Livres & Romans

Transurfing, 2. Le bruissement des étoiles du matin

Après un premier volume qui m’avait laissé une impression mitigée tout en attisant ma curiosité, je poursuis ma découverte du « modèle » de développement personnel Transurfing avec le deuxième volume : Le bruissement des étoiles du matin.

Le premier volet de Transurfing, « L’espace des variantes » est la matrice énergétique qui pose les fondements du modèle Transurfing, élaboré par le physicien quantique Russe, Vadim Zeland. À partir des conclusions les plus récentes de la physique quantique, la physique de tous les possibles, Transurfing nous explique comment visualiser à quel point nos pensées « inconscientes » ont un effet décisif sur notre réalité, et comment choisir librement ce que nous voulons, comme dans un gigantesque supermarché.

Ce second volet de Transurfing, « Le bruissement des étoiles du matin », nous plonge dans une dimension à la fois plus profonde et plus pragmatique, orientée vers la compréhension des liens entre nos rêves et la réalité. Vadim Zeland nous apprend à identifier et à définir notre but véritable – en accord avec notre individualité et nos aspirations profondes – ainsi que le moyen d’y accéder. À vous d’explorer en quoi Transurfing est une extraordinaire technique de création de votre propre réalité…

Je vais être honnête : c’est toujours aussi déstabilisant. Il y a des passages qui m’ont indifféré, d’autres m’ont agacé, et d’autres enfin ont totalement résonné en moi. C’est vraiment déroutant de passer d’un ressenti à un autre, quasiment d’une page à l’autre quand ce n’est pas en plein milieu d’un paragraphe.

Vadim Zeland a un défaut : il utilise toujours autant de bla-bla pseudo-scientifique pour présenter et expliquer des idées pourtant simples. Dans le même ordre d’idée, je sais bien qu’il faut répéter plusieurs fois une information pour qu’elle soit assimilée par quelqu’un, mais l’auteur abuse trop souvent de ce procédé en répétant plusieurs fois la même chose en l’exprimant différemment. A plusieurs reprises au cours de ma lecture j’avais envie de lui crier « c’est bon, j’ai compris, passe à autre chose » !

Derrière cette forme parfois agaçante et déstabilisante, il y a néanmoins des idées fortes et des concepts intéressants. Il y a des passages qui m’ont fortement interpellé et plusieurs conseils qui m’ont beaucoup parlé et que j’aimerais appliquer au quotidien. Je pense notamment à tout ce qui tourne autour de l’idée de plus écouter son ressenti et ses émotions, et donc de façon générale de plus s’écouter. Je retiens également l’idée, oserais-je dire le but, de savoir identifier son propre but, son propre moteur dans la vie, plutôt que de suivre celui imposé par des injonctions intérieures ou sociales.

Je sors donc de ce deuxième tome avec le même sentiment que pour le premier : dérouté, en partie agacé par la forme, mais intéressé – au moins en partie – par le fond. J’ai tendance à penser qu’il faut en tirer ce que l’on veut et peut en tirer. C’est en tout cas ainsi que je pense aborder le troisième volume, que je lirai prochainement, à n’en pas douter.


Transurfing, 2. Le bruissement des étoiles du matin, Vadim Zeland

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

Transurfing, 1. L’espace des variantes

L’espace des variantes est le premier volume d’une série de livres présentant Transurfing, un modèle de développement personnel assez atypique proposé par le russe Vadim Zeland.

J’ai découvert ce livre sur les conseils d’un « twitteur » que j’aime bien suivre notamment parce qu’il tweete souvent des choses intelligentes. J’ai donc suivi son conseil même si la présentation du livre par l’éditeur avait en théorie tout pour me faire fuir :

Transurfing, c’est une technique révolutionnaire de développement personnel mise au point par le physicien Vadim Zeland. La première fois que cette idée lui est apparue, c’est au cours d’un rêve ordinaire. Depuis, sous l’effet d’une fulgurance, l’auteur a écrit ce livre qui a transformé la vie de millions de personnes dans le monde.

Transurfing, terme proposé par l’auteur, nous apprend que nous pouvons créer nous-mêmes la réalité que nous souhaitons et que nous aimons. Pour cela, il suffit d’appliquer une technique simple et rigoureusement scientifique, fondée sur les lois de la physique quantique. Cette méthode, qui réunit nos aspirations à la fois matérielles et spirituelles, vise à transformer nos vies et à nous faire gagner !

