Livres & Romans

Réinventer le sens de son travail

Le titre de ce livre, Réinventer le sens de son travail, signé du psychologue du travail Pierre-Eric Sutter, me laissait espérer un contenu intéressant et en phase avec mes préoccupations actuelles. Je l’ai découvert cette semaine en parcourant un peu au hasard les rayons de la médiathèque et je l’ai emprunté car son titre et son résumé me tentaient bien :

À l’heure où nous vivons une mutation socio-économique profonde, jamais le travail n’a été autant adoré et abhorré à la fois.

Tantôt, il fait sens quand on n’en a pas, par le sentiment de ne presque plus exister. Tantôt il fait non-sens si l’on en a un, par les absurdités qu’il fait vivre.

Souvent décrit comme un lieu de frustration et de souffrance, il contribue pourtant à notre équilibre psychologique, voire à notre bonheur.

Comment trouver par soi et pour soi du sens à son travail ? Pourquoi les salariés français alternent-ils entre des phases d’idéalisation et d’insatisfaction ? Vous-même, êtes-vous plutôt un travailleur « gâté », « damné », « comblé » ou « frustré » ?

Fort des résultats des enquêtes qu’il mène sur le terrain – il accompagne au quotidien travailleurs et organisations dans leur quête de sens -, l’auteur pose son regard de psychologue nourri de philosophie et nous invite, en 10 chapitres-méditations sur le vécu professionnel, à changer de regard sur notre travail. 

Cette chronique sera courte, car malheureusement le résultat m’a très vite déçu.

L’auteur aborde de nombreuses notions issues de la psychologie mais aussi de la philosophie, et tente de s’en inspirer pour construire un discours clair sur le travail, les difficultés que l’on peut y rencontrer, et le sens que l’on doit y (re-)trouver.

Cela donne un livre qui m’a semblé partir un peu dans tous les sens, sans unité, et qui manque cruellement de concret. J’ai eu l’impression que l’auteur survolait le sujet en papillonnant de notion en notion, sans forcément donner de réelles pistes pour répondre à l’appel lancé par le titre.

Dommage !


Réinventer le sens de son travail, Pierre-Eric Sutter

Note : ★★☆☆☆

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Adultes sensibles et doués : trouver sa place au travail et s’épanouir

Après plusieurs lectures sur le sujet, j’étais content d’avoir trouvé un livre consacré directement à un sujet qui me préoccupe beaucoup en ce moment : Adultes sensibles et doués : trouver sa place au travail et s’épanouir, écrit à quatre mains par Arielle Adda, psychologue qui s’intéresse notamment aux enfants doués, et Thierry Brunel, ancien cadre financier et actif au sein de MENSA, l’association internationale pour les personnes ayant un QI très au-dessus de la moyenne.

Pourquoi faut-il se préoccuper de ceux qui sont trop sensibles et trop doués ? Tout simplement parce que, dans un parcours professionnel, on gagne toujours à mieux se connaître. Le fonctionnement de la personne sensible et douée la conduit souvent à se sentir décalée et à en souffrir. Intuition, intelligence, sensibilité sont pourtant de vrais atouts. Quelles difficultés l’adulte doué rencontre-t-il au travail et pourquoi ? Quelles sont ses forces, ses fragilités ? Comment trouver sa voie, être accepté et réaliser son potentiel ?

Ce livre en forme de portrait sensible donne des clés de compréhension précieuses destinées à tous ceux qui se sentent différents, en situation de mal-être, pour qu’ils reprennent confiance, qu’ils soient mieux compris et retrouvent une perspective professionnelle épanouissante. De nombreux témoignages et des conseils pour tracer sa route, trouver sa place et réussir, tout en étant en cohérence avec ce que l’on est. 

Le style, à la fois lourd et donneur de leçon, m’a très vite déplu. Les règlements de compte entre psychologues, psychiatres, psychanalystes ne sont pas non plus ma tasse de thé, et ils sont souvent présents dans cet ouvrage.

Quant au contenu lui-même, il est à la fois léger et fouillis, avec de nombreuses digressions sur des sujets plus ou moins éloignés du sujet, le tout dans une structure difficile à suivre.

Au final, ce fut une grosse déception avec ce livre dont j’attendais sans doute trop.


Adultes sensibles et doués : trouver sa place au travail et s’épanouir, Arielle Adda & Thierry Brunel

Note : ★★☆☆☆

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Trop intelligent pour être heureux ?

Difficile de parler de ce livre sans passer pour un prétentieux (« qui es-tu pour te proclamer si intelligent que cela ?) ou un vaniteux (« qui es-tu pour te faire passer pour ce que tu n’es pas ? »). A la limite, le titre Trop intelligent pour être heureux ? peut encore passer, mais si on ajoute le sous-titre L’adulte surdoué, cela devient franchement gênant.

