures depuis le début de l’année. L’un de ces livres qu’on espère agréable et qui marque bien plus fortement que ce que l’on attendait.

Nous avions donc une fin. Éventualité qui ne m’avait encore jamais traversé l’esprit. Un jour, comme celui-ci, nous allions devoir nous quitter. Notre histoire s’achèverait. Un jour, je ne contemplerai plus le bas de son dos et je ne me réveillerai plus à ses côtés. Nous n’existerions plus. Combien de temps nous restait-il pour profiter l’un de l’autre ? Je l’avais vue morte sur ce lit. J’avais ressenti l’abîme de son absence. Mais elle n’en savait rien. J’étais seul à détenir ce terrible secret : nous n’avions plus devant nous l’éternité. 


Le champ de bataille, Jérôme Colin

Note : ★★★★★

Livres & Romans

Boys

Boys est un recueil de textes signés Pierre Théobald, à paraître le 3 avril prochain chez J.C. Lattès. J’ai eu l’opportunité de le lire en avant-première grâce à NetGalley.fr où son résumé m’avait attiré.

« J’ai aimé nos instants minuscules, nos instants de rien, ce que l’on croit être l’ennui, le quotidien, mais qui n’est autre que la manifestation sincère de l’amour, son expression nue et désintéressée. L’amour n’existe que là, dans ces intervalles dépourvus de consistance. »

Ce sont des hommes de tous âges, saisis chacun à un instant de bascule. Un mari qui enquête sur la vie secrète de sa femme, un séducteur qui s’apprête à retrouver une fille dont il n’a que faire, un sportif sur le déclin… Des losers magnifiques, des romantiques déraisonnables. Des pères sans enfant, de grands enfants devenus pères. Et, au milieu de tous ces hommes, il y a Samuel, que l’on retrouve à différentes étapes de sa vie, et qui doit faire face au plus difficile des renoncements. Dans Boys, Pierre Théobald dresse un portrait sensible de la condition masculine aujourd’hui.

Boys est donc un recueil de nouvelles ou de textes courts sur la condition d’homme, la masculinité, la paternité.

Chaque texte nous parle d’un homme, l’auteur nous propose ainsi des portraits d’hommes d’âge différents, en nous racontant des instants de vie : avant ou après une rupture, une rencontre amoureuse, la mort d’un parent, une naissance, etc.

Parmi ces hommes, il y en a un qui revient plusieurs fois, comme un fil rouge : Samuel, que nous rencontrerons au début des années 80, alors qu’il a onze ans et qu’il découvre l’instinct de paternité. Nous le suivons ensuite régulièrement dans sa vie d’homme, avec toujours ce désir de paternité sous-jacent. C’est un parcours qui m’a ému.

Les autres textes sont d’intérêt variables : certains m’ont semblé très bons, d’autres m’ont un peu moins plu. Il faut préciser qu’à mon sens ces textes ne sont pas des nouvelles à proprement parler, c’est-à-dire que avec un récit qui a un début et une fin, avec une vraie chute. Nous avons plutôt affaire ici des textes courts, des instants de vie pris sur le vif. Il y a parfois une chute, plus ou moins inattendue, mais cela s’arrête parfois sur un air d’inachevé.

Si certains textes sont sans doute plus faibles que d’autres, l’ensemble est tout de même très bon et les textes réunis trouvent un sens et une ligne directrice. C’est un peu comme une chorale, avec des solistes talentueux accompagnés par des chanteurs moins mis en avant mais indispensables à la beauté de l’ensemble.

Vous l’aurez compris : j’ai beaucoup aimé ce recueil de texte de Pierre Théobald, un auteur que j’ai découvert à cette occasion avec plaisir. De quoi me donner envie de m’intéresser à ses autres œuvres.