Transurfing est un livre dont on ne cessera de parler. Ses bases scientifiques ont rallié les plus sceptiques, tandis que son approche spirituelle entre en résonance avec tous ceux qui aspirent à l’Eveil. Il jette un regard neuf sur notre condition d’humains et nous invite à toujours plus de liberté.

Cette présentation ainsi que le sous-titre du livre (« Modèle quantique de développement personnel) sont symptomatiques d’un aspect du livre : son habillage scientifique ou pseudo-scientifique (je suis totalement incompétent pour en juger). Avec un style parfois emphatique et des concepts semble-t-il inspirés de la physique quantique, la première impression peut dérouter ou faire fuir.

L’auteur développe une théorie autour de variantes, de balanciers, de potentiels d’énergie mentale en excès, qui ne sont pas forcément simples mais dont la compréhension parfaite ne m’a pas semblé essentielle pour profiter des enseignements contenus dans le livre.

Derrière ce vocabulaire parfois abscons, l’auteur nous parle de confiance en soi, de complexes d’infériorité, supériorité, de culpabilité, de dépendance, d’équilibre, de l’importance que l’on accorde à ce qui nous entoure, à ce qui nous arrive, et à soi-même, et des choix que l’on fait dans notre vie, et finalement – et surtout – de lâcher prise.

Plusieurs réflexions faites par l’auteur m’ont semblé être du bon sens, comme si elles confirmaient quelque chose que je savais instinctivement mais sans pour autant les appliquer dans ma vie de tous les jours.

Par contre j’ai perçu une tendance à glorifier l’individualisme et l’indifférence à ce qui nous entoure, deux idées auxquelles j’ai du mal à adhérer tant elles sont contraires à mes valeurs. Ce n’est peut-être qu’un a priori erroné de ma part, mais cela m’a empêché d’être totalement convaincu par les propos de l’auteur.

En ajoutant à ce ressenti le côté peu orthodoxe de la démarche, j’avais toujours une petite voix qui me rendait méfiant. Une question de lâcher prise, peut-être ? :-)

Après avoir terminé le premier tome, je suis assez mitigé. Certains aspects m’ont bien plu, comme le message fort de se faire confiance, d’accepter ses qualités et ses défauts sans lutter en permanence contre ce que l’on est, et d’oser s’écouter pour faire ses choix. D’autres m’ont dérangé, que ce soit l’emballage scientifico-mystique ou les nombreuses fautes d’orthographe, que j’ai du mal à pardonner et qui sèment le doute sur le sérieux de l’éditeur et donc du livre.

Au final j’ai été suffisamment intéressé et intrigué pour avoir envie de poursuivre ma découverte avec le deuxième tome, que je lirai probablement prochainement. Je me dis qu’au pire ça ne me fera pas de mal !


Transurfing, 1. L’espace des variantes, Vadim Zeland

Note : ★★★☆☆

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Petit manuel à l’usage de ceux pour qui l’oral est un cauchemar

J’ai eu l’occasion de découvrir ce Petit manuel à l’usage de ceux pour qui l’oral est un cauchemar sur la plateforme NetGalley.fr : je me suis dit que cela pouvait m’intéresser et l’éditeur a ensuite accepté de me fournir un exemplaire numérique pour mon Kindle.

L’expression orale est nécessaire au quotidien pour communiquer avec nos proches, nos collègues ou des inconnus, et pour réussir notre scolarité et notre vie professionnelle. Pourtant, savoir s’exprimer à l’oral n’est pas enseigné en France et nous sommes très inégaux face à cet art.

Coach, comédienne voix off et professeur de théâtre, Valérie Guerlain a mis en place une méthode simple et efficace pour aider celles et ceux – timides, angoissés, complexés – qui redoutent l’oral.

Elle en explique les fondements dans cet ouvrage :
– la base pour être à l’aise à l’oral : l’estime de soi.
– des exercices pour entrer progressivement dans la pratique : respiration, posture, diction et élocution.
– Des témoignages et des expériences concrets.

La méthode des comédiens pour être à l’aise à l’oral.