Et si l’extrême intelligence créait une sensibilité exacerbée ? Et si elle pouvait aussi fragiliser et parfois faire souffrir ?Être surdoué est une richesse. Mais c’est aussi une différence qui peut susciter un sentiment de décalage, une impression de ne jamais être vraiment à sa place. Comment savoir si on est surdoué ? Comment alors mieux réussir sa vie ? Comment aller au bout de ses ressources ?

Ce livre permet de mieux comprendre et de réapprivoiser sa personnalité. Pour se sentir mieux avec soi et avec les autres, pour se réaliser enfin.

Je vais donc commencer par une mise au point importante : je ne pense pas être surdoué. D’ailleurs je pense encore moins l’être après avoir lu ce livre. Si je me suis reconnu dans certaines caractéristiques décrites dans cet ouvrage, il y a aussi beaucoup d’éléments auxquels je suis étranger.

Je dois aussi dire que mon parcours de vie (j’ai sauté une classe, j’ai eu une scolarité plutôt brillante du point de vue des résultats, moins du côté de la socialisation) a pu me faire poser la question, même si je n’ai jamais sérieusement cru à cette hypothèse me concernant.

Ce qui m’a amené vers ce livre, ce sont les quelques éléments évoqués longuement dans Je pense trop où Christel Petitcollin dressait un portrait-robot de ce qu’elle appelle les « sur-efficients mentaux », portrait dans lequel je me retrouvais en partie.

J’ai donc lu cet ouvrage de Jeanne Siaud-Facchin, consacré intégralement aux adultes surdoués. J’ai trouvé ça passionnant, même si tout ne m’a pas parlé. Je me doutais bien qu’à la fin de ma lecture je ne m’exclamerais pas, en me tapant sur le front, « mais c’est bien sûr, je surdoué ! », ce n’était d’ailleurs pas mon objectif.

Ce que je cherchais, c’était surtout des clefs pour mieux me comprendre et tenter de débloquer certains comportements dont j’aimerais me débarrasser. Je dois dire qu’à ce titre ce livre a répondu à mes attentes.

Ce qui est intéressant, c’est que même si on n’est pas surdoué, on peut se reconnaître certaines spécificités décrites par l’auteur et s’inspirer de ses réflexions pour se comprendre un peu mieux, définir des stratégies d’adaptation, et essayer de mieux vivre avec au quotidien.

Pour le reste, je suis bien incapable de juger la pertinence du propos de Jeanne Siaud-Facchin sur la « surdouance ». Je sais que ce livre ne fait pas l’unanimité parmi les personnes directement concernées, mais je me garderai bien d’intervenir dans un débat dont je me sens assez éloigné.

J’ai envie de terminer avec quelques extraits du livre qui m’ont particulièrement marqués et qui s’appliquent sans doute autant aux surdoués qu’aux « ordinaires » qui peuvent se reconnaître dans certaines spécificités, dans certains similitudes de parcours ou de comportement :

Être surdoué, c’est l’émotion au bord des lèvres, toujours, et la pensée aux frontières de l’infini, tout le temps.

À l’âge adulte, la personnalité sera construite de façon bancale, sur des renoncements et des blessures, sur des croyances erronées sur soi et sur le monde, ou sur des mécanismes rigides dressés pour se protéger de son intense vulnérabilité. Chaotique, inconfortable, sinueux, le parcours du surdoué adulte est souvent bien troublé.

Il faut comprendre que le surdoué se contient beaucoup. Il tente de mettre à distance toutes ces émotions qui l’assaillent en continu. Très vite, il est touché, blessé. Une remarque anodine, un mot rapidement employé, une phrase négligemment formulée, vont déclencher des bouffées d’émotion que le surdoué, dans un premier temps, essaie de canaliser, d’intellectualiser, de minimiser. Il tente de faire baisser la charge malgré les larmes qui montent, la colère qui gronde.

Certains avancent dans la vie avec des certitudes, des convictions protectrices et rassurantes : les choses doivent être faites comme ceci ou comme cela, il convient de réagir de telle ou telle façon selon la nature des situations. D’autres tâtonnent, s’interrogent sans cesse, sur tout, tout le temps, questionnent le monde sur le sens de la vie, s’inquiètent de petites choses qui ébranlent ce qu’ils pensaient savoir, réagissent à la moindre variation de l’environnement, reprennent sans relâche le commencement de toute chose pour être bien sûrs d’en avoir compris le sens profond, vivent toujours avec ce léger sentiment d’être à la fois avec et à côté des autres. Des adultes à l’adaptation précaire, qui vivent parfois dans des vies qui ne leur ressemblent pas tout en faisant semblant d’y croire… puisque tout le monde à l’air de trouver tout cela tellement normal !

C’est une question récurrente. Inlassablement, tous la posent. Que deviennent les enfants surdoués ? Qui sont-ils à l’âge adulte ? Que deviennent-ils ? J’ai envie de répondre d’abord : ils deviennent ce qu’ils sont. Ils deviennent ce qu’ils ont toujours été. Ils deviennent des adultes construits à l’image de leur personnalité et de leur histoire de vie. Ils deviennent des personnes différentes selon qu’ils ont été aimés, accompagnés, compris ou exclus, rejetés, maltraités par la vie et les autres, ils deviennent ce qu’ils peuvent… comme chacun d’entre nous. Ce que j’introduis ici est l’idée qu’il n’y a pas de voie tracée, identique pour tous. Que nous avons chacun nos différences. Soit nous sommes parvenus à « faire avec », ou nous avons « lutté contre », ou encore nous sommes restés dans un brouillard sur nous-mêmes qui nous a fait avancer à tâtons, sans direction, sans objectif et donc avec un sentiment persistant d’insatisfaction. Cela est vrai, aussi, pour les surdoués. Comme les autres même si, avec eux, c’est toujours PLUS que les autres. Plus dans le sens où ce qui sera douloureux mais acceptable pour l’un se transformera en bombe émotionnelle pour le surdoué. Tout est amplifié. Exacerbé. Extrême.

Lorsqu’un diagnostic a été fait et que le seul retour qu’en a connu l’enfant est : tu as un QI élevé, tu as donc tout pour réussir ! Il est clair que cette « chose étrange », ce QI mystérieux aux pouvoirs qu’on lui a dits magiques, est restée « une composante extérieure à son développement ». Un peu comme si on lui avait dit qu’il avait la chance d’avoir « quelque chose » en plus, un objet précieux qu’il posséderait, mais dont on ne lui a rien expliqué. Autre version : « Maintenant on sait que tu as de grandes possibilités, donc tu dois les exploiter ! » C’est le lit d’une culpabilité infinie : pour l’enfant se joue un véritable drame intérieur. Même s’il n’en exprime rien. Et un drame qu’il transportera toute sa vie : si on me dit que je dois réussir, si je ne réussis pas, c’est que je suis vraiment un bon à rien, un nul, un incapable. Si je ne vaux rien, à quoi sert-il que je continue ? Si je ne réussis pas, je décevrai tout le monde et on ne m’aimera plus. On me délaissera. Si je suis supposé être plus que les autres alors que je me sens tellement moins, tellement plus vulnérable, tellement plus bête, tellement plus inutile, alors qui suis-je ? Toutes ces questions seront prises en compte par le système de pensée et de sensibilité de l’enfant surdoué. Tout un réseau de culpabilité qui s’alimente d’autant plus que, si les difficultés à réussir persistent, l’image de soi s’effondrera et des troubles psychologiques parfois sévères finiront par se déclencher. Et une spirale infernale se refermera sur l’enfant, jetant un voile bien sombre sur ses perspectives d’avenir !

L’ennui naît du décalage entre son rythme et celui des autres : quand on comprend au premier mot, quand on mémorise à la première lecture, quand on sait faire à la première explication. Que faire de tout ce temps où l’enseignant répète sous plusieurs formes pour s’assurer que tous ont assimilé ? Le temps de l’école peut devenir long, très long. Et, comble du paradoxe, puisque à l’école l’enfant surdoué ne peut utiliser pleinement son intelligence, puisque la nature même de l’enseignement ne lui donne pas la possibilité d’exercer ses compétences, que la facilité le fait tourner en roue libre et le démotive, alors le temps de l’école devient un « temps libre » pour penser.

Se faire des amis, se faire aimer… enjeux de toute une vie. Pour l’enfant surdoué, qui a du mal à trouver chez les autres des repères identificatoires, qui se sent à la fois pareil et si différent, qui souvent ne comprend pas la réaction ou l’attitude des autres, qui toujours se sent décalé même quand il semble intégré… la rencontre avec les autres est perturbée. Au pire, elle devient une source infinie de blessures, car le rejet, l’exclusion ou les railleries viennent stigmatiser cet enfant étonné par tant d’agressivité. Lui ne sait pas ce qui, chez lui, fait l’objet d’attaques répétées. Les autres ne comprennent pas bien cet enfant différent qui les dérange… « Vilain petit canard », l’enfant surdoué souffre de cet isolement forcé et peut ressentir un authentique sentiment d’étrangeté.