Ce petit manuel, comme il se qualifie lui-même dans son titre, tente en un peu moins de 160 pages de donner des conseils pour celles et ceux qui sont mal à l’aise quand il faut s’exprimer à l’oral. L’auteur est une coach qui a créé sa propre méthode dont elle décrit les éléments-clés dans ce livre.

Je dois d’abord dire que l’intention est louable et qu’elle répond à un problème et une réelle préoccupation de notre société : comme l’indique fort justement Valérie Guerlain dans son avant-propos, nous sommes tous confrontés à l’expression orale dans notre vie, nous avons même des examens oraux à passer, des entretiens d’embauche à réussir, des présentations à faire dans le contexte scolaire, universitaire, ou professionnel, mais l’expression orale n’est pas enseignée dans le cadre de l’école. L’expresse orale devient alors une compétence sociale, que l’on acquiert par son entourage ou dans des écoles spécialisées (très souvent les fameuses « grandes écoles ») qui opèrent déjà un premier filtre à travers des … oraux (le serpent qui se mort la queue).

L’auteur présente donc sa méthode pour développer l’aisance orale chez les participations de ses ateliers. J’ai envie de distinguer deux grandes approches complémentaires : l’une, plutôt psychologique, s’attaque à la question de la confiance en soi et de l’estime de soi ; l’autre, plutôt technique, comprend des outils comme la respiration ventrale, les exercices d’articulation, ou la préparation d’un oral.

Dans l’ensemble, ce manuel m’a semblé intéressant et utile, notamment la partie technique. J’émettrai un petit bémol sur la partie plus psychologique, où l’auteur me semble rejeter un peu facilement les apports de la psychothérapie et se réfugiant à mon avis trop facilement derrière un discours proche de « il suffit de … » ou « quand on veut on peut ». Mais il s’agit sans doute d’une appréciation très personnelle de ma part, liée à ma propre situation.

Au final, j’aurais tendance à recommander ce manuel à celles et ceux qui souhaitent développer leur aisance orale, cela peut tout à fait être une première approche utile pour réduire l’anxiété liée à leur prise de parole, même si elle ne sera pas forcément suffisante selon le cas de chacun.


Petit manuel à l’usage de ceux pour qui l’oral est un cauchemar, Valérie Guerlain

Note : ★★★☆☆

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Highly Illogical Behavior

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Après plusieurs lectures presque exclusivement en français, j’avais envie de reprendre mon rythme où j’alterne les livres en français et ceux en anglais. J’ai choisi ce roman young adult de John Corey Whaley, un auteur américain que je n’avais jamais lu auparavant. J’avais découvert ce livre il y a peu de temps sur Goodreads et le résumé m’avait tout de suite donné envie de le lire :

Sixteen-year-old Solomon has agoraphobia. He hasn’t left his house in 3 years. Ambitious Lisa is desperate to get into a top-tier psychology program. And so when Lisa learns about Solomon, she decides to befriend him, cure him, and then write about it for her college application. To earn Solomon’s trust, she introduces him to her boyfriend Clark, and starts to reveal her own secrets. But what started as an experiment leads to a real friendship, with all three growing close. But when the truth comes out, what erupts could destroy them all. Funny and heartwarming, Highly Illogical Behavior is a fascinating exploration of what makes us tick, and how the connections between us may be the most important things of all.

J’ai commencé à le lire ce week-end et j’ai adoré dès le début. Il était impossible pour moi de ne pas être attendri par le personnage de Solomon, un adolescent de seize ans souffrant d’agoraphobie et de crises de panique, dont l’une trois ans auparavant qui l’a poussé à plonger dans la fontaine devant son école où il n’a plus remis les pieds depuis. Pire, Solomon n’est plus sorti de chez lui depuis cet épisode. C’est un personnage évidemment tourmenté mais aussi plein d’humour et de vie.

Sa vie bien réglée, justement, va être bousculée par l’arrivée de Lisa, une lycéenne qui rêve d’être admise dans un département de psychologie à l’université et se donne pour mission de soigner Solomon, qui sera son sujet d’étude pour l’essai qu’elle doit rédiger pour son dossier de candidature.