À l’adolescence, le besoin d’être comme les autres est fort. L’identification au groupe domine. Surtout être pareil pour se sentir exister et accepté. Alors, l’adolescent surdoué ne veut pas, ne veut plus de sa différence. Et encore moins de celle-là. Être surdoué ? Ridicule, sans intérêt, nul. « Ça ne veut rien dire ! », ponctue-t-il souvent. Première réelle et ambivalente difficulté de l’adolescent surdoué : être différent dans sa façon de vivre les choses et de se construire et refuser absolument une différence qui dérange et perturbe le sentiment d’identité.

Être lucide sur les autres, c’est d’abord être lucide sur soi. Les surdoués s’autoanalysent sans aucune concession et perçoivent chacune de leurs failles, de leurs limites, de leur plus petit défaut. La conquête narcissique leur est ainsi plus difficile. Ils portent souvent sur eux-mêmes un regard impitoyable et ont du mal à s’aimer.

Cette extrême lucidité entrave la projection dans l’adulte qu’ils pourraient devenir : ils analysent avec acuité tous les risques à venir et peuvent en éprouver une peur authentique qui peut bloquer leur développement. À l’adolescence, l’intelligence est particulièrement anxiogène.

L’identification aux autres est difficile pour l’adolescent surdoué. Le sentiment de différence qu’il perçoit va être encore plus vivace à l’adolescence où être en groupe, appartenir à un groupe est la règle. Dans ses tentatives d’intégration, l’adolescent surdoué perçoit toujours une distance entre lui et les autres, même avec ses copains. Comme s’il ne pouvait jamais être totalement là. Une distance, même infime, le sépare des autres. Et puis l’adolescent surdoué a souvent du mal à s’intéresser aux sujets qui retiennent principalement l’attention des autres adolescents et doit souvent faire un effort considérable pour s’adapter. Pourtant, comme les autres, il a besoin du groupe pour se construire. Cette possibilité de trouver dans le groupe un support identificatoire lui échappe et le renvoie à une forme de solitude douloureuse. Certains peuvent ainsi se replier totalement sur eux-mêmes au risque d’une coupure importante avec l’extérieur. Lorsque le surdoué est dépisté beaucoup plus tard, il raconte souvent le sentiment d’étrangeté qu’il a si souvent éprouvé dans ses relations aux autres et la peur qu’il a eue d’être fou pour ne pas parvenir à s’intégrer. Le sentiment de différence a alors créé un profond malaise dont il lui est bien difficile de sortir.

Les « sages » ou la passivité dominante

Ils n’ont pas envie de lutter, pas envie de se rebeller. Ils ont choisi d’accepter pour le meilleur et pour le pire. Ils vivent sans grands espoirs, sans grands idéaux, sans projets fous. Peut-être est-ce seulement de la survie. Ils ne sont pas forcément malheureux, mais pas vraiment heureux. Ils ont souvent adopté une philosophie simple qui consiste à profiter de ce que l’on a et à ne pas être préoccupé par ce que l’on pourrait avoir. Ce n’est pas de la lâcheté, c’est une forme de courage, voire de lucidité. Bien sûr, on peut considérer que la frustration est lancinante, mais étouffée. C’est un choix conscient. Pour ne pas trop souffrir, une vie banale est une alternative acceptable.

Le risque : les moments de dépression. Certains surdoués qui ont réussi à s’adapter, c’est-à-dire finalement à fonctionner dans le cadre et qui en sont satisfaits, se font parfois « rattraper » par leur fonctionnement de surdoué à des moments de leur vie où ils sont plus fragilisés. Dans les moments difficiles, de choix, de stress, d’épreuve à surmonter, deux forces vont alors s’opposer : la force adaptative et la force sensitive, propre au fonctionnement du surdoué. La force adaptative, plus concrète, plus rassurante, plus habituelle pour lui, va lutter pour garder le contrôle. Mais, dans ce moment délicat de la vie, dans cette faille, toutes les fragilités remontent. Alors le surdoué va mal, doute, perd ses repères. Sa confiance en lui et en ses capacités est ébranlée, attaquée. Il a soudain un sentiment inquiétant d’être dépassé et qu’il n’y arrivera plus. Il se sent impuissant. Tous les ingrédients d’une authentique dépression semblent présents.

En réalité, il s’agit d’une « dépression » au sens littéral du terme, c’est-à-dire d’un moment de « creux » où les repères antérieurs sont perdus : ce sont des moments de régression où les mécanismes de contrôle cèdent, où la maîtrise s’effondre. La structure de personnalité peut s’en trouver fortement ébranlée et obliger l’adulte à des réaménagements profonds : de la représentation de soi, de son identité, de son fonctionnement social, de son environnement affectif. Il faut bien comprendre qu’il s’agit d’un rapport de forces : l’intime en soi, réprimé depuis longtemps, presque oublié, mais qui soudain resurgit avec une force inattendue qui peut bouleverser profondément le cours de la vie. Un croisement de vie difficile à vivre. Pour le surdoué et pour son entourage. Un bouleversement qui doit être resitué dans son contexte afin de lui donner sens, pour retrouver un équilibre de vie. Il ne faut jamais oublier que l’on peut aménager sa structure de personnalité, mais qu’il est difficile, voire impossible, d’en gommer toute l’organisation. « Chassez le naturel, il revient au galop », dit l’adage populaire.