Le troisième larron, c’est Clark, à la fois athlète, geek et petit-ami de Lisa. D’abord jaloux du temps que Lisa passe avec Solomon, il va lui aussi se rapprocher de l’adolescent reclus dans sa maison, jusqu’à éveiller les soupçons de Lisa quand il va finir par passer plus de temps avec son nouvel ami qu’avec elle.

It was the thing they had most in common—all they wanted was a quiet place to be invisible and pretend the world away. And that’s exactly what they had before things got weird. Now, no matter what they told themselves or each other, it would always be different. After all, no first love goes away overnight, especially one that’s always right in front of you, but just out of your reach.

Je ne vais pas dire que c’est de la grande littérature, on reste dans du young adult assez classique à la fois dans le style d’écriture et dans la construction narrative, mais c’est clairement un récit drôle et touchant, qui oscille entre le thème de la maladie mentale de Solomon et un triangle amical et amoureux entre les trois adolescents. Cela pourrait être un roman sympathique parmi d’autres, mais le personnage de Solomon et son parcours apportent une profondeur et une richesse particulières. J’ai beaucoup aimé lire ce roman, et j’ai bien envie de découvrir les deux autres romans de cet auteur, surtout s’il y aborde de la même façon des sujets aussi forts et intéressants.

I’ll never forget that day at the fountain. The other kids laughed and whispered, even when the principal had gotten him out of the water and wrapped a jacket around him. They just kept laughing and pointing as he walked by, dripping wet and never looking up from the ground. Most everyone I knew heard some ridiculous gossip about him by the end of that day. But then, within weeks, it was like he’d never existed. And that’s when I got the saddest. They never brought him up again. Like we belonged there and he belonged somewhere else. It’s not too hard to disappear when no one’s looking for you. That’s what we do sometimes. We let people disappear. We want them to. If everyone just stays quiet and out of the way, then the rest of us can pretend everything’s fine. But everything is not fine. Not as long as people like Solomon have to hide. We have to learn to share the world with them. 


Highly Illogical Behavior, John Corey Whaley

Note : ★★★★☆


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Manuel d’écriture et de survie

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Je pense que cela me fait du bien de varier un peu mes lectures après plusieurs semaines où j’ai principalement lu les livres en service de presse. C’était chaque fois des livres que j’avais malgré tout choisis de lire, mais l’engagement pris tacitement auprès de l’éditeur de lire et chroniquer chaque ouvrage sollicité induit une sorte de contrainte qui peut peser. A l’avenir, je serai vigilant à alterner plus régulièrement les lectures totalement choisies et celles sollicitées et reçues en service de presse.

Cette fois, pas de service de presse, il s’agit d’un livre assez court intitulé Manuel d’écriture et de survie par Martin Page, un écrivain français dont je n’avais lu aucun des romans jusque là. Je vous laisse découvrir le résumé avant de vous en dire plus :

Martin Page répond aux lettres d’une jeune écrivaine prénommée Daria. Tout en lui donnant des conseils d’écriture, il esquisse des moyens de se débrouiller avec le monde, avec le milieu littéraire, avec ses propres névroses et fragilités. Au fil de ce dialogue, il brosse aussi une sorte d’autoportrait. Entre dépression et exaltation, il nous parle de l’art sauvage de l’écriture, un art encore jeune, riche de possibilités. Sans escamoter la dureté sociale ni la réalité des coups et des blessures, il défend l’imagination comme forme de résistance et de création intime. La littérature est un sport de combat autant qu’un des grands plaisirs de l’existence.

Le livre se présente sous la forme de lettres écrites par l’auteur à une correspondante prénommée Daria, lectrice et qui se rêve écrivaine, à laquelle il donne des conseils sur l’écriture, le monde de l’édition, et la vie en général. Le procédé n’est pas forcément très subtil, mais il est efficace dans le sens où il permet à Martin Page d’évoquer des thèmes importants autour de l’écriture et du métier d’écrivain : le travail d’écriture, les relectures, les corrections ; la recherche d’un éditeur puis la relation avec cet éditeur ; les ateliers d’écriture ; le métier d’écrivain, y compris son volet financier ; les relations entre l’auteur et les lecteurs ; le monde littéraire en général. C’est à la fois didactique et agréable à lire.

Au-delà de ce côté guide pour écrivain qui ne ressemble pas à un manuel, le livre est également l’occasion pour l’auteur d’adresser des sujets plus perosnnels : son rapport aux autres, ses difficultés, ses névroses, etc. Cela reste discret mais cela donne un peu de vie au livre, pour que cela ne soit pas qu’une succession de conseils.

Je me rends compte en terminant ma lecture que j’ai surligneur (sur mon Kindle) énormément de passages du livre. Je ne vais pas tous les citer ici, mais je ne peux pas résister à l’envie de vous en proposer quelques uns.

Sur l’apprentissage et l’évolution de l’écrivain :

Un écrivain devrait être fidèle à toutes ses œuvres, car elles sont le reflet de son évolution. Il ne s’agit pas de tout aimer sans nuances, mais de respecter l’être qu’on était et qui a fait de son mieux.

Sur la « magie » de la lecture :

Le livre est un objet magique. Non seulement la littérature est une source de plaisirs et de connaissances, mais elle sauve des vies. Le dire paraît exagéré en ces temps de tiédeur. Je le répète : la littérature sauve des vies. Il y a quelques semaines j’ai reçu la lettre d’une femme qui me racontait qu’à une époque de sa vie les livres lui avaient permis de gagner un combat contre le désespoir, et de renaître. J’ai reçu quantité de lettres semblables. Les livres sont des armes et des outils pour transformer nos vies.

Sur la solitude :

Toute ma jeunesse a été solitaire. Je n’arrivais pas à être avec les autres. C’était comme si j’étais à des milliers de kilomètres. J’ai mis du temps à rencontrer ceux qui seraient mes amis. Quant à ma vie sentimentale, elle a été vide pendant des années. Je connais bien ces jours et ces soirées sans fin où rien ne se passe, ces samedis soir où les bruits des joyeuses soirées alentour blessent le cœur de celui qui est seul chez lui. Peu à peu, j’en ai fait un espace de liberté et de création. Seul, je ne suis jamais seul. C’est parmi les autres que je suis seul. Cette découverte est un soulagement.

Sur le raisons qui poussent à écrire :

Tu me demandes pourquoi j’écris. La vraie question me semble plutôt être : mais pourquoi tout le monde n’écrit pas ? C’est une chose si magique que ne pas le faire est pour moi incompréhensible. Tout le monde devrait écrire. En tout cas, avoir cette possibilité et s’y sentir autorisé.

Mais je ne me défile pas, je vais te répondre. J’écris parce que c’est un plaisir infini, parce que j’aime voir mes idées se transformer en un livre, parce que c’est ainsi que j’affronte la mort, parce que ça me permet des rencontres, parce que c’est une façon de continuer à m’inventer, parce que je peux jeter mes angoisses et mes obsessions sur le papier comme dans une arène, parce qu’ainsi ma conscience et mon inconscient entrent en conversation, parce que c’est une manière de m’en sortir. J’écris pour contre-attaquer et manger ce monde qui essaye de me dévorer. J’écris pour équilibrer le rapport de force avec le réel. J’écris pour avoir une bonne excuse d’être à l’écart et de me soustraire aux jeux sociaux. J’écris parce que l’encre sur le papier m’émeut. J’écris par plaisir, pour en recevoir et pour en donner. J’écris parce que j’aime la fiction et que je crois en son pouvoir. J’écris aussi pour des raisons moins nobles : parce que ça me donne l’occasion de prendre une revanche, et parce que, désespérément, je veux qu’on m’aime. C’est absurde, je le sais. Rien d’extérieur à moi-même ne résoudra mes problèmes narcissiques. Mais c’est ainsi.

Sur notre société actuelle :

Mais que font les plus fragiles ? Ils chutent et s’abîment sans cesse. Ceux qui pensent que nous vivons dans une société juste et démocratique mériteraient qu’on les paye au salaire minimum pour un boulot éreintant et ennuyeux.