La soif d’absolu, de « parfait », peut avoir des effets pervers : l’incapacité à entreprendre. L’immobilisme guette le surdoué qui, dans sa quête de perfection impossible à assouvir, s’arrête en chemin et montre une inertie redoutable. Malgré ses immenses capacités intellectuelles et sa riche personnalité, le surdoué stagne. Plus on l’incite à se bouger, plus on lui renvoie l’image de son incapacité à bien faire et plus on le fige. Ne pas entreprendre, c’est aussi éviter tout risque d’échec et garder l’illusion que, si on l’avait fait, on aurait réussi à merveille. Un piège. Un leurre.

Insidieuse, tenace, la honte de ce que l’on n’est pas est destructrice. La honte de ne pas être ce que les autres attendent. La honte de décevoir. La honte de ses difficultés. La honte de ses « bizarreries ». La honte habite le surdoué, envers et malgré lui. Fruit d’une culpabilité qui s’alimente dans les non-dits, dans les fausses condescendances, dans les compassions feintes. Car, pour le surdoué, même si son entourage semble accepter ce qu’il est, il reste au fond de lui persuadé qu’il a déçu les autres. Qu’il n’a pas su être à la hauteur. Son niveau d’exigence le plus élevé, c’est lui qui se le pose en réalité. Pas toujours ou pas vraiment les autres. Mais, pour lui, rien n’est jamais assez bien en regard de ce que lui considère qu’il aurait dû atteindre. Sans savoir vraiment d’ailleurs quel était le but à atteindre. Il faut comprendre qu’il ne s’agit en rien d’une réalité, mais d’une représentation de soi et de sa réussite qui crée un sentiment d’inachèvement permanent. De déception de soi lancinante. Quand on vit depuis toujours avec un sentiment de soi contrasté, fait de très hauts et de très bas, on reste dans cette conviction que l’on se doit de réaliser certaines choses à un certain niveau. Alors on s’épuise dans une quête désordonnée à la recherche d’un but chimérique puisqu’il ne pourra jamais être cerné et par là même atteint.

La plupart des surdoués fonctionnent dans cette dichotomie. Comme si leur vie en dépendait. Il faut repérer LA vérité, pour eux elle existe forcément. « Nous sommes des handicapés de la nuance », insiste Jérôme. Expression tellement juste pour refléter ce besoin impérieux d’avoir raison ou au moins être sûr que l’autre a raison pour accepter son point de vue. Mais aussi avoir la certitude absolue que si les choses sont de telle manière elles ne peuvent pas être de telle autre. Tout est blanc ou noir. Jamais gris. Les sentiments n’échappent pas à cette loi implacable. Les goûts non plus d’ailleurs : j’aime ou j’aime pas. Point. Pourquoi ? Parce que la nuance ouvre la porte aux doutes, aux choix à faire. Ce que le surdoué évite à tout prix. Choisir, il ne sait pas. Il laisse d’ailleurs souvent les autres faire à sa place. Ce qui se comprendra parfois comme de la faiblesse ou un manque de personnalité. Il n’en est rien. Mais, quand l’enjeu est moindre, plutôt que de se « prendre la tête » à tout étudier et tout mettre dans la balance pour déterminer, exactement, quel est le bon choix, il devient plus facile, plus reposant de laisser faire les autres.

L’anticipation constante, souvent anxieuse, crée une angoisse diffuse. Et permanente. Qui gâche certains plaisirs de la vie. Et qui empêche de vivre sereinement. On est déjà après. En attente de ce qui va se produire.

La vie du surdoué ressemble un peu à ça : faite d’espoirs infinis, de déceptions fulgurantes, de joies intenses, de puits de souffrances, d’enchaînements enivrants de sensations et d’émotions contradictoires. Une vie rarement linéaire. Où l’on perd aussi rapidement son objectif que l’on en trouve un nouveau, où les émotions intenses sont toujours présentes, bonnes ou mauvaises, où l’on a toujours peur, à la montée comme à la descente.

Et pour finir ma préférée :

En consultation, je demande à Pierre, 9 ans, comme je le fais avec tous les enfants, en quoi il est fort à l’école. Je suis moi-même un instant décontenancée par sa réponse : « Fort à l’école ? En classe ou à la récré ? »


Trop intelligent pour être heureux ? L’adulte surdoué, Jeanne Siaud-Facchin

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Je pense mieux : Vivre heureux avec un cerveau bouillonnant, c’est possible !