Sur la place de la lecture de notre société :

Si le mercantilisme est une blessure faite à la littérature, l’entre-soi des plus éduqués l’est tout autant. Je vais souvent dans des écoles pour rencontrer élèves et professeurs, et je suis triste de constater que beaucoup d’adolescents (et d’adultes) ont peur des livres. Comment en est-on arrivé là ? Le livre est devenu l’instrument d’une sanction, c’est un devoir et une punition. Ça devrait être tout le contraire. Ce malaise s’incarne dans une polarisation de plus en plus grande : il y a des livres pour le peuple et d’autres pour les plus éduqués. Comme si chaque groupe social devait avoir sa littérature. (Ce phénomène touche tous les arts.) […]

La majeure partie de la population ne lit pas, elle est donc privée d’un des grands plaisirs de l’existence. Toutes les barrières qui font des livres un art réservé et effrayant sont à faire tomber. Allons dans les écoles, les prisons, les universités, parlons des livres sur internet. La littérature est pour tout le monde.

Sur la société française :

La France est un curieux mélange : c’est une société éclairée, riche de talents et de désirs, mais archaïque, sclérosée et violente. Elle est fragilisée par une école faussement républicaine (et réellement créatrice de réseaux et d’endogamie), le respect de l’autorité, et une organisation sociale hiérarchique qui décourage et opprime les personnalités atypiques, compétentes et originales. La créativité et l’enthousiasme y sont mal considérés, la cruauté des petits chefs incapables récompensée. Je me demande où ça va nous mener.

Encore une fois, sur la place de la lecture dans notre société, comme en écho au livre Des hommes qui lisent de notre Premier Ministre Edouard Philippe :

Si on veut défendre le livre, il faut défendre une certain conception de la vie en société. Les lecteurs doivent avoir les moyens d’acheter des livres et avoir du temps à consacrer à la lecture. Je ne vois pas comment on peut déclarer aimer le livre et soutenir une politique qui pousse la plupart des femmes et des hommes à travailler constamment pour s’en sortir. Le livre existe grâce à un environnement. C’est un fait de civilisation.

Je ne peux recommander la lecture de ce livre à ceux qui aiment la littérature et qui aiment ou rêvent d’écrire. En ce qui me concerne, ce livre m’a donné deux envies : découvrir l’oeuvre littéraire de Martin Page, et ré-écrire. C’est déjà beaucoup !


Manuel d’écriture et de survie, Martin Page

Note : ★★★★★


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L’inconscient est politiquement incorrect

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J’arrive presque au bout de mes lectures en service de presse, mais je n’ai pas gardé que de mauvaises expériences pour la fin. Ma dernière lecture n’est pas un roman mais un essai sur la psychanalyse et l’inconscient, écrit par le psychanalyste et professeur de psychopathologie Jacques André.

J’avais lu le résumé avant de solliciter ce livre auprès de l’éditeur sur NetGalley.fr et je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre.

À l’heure du « développement personnel », du « bonheur en vingt leçons » et du devoir de « positiver », la force de la psychanalyse est de ne pas sous-estimer la violence de la vie psychique. Derrière la façade des vies « comme il faut », la folie privée est la chose du monde la mieux partagée.

Ce livre, à travers des instantanés de séances, cherche à faire entendre la parole souvent dérangeante, et en dépit du bon sens, de l’inconscient. Le bouleversement des anciennes rigidités familiales, les nouvelles libertés du choix sexuel ont le « mérite » de révéler mieux que jamais l’âpreté de la relation homme-femme, l’expérience à la fois éprouvante et passionnante de leur altérité.

Les « vérités » de la psychanalyse ne sont pas toujours bonnes à entendre – l’inconscient ignore le « politiquement correct » –, mais au moins elles ne font pas l’impasse sur la complexité des vies intérieures.

Je ne savais pas à quoi m’attendre, disais-je : soit ce serait très intéressant, soit ce serait inaccessible au commun des mortels, c’est-à-dire à ceux qui ne sont pas initiés à la psychanalyse, que ce soit comme analyste ou « patient ». Le résultat est finalement entre les deux : certains chapitres ou certains passages sont passionnants et facilement accessibles au novice que je suis, d’autres m’ont semblé plus obscurs ou moins intéressants.

Le livre commence par une introduction où l’auteur défend fermement la psychanalyse face aux « psychologies douces » et autres méthodes de développement personnel, qui d’après Jacques André ne reposent que sur un positivisme factice qui nie la dimension complexe et douloureuse de l’inconscient.