Je continue ma lecture de livres de développement personnel avec mes préoccupations du moment. J’ai beaucoup aimé Je pense trop de Christel Petitcollin avant d’être un peu déçu par J’arrête de trop penser de Béatrice Lorant. Cette fois, j’ai lu la suite du très bon livre de Christel Petitcollin : après Je pense trop, le temps est venu de lire, et dire, Je pense mieux.

La parution de Je pense trop a été (et est encore !) une aventure extraordinaire. Je n’avais jamais reçu autant de lettres, d’e-mails, de posts, de textos à propos d’un de mes livres ! Vous m’avez fait part de votre enthousiasme, de votre soulagement et vous m’avez bombardée de questions : sur les moyens d’endiguer votre hyperémotivité, de développer votre confiance en vous, de bien vivre votre surefficience dans le monde du travail et dans vos relations amoureuses… Vous avez abondamment commenté le livre.

Je me suis donc appuyée sur vos réactions, vos avis, vos témoignages et vos astuces personnelles pour répondre à toutes ces questions. Je pense trop est devenu le socle à partir duquel j’ai élaboré avec votre participation active de nouvelles pistes de réflexion pour mieux gérer votre cerveau.

Je pense mieux est un livre-lettre, un livre-dialogue, destiné aux lecteurs qui connaissent déjà Je pense trop et qui en attendent la suite.

Je pourrais dire que tout est dans le titre, mais ce serait un trop gros raccourci. Si Je pense trop était beaucoup dans le diagnostic, et j’avais d’ailleurs regretté que la partie consacrée aux conseils pratiques soit un peu légère, cette suite a une vocation plus concrète. Son sous-titre est d’ailleurs porteur d’une promesse : Vivre heureux avec un cerveau bouillonnant, c’est possible !

Je ne sais plus combien de temps s’est écoulé entre la parution de Je pense trop et de sa suite, mais Christel Petitcollin affirme avoir reçu un abondant courrier provenant de personnes qui se sont reconnues dans son livre. Dans ce flux de retours par les premiers concernés, certaines remarques l’ont amusé, d’autres l’ont surprise, certaines l’ont conforté dans ce qu’elle pressentait ou savait, d’autres enfin lui ont permis d’affiner ou de compléter sa connaissance du sujet.

Comme elle n’a pas pu répondre individuellement à chaque courrier, l’auteur nous explique avoir décidé d’écrire ce second livre pour répondre aux interrogations et aux remarques qu’elle a reçues suite à la publication du premier. Elle présente ainsi ce livre comme un dialogue avec ses lecteurs, avec à la fois des réponses à leurs questions et des compléments sur des sujets non évoqués ou survolés dans le premier livre.

Si on met évidemment de côté son aspect commercial (surfer sur une vague est souvent rentable), la démarche m’a semblé intéressante. Le résultat m’a par contre laissé sur ma faim. Il y a du bon dans ce livre, mais aussi des choses qui m’ont moins intéressé quand elles ne m’ont pas agacé.

Il m’a semblé que l’auteur voulait aborder de nombreux sujets, cherchant à leur trouver un lien, parfois tiré par les cheveux, avec la surefficience mentale. Ainsi, j’ai trouvé passionnante les chapitres sur le jumeau perdu ou le chamanisme mais je ne suis pas certain d’y voir un rapport évident avec le sujet qui m’intéressait tout d’abord en lisant ce livre.

A l’inverse, j’ai apprécié les chapitres où l’auteur parle de trouver sa voie, ce qui anime notre âme et notre esprit. C’est sans doute parce que c’est au coeur de mes préoccupations actuelles, j’y ai en tout cas trouvé des éléments intéressants pour alimenter mes réflexions en cours et à venir.

Le ton m’a parfois semblé condescendant, voire agressif dans certains passages. J’ai également noté une obsession de l’auteur sur la question des manipulateurs, encore une fois omniprésents dans cette suite après avoir déjà occupé une grande place dans ce premier. J’ai bien compris que la vision de Christel Petitcollin est de diviser le monde en 3 parties : les sur efficients d’une part, les manipulateurs de l’autre, et au milieu ce qu’elle appelle les « normo-pensants », c’est-à-dire la majorité de l’humanité. Je ne suis pas convaincu de la pertinence de ce découpage et j’ai été gêné de retrouver cet aspect aussi souvent dans le propos de l’auteur.

Dans l’ensemble, il y a du bon à tirer de ce livre, malgré une volonté de l’auteur de ratisser large en parlant de sujets multiples, aves influences multiples et hétéroclites, sans forcément suivre une ligne directrice. Cela m’a donné une impression de fourre-tout, avec des étagères-chapitres remplies d’objets intéressants voire essentiels, et d’autre plus dispensables. Chacun y trouvera sans doute son compte.