Positiver ! Vu de la psychanalyse, ce mot d’ordre a tout d’une formation réactionnelle ! « Le bonheur en 20 leçons » qui envahit le livre et les ondes est la face visible d’une médaille dont le revers est le désordre des vies individuelles et collectives. Cachez cette angoisse, cette haine, cette folie que je ne saurais voir. L’honneur de la psychanalyse est de ne pas s’en détourner, ce qui ne signifie évidemment pas en triompher.

Dans les chapitres suivants, Jacques André nous raconte des échanges réels avec des « patients » et s’en sert pour illustrer son propos sur de nombreux thèmes récurrents dans la psychologie et dans la psychanalyse en particulier : le rapport à la mère, au père, la sexualité (qu’elle soit hétérosexuelle, homosexuelle ou bisexuelle), la culpabilité, le pouvoir, la soumission, la relation entre l’analyste et son patient, le rapport à la mort, etc.

Ce livre est également l’occasion pour son auteur de disserter sur des évolutions de notre société, en les décrivant sans les juger. Avec des allers-retours bienvenus entre sphère privée, à travers les instantanés de séances de psychanalyse, et sphère publique, avec des réflexions d’ensemble, Jacques André joue sur deux tableaux en restant intéressant. Raconter uniquement des histoires individuelles pourrait être intéressant, mais manquerait peut-être de profondeur. Là, il mêle habilement vies intimes et vie en société pour étayer et illustrer son propos.

J’avais surligné plusieurs passages marquants pendant ma lecture, mais je ne vais pas les citer tous ici. Je vais me contenter de quelques exemples :

Sur la soumission privée ou publique :

Libre de se soumettre … c’est presque un slogan politique. Plus d’un dictateur, aujourd’hui comme par le passé, doit à un vote démocratique la disposition de ses pleins pouvoirs. La « servitude volontaire » est aussi un fantasme de masse.

Sur le sentiment de culpabilité :

Le crime a beau n’être qu’un crime de pensée, le fardeau du coupable n’en est pas moins accablant. Au point, parfois, de commettre un délit afin d’échanger le crime psychique, impossible à payer, contre un crime réel pour lequel la justice exige des comptes. […] Remplacer une torture intérieure, impossible à fuir, par la soumission à un châtiment extérieur.

Sur la mort :

La pensée de la mort, sinon la mort elle-même qui est un possible que jamais la vie ne réalise, est bien la blessure narcissique par excellence. La conviction d’une vie éternelle, qui évite le face-à-face avec l’inéluctable, est le prolongement délirant du fantasme de Narcisse.

Sur les morts des attentats :

Comment rendre à la mort anonyme d’aujourd’hui son humanité, comment échapper à l’indifférence, comment défendre la culture contre la destruction, comment rendre à la qualité, celle de la symbolisation, la mort devenue quantité ? L’un des gestes collectifs les plus vivants, les plus émouvants, après le Bataclan, a été de passer d’un chiffre, 130, à une collection de portraits, texte et photo, restituant à chacun des disparus l’absolue singularité d’une vie. Ce que les journalistes du Monde ont réalisé alors, ils l’ont refait pour les tués de Nice. Contre la Mort, les morts. Contre l’anonymat, restituer un visage et une histoire.

Sans être initié à la psychanalyse, ni comme patient ni encore moins évidemment comme praticien, j’ai trouvé de l’intérêt à cet livre sur le sujet. Ce qui se présentait tout d’abord comme un plaidoyer en défense d’une psychanalyse en perte de vitesse ou du moins passée de mode s’est révélé être un essai intéressant et bien écrit, agréable à lire.


L’inconscient est politiquement incorrect, Jacques André

Note : ★★★☆☆


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Un secret halo de rose

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Encore une lecture d’un livre reçu en service de presse, le deuxième consécutif par l’intermédiaire de la plateforme Simplement.pro, après La Symétrie de l’Effet dont je parlais en fin de semaine dernière. C’est l’auteur qui m’a contacté sur le site pour me proposer de découvrir son roman. Je n’accepte pas toutes les sollicitations, j’essaye de ne pas m’éparpiller, je préfère plutôt me concentrer sur les oeuvres susceptibles de m’intéresser mais aussi garder du temps pour mes lectures hors service de presse, les livres que j’ai achetés et prévus de lire indépendamment des sites comme Simplement.pro ou NetGalley.