Je pense mieux : Vivre heureux avec un cerveau bouillonnant, c’est possible !, Christel Petitcollin

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

J’arrête de trop penser

En ce moment, je lis pas mal de livres de « développement personnel ». Je mets des guillemets car je n’aime pas trop ce terme, avec ce qu’il m’évoque et ce qu’il véhicule comme clichés et à priori. Malgré cette réticence, depuis quelque temps je m’intéresse d’assez près à certains sujets de psychologie et de développement personnel, cela m’aide à traiter certaines préoccupations que j’ai sur mes besoins, mes attentes, mon travail, mes projets, etc.

Ainsi, je vous avais parlé des livres de Vadim Zeland sur le Transurfing et tout récemment du très bon Je pense trop : comment canaliser ce mental envahissant de Christel Petitcollin. Sur le même thème que ce dernier livre, je viens de lire dans la foulée un petit bouquin intitulé J’arrête de trop penser, signé Béatrice Lorant, journaliste dans la presse féminine principalement.

Vous pensez tout le temps… À la lessive que vous avez oublié de lancer avant de partir au travail, à la réflexion de votre supérieur hiérarchique sur le dossier que vous venez de lui présenter, au choix du « bon » gâteau pour l’anniversaire de votre fils ou de votre fille… Et le soir venu, impossible de vous relaxer et de dormir immédiatement, vous ressassez…

Pas de panique, vous êtes « juste » hyperpenseur ! Faites une pause et apprenez à dompter votre bouillonnant cerveau pour éviter le burn-out !
Pour y parvenir, Béatrice Lorant, hyperpenseuse (qui aujourd’hui le vit bien !), vous invite à :

– clarifier vos idées pour devenir intellectuellement plus productif

– soigner votre corps et votre esprit

– libérer votre créativité

– penser moins pour penser mieux

TOUTES LES CLÉS POUR LÂCHER PRISE ET ÊTRE PLUS ZEN !

J’ai peut-être commis un erreur en enchainant la lecture de deux livres sur le même sujet. J’ai ainsi trouvé dans celui-ci beaucoup de notions déjà découvertes ou évoquées dans le précédent. J’ai d’ailleurs trouvé que celui-ci était un peu moins pertinent et détaillé que celui de Christel Petitcollin. Le ton, plus léger, m’a également semblé différent et j’y ai été moins sensible.

Là où ce livre se distingue de Je pense trop : comment canaliser ce mental envahissant, c’est sur la partie conseils pratiques, beaucoup concrète et développée. J’ai toutefois regretté que ces conseils soient peu inventifs et se contentent de proposer des choses souvent déjà connues. Faire du sport, libérer sa créativité, être bienveillant avec soi : tout cela me semble d’excellentes idées mais j’ai envie de dire que j’y ai déjà pensé et que la difficulté n’est pas dans le fait d’identifier le besoin mais dans le passage à l’action, dans le fait de lever les freins pour se lancer.

Tout cela donne, à la fois à cause du ton employé par l’auteur et pas la nature du propos, un petit côté « livre de recettes miracles » face à des problèmes qui ne se règlent pourtant pas simplement en claquant des doigts.

Dans l’ensemble, ce petit livre d’environ 180 pages en poche est plutôt intéressant mais plutôt comme un point de départ avant d’aller plus loin dans d’autres ouvrages plus développés, plus détaillés. En tout cas, j’en suis sorti en restant un peu sur ma faim.


J’arrête de trop penser, Béatrice Lorant

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

Je pense trop : comment canaliser ce mental envahissant

Je pense trop, sous-titré Comment canaliser ce mental envahissant est un livre de psychologie, ou de développement personnel, écrit par Christel Petitcollin et publié en 2010 chez Guy Trédaniel Editeur. Je ne connaissais pas du tout l’auteur mais j’avais entendu parler de ce livre de façon élogieuse dans une discussion sur Twitter entre des personnes généralement de bon conseil. Comme le sujet m’interpellait et pouvait potentiellement m’intéresser, je me suis laissé tenter.

Qui pourrait penser qu’être intelligent puisse faire souffrir et rendre malheureux ? Pourtant, je reçois souvent en consultation des gens qui se plaignent de trop penser. Ils disent que leur mental ne leur laisse aucun répit, même la nuit. Ils en ont marre de ces doutes, de ces questions, de cette conscience aiguë des choses, de leurs sens trop développés auxquels n’échappe aucun détail. Ils voudraient débrancher leur esprit, mais ils souffrent surtout de se sentir différents, incompris et blessés par le monde d’aujourd’hui. Ils concluent souvent par : « Je ne suis pas de cette planète ! »

Ce livre propose des cours de mécanique et de pilotage de ces cerveaux surefficients.