Dans le cas de ce roman Un secret halo de rose, le synopsis m’a intrigué et m’a donné envie d’accepter cette lecture :

« Je me sens bien, animé d’un sentiment de plénitude. Les yeux plissés en guise de protection solaire, je respire profondément, hyperventilé, et tout un tas de fictions et scenarii me pénètrent, me traversent, se bousculent. L’inspiration revient comme un cheval au galop, à la vitesse de la marée montante. Je médite. Je somnole. Je m’évade, néo adepte de contemplation. Je platonise. La journée a fusé, si j’en crois le ciel qui commence à rosir, formant des halos entre ciel et mer, entre chien et loup. Sans emphase il y a encore peu de temps, je suis désormais en phase de réanimation. Sans envie il y a si peu de temps, je suis désormais en vie. »

Ronan est en détresse depuis la mort de son meilleur ami. Un banal accident de la route aux abords d’un rond-point damné. Que s’est-il vraiment passé ce soir-là ? Ronan ne sait plus très bien. Pourtant, il était aussi dans la voiture. Depuis, ses souvenirs s’entrechoquent, brouillent sa mémoire et les pistes, le mènent à l’impasse. Harcelé par le père du défunt, otage de ses propres démons et hallucinations, lâché par son psy, il s’exile alors sur le phare de la Vieille, au large de la pointe du Raz, où il vivra une odyssée aussi salvatrice qu’extraordinaire, aux confins de l’irréalité.

Ceux qui me suivent depuis longtemps ici savent que les romans qui parlent du deuil, de l’absence, du manque, m’ont toujours interpelé, Philippe Besson qui est passé maître à ce jeu n’étant pas par hasard mon auteur favori. J’avais donc envie de plonger dans ce livre, publié par Prem’Edit, une petite maison d’édition dont la particularité est d’avoir un comité de lecture « citoyen » composé de 120 lecteurs. C’est en quelque sorte une maison d’édition « participative », dans le sens où ce sont les lecteurs qui choisissent les livres qui seront publiés. Je dois dire que je trouve cette idée plutôt sympathique et j’ai envie de l’encourager ici.

Le narrateur est agent immobilier le jour, écrivain amateur la nuit. Ronan est hanté par la mort de Tristan, son meilleur ami décédé dans un accident de la route. Ayant lui-même survécu à cet accident, il culpabilise et les circonstances du drame le hantent. Autour de lui gravitent un psychothérapeute pour le moins excentrique et un père au deuil vengeur.

Le style d’écriture est assez étonnant. L’humour est omniprésent, cela fonctionne parfois, mais pas toujours. Le texte est émaillé d’une succession de jeux de mots et de mots d’esprit, parfois réussis, mais qui finissent par peser et ont un peu perturbé ma lecture au bout d’un moment. Je comprends le jeu que cela constitue pour l’auteur au moment de l’écriture, ainsi que la volonté de bien faire, mais mon impression en tant que lecteur a parfois été proche de la saturation sur cet aspect. Ce qui est assez drôle, c’est que le narrateur, lui aussi écrivain amateur à ses heures perdues, commence son récit en expliquant qu’il a tendance à vouloir trop en faire quand il écrit, qu’il relit et retravaille sans cesse ses textes jusqu’à ce qu’il soit totalement satisfait de chaque phrase. J’ai pris cela comme une auto-critique déguisée de l’auteur, et j’ai trouvé cela assez malin.

Ce qui est également malin, c’est le déroulement du roman lui-même. C’est un récit décousu et par moments difficile à suivre, avec des temps faibles, notamment au milieu du livre où j’ai parfois perdu à la fois le fil et l’attention. Mais c’est aussi un récit qui retrouve du rythme et qui trouve tout son sens dans sa dernière partie. Je me répète, mais j’ai vraiment envie de dire que c’est un livre malin.

Je pense qu’il faut être intéressé par les tourments et les secrets de l’esprit humain pour y être sensible, mais c’est plutôt un beau roman. Cela m’a en tout cas suffi pour oublier des effets de style un peu lourds sur la durée, que l’auteur gagnerait à atténuer dans ses prochains écrits s’il ne veut pas prendre le risque de perdre en route quelques lecteurs pourtant de bonne volonté.


Un secret halo de rose, Léonnic Asurgi

Note : ★★★☆☆


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