Comme son titre l’indique, ce livre s’adresse surtout aux personnes qui pensent trop, qui sont envahis par leur mental, par leurs pensées. Evidemment, cela va au-delà de cela, et Christel Petitcollin égrène les caractéristiques et les comportements de ces personnes qui les distinguent de la grande majorité des autres personnes qu’elles rencontrent : hypersensiblité, hypérafféctivité, mémoire très développée et détaillée, schéma de raisonnement en arborescence, idéalisme, croyance dans un systèmes exigent de valeurs inamovibles, etc.

L’auteur montre bien comment ces singularités ont un impact sur la vie sociale et sur l’estime de soi : elles peuvent isoler du reste de la population et être sources d’incompréhension, de rejet, d’un sentiment de décalage avec les autres, de repli sur soi, et donc de souffrance.

Une fois ce « diagnostic » établi, la troisième et dernière partie aborde des solutions, sous la forme de conseils à la fois généraux et pratiques. J’ai peut-être trouvé cette partie un peu plus légère que les deux précédentes. C’est pertinent, mais j’ai trouvé que cela restait parfois superficiel.

En sortant de cette lecture, je suis un peu perplexe. Je me suis reconnu en partie dans le portrait-robot établi par l’auteur : certains éléments m’ont semblé totalement ressembler à mon vécu, quand d’autres me sont apparus plus éloignés de moi ou de ma façon de me voir. J’ai un peu de mal à savoir si ce livre s’adresse vraiment à moi, même si j’en ai tiré des éléments vraiment intéressants.

Par contre, pas de doute, ce livre est très bien écrit et passionnant. Ma perplexité tient plus à mon doute sur le « diagnostic » appliqué à moi-même qu’à la qualité du livre. Si vous vous reconnaissez, ou si vous reconnaissez quelqu’un de votre entourage proche dans ce que décrit ce livre, nul doute qu’il vous sera très utile !

Pour ma part, je suis assez tenté de lire la « suite », Je pense mieux : vivre heureux avec un cerveau bouillonnant, c’est possible ! qui m’apportera peut-être des réponses à mes doutes et plus de conseils pratiques.


Je pense trop : comment canaliser ce mental envahissant, Christel Petitcollin

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Transurfing, 4. Diriger la réalité

Diriger la réalité est le titre du quatrième volume de Transurfing, la série de livres qui présente le modèle de développement personnel du russe Vadim Zeland. J’avais découvert et lu les trois premiers tomes depuis le début du mois d’avril, je vous en avais d’ailleurs déjà parlés ici après avoir lu chaque volume.

Dans la vie quotidienne, les événements passent les uns après les autres, sans nous demander notre accord. Influencer sa réalité, est-ce vraiment possible ? L’un des moyens de le faire est de l’influencer directement selon le principe « donne-moi ».

Dans Transurfing 4, Vadim Zeland propose de faire autrement : cachons nos mains derrière le dos, et faisons en sorte que le monde lui-même vienne vers nous pour réaliser nos attentes. S’il fallait donner une spécialisation à chaque volume, Diriger la Réalité est sans doute celui-ci qui nous fait toucher de près l’Observateur, cette position particulière à partir de laquelle tout se crée dans le monde quantique…

Je vais être direct : j’ai été très déçu par ce quatrième tome. Si j’avais trouvé un vrai intérêt dans chacun des trois premiers malgré des défauts récurrents (un style bavard, un enrobage pseudo-mystico-scientifique d’idées pourtant simples), celui-ci m’a semblé bien vide. L’auteur revient et détaille des concepts déjà vus et revus dans les premières tomes, comme les balanciers, leur influence et les moyens d’y échapper. Dans la deuxième partie, il parle également longuement de Dieu et de religion, ce qui ne m’a pas franchement intéressé.

Finalement, j’ai l’impression que l’essentiel des « enseignements » du Transurfing étaient contenus dans les trois premiers volumes et que ce quatrième n’était, vous me permettrez ce mot d’esprit, qu’un moyen de surfer sur la vague du Transurfing en recyclant des concepts déjà présentés. Comble de cette tendance : le livre s’achève par un long glossaire pour reprend les définitions de termes propres au Transurfing et déjà expliqués au moins deux ou trois fois dans les livres précédents.

Je suis donc passé totalement à côté de ce quatrième livre de la série, n’y trouvant que les défauts des précédents sans y trouver l’intérêt que j’avais pu trouvé jusque là. Un cinquième tome est sorti en français, je ne sais pas si j’aurai le courage ou suffisamment d’intérêt pour l’acheter et m’y plonger.


Transurfing, 4. Diriger la réalité, Vadim Zeland

Note : ★★☆☆☆