Livres & Romans

La France des Lumières (1715-1789)

Entre l’apogée de la monarchie absolue dans le tome précédent et le suivant sur la Révolution et l’Empire que je suis impatient de lire, je n’attendais pas grand chose de ce huitième volume de la collection Histoire de France éditée par Belin sous la direction de Joël Cornette.

Sous le titre La France des Lumières, il couvre la période de 1715 à 1789 : il commence à la mort de Louis XIV, relate le règne de Louis XV puis les quinze premières années de celui de Louis XVI, et s’achève à la veille de la convocation des États-Généraux.

J’avais donc peu d’attentes sur ce volume, consacré à une période que je connaissais très mal et qui me semblait manquer d’intérêt, entre deux périodes plus palpitantes. En réalité, j’ai été passionné du début à la fin.

L’auteur, Pierre-Yves Beaurepaire, prend le temps de raconter les événements, de les expliquer, de les placer dans leur contexte, et de les illustrer avec une documentation riche et parfois inédite.

J’ai ainsi eu l’occasion de découvrir ou de redécouvrir une période historique rendue d’autant plus passionnante par un plan qui m’a semblé parfaitement construit :

Dans un premier court chapitre, l’auteur prend le temps de présenter l’état de La France à la mort de Louis XIV, d’un point de vue politique, militaire, financier, social et religieux.

Les deux chapitres suivants commencent le récit historique, avec La Régence de Philippe d’Orléans puis Les années Fleury, du nom du principal conseiller de Louis XV à sa majorité.

Suivent des chapitres qui alternent la progression du récit historique et le traitement de thématiques spécifiques.

Du côté des chapitres classiques poursuivant le récit historique, on trouve :

  • Au Mitan du siècle, avec notamment la défaite française lors de la guerre de Sept ans
  • L’autorité royale en question avec le sacrifice des jésuites et la fronde des parlements et les tentatives réformatrices
  • Des années Turgot au tribunal de l’opinion sur le débat du règne de Louis XVI, les dernières tentatives réformatrices, et ses reculs, avant les événements révolutionnaires de 1789

Concernant les chapitres thématiques :

  • De la gloire de Fontenoy au désamour du Bien-Aimé sur l’évolution de l’image du roi dans l’opinion publique
  • Experts, théoriciens et administrateurs notamment sur la transformation de l’administration et l’émergence de l’économie vue comme une science
  • Sociabilités et Lumières consacré à la vie mondaine mais aussi au grand projet philosophique et scientifique de L’Encyclopédie
  • Le royaume aux 28 millions d’habitants qui dresse un état démographique précis de la France de la deuxième moitié du XVIII° siècle

Le livre s’achève sur une courte conclusion, mais aussi le toujours intéressant Atelier de l’historien détaillant les sources, l’évolution de l’historiographie, les chantiers et les débats sur l’histoire de la période. Les annexes (chronologie, bibliographie, sources des illustrations et documents, index) ferment l’ouvrage.

Contrairement au volume précédent sur l’apogée de la monarchie absolue qui m’avait semblé aride, très pointu et peu accessible aux non-connaisseurs, celui-ci permet à la fois d’apprendre et de comprendre la période à laquelle l’ouvrage est consacré.

J’ai pris un grand plaisir avec ce livre, lisant en détail avec avidité certains chapitres ou parcourant d’autres de façon moins précise, mais sans jamais perdre le fil. J’ai encore plus hâte de lire le prochain volume, consacré à la Révolution, au Consultat et à l’Empire.


La France des Lumières (1715-1789), Pierre-Yves Beaurepaire

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Les Renaissances (1453-1559)

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Le cinquième volume de la collection Histoire de France dirigée par Joël Cornette pour la maison d’édition Belin est consacrée à la Renaissance, ou plutôt Les Renaissances comme l’indique le titre de cet opus.

Ce livre efface la coupure aussi traditionnelle qu’arbitraire entre le Moyen-Âge et l’époque moderne : c’est tout le siècle qui court de 1453 à 1559 qui est placé ici sous le signe « des » Renaissances, d’où la volonté de ne pas le découper en phases distinctes. Avec son dynamisme, sa floraison, sa créativité, c’est finalement la période qui correspond le mieux à l’appellation de « beau XVI° siècle » apparue il y a quelques décennies.

Cependant, si le changement est emblématique de la période et en particulier de ses représentations, de très fortes continuités se font jour. Cette dialectique nourrit le débat, déjà ancien, sur la « modernité » de la Renaissance. Correspond-elle vraiment à l’enfantement d’un monde nouveau ? N’est-ce pas plutôt le point d’aboutissement d’un rapport au monde issu directement des dernières siècles médiévaux ? Ces interrogations permettent de mettre en perspective le passage de cette époque, considérée comme lumineuse, aux ténèbres des guerres de Religion.

Le résumé l’indique parfaitement : l’ambition de Philippe Hamon, l’auteur de ce volume, n’est pas de glorifier l’époque de la Renaissance comme un nouvel Âge d’Or après des siècles de ténèbres médiévales, mais au contraire d’interroger à la fois sur les continuités et les changements entre le Moyen-Âge et cette période ouvrant sur l’époque moderne.

A cet effet, le plan retenu m’a semblé très efficace.

Le premier court chapitre, d’une trentaine de pages, vise à synthétiser la chronologie des principaux événements de l’époque, à travers le récit des règnes de Charles VII, Louis XI, Charles XVIII, Louis XII, François Ier et Henri II. Cela m’a semblé un rappel utile et bienvenu.

Suite à ce préambule chronologique, la plan est en suite thématique, avec 6 parties consacrées à un aspect différent de la période étudie.

La première partie est consacrée à la démographie et à l’économie, avec un synthèse des études sur la population française de l’époque, sur la production agricole et artisanale, et sur le commerce.

La deuxième partie s’intéresse aux questions sociales, avec les structures élémentaires d’encadrement, le monde urbain, les corporations, les notions d’inclusion et d’exclusion, et une réflexion sur la mobilité sociale et « l’ascenseur social ».

Dans la troisième partie, l’auteur s’attarde sur les questions politiques : la figure du roi, le mode d’exercice du pouvoir, la cour, l’accroissement des moyens d’action de la monarchie, et les relations entre le souverain et ses sujets.

La quatrième partie est consacrée aux relations internationales, avec une étude des moyens (armée et diplomatie), les moyens de contrôle des province, les tentatives d’expansion en Italie, et une présentation des alliés et des adversaires du royaume de France en Europe, en particulier l’Angleterre et l’Empire de Charles Quint.

La cinquième partie revient sur la question religieuse, au coeur de laquelle se trouve la Réforme et sa déclinaison française : le calvinisme. L’auteur montre comment le besoin de réforme au sein de l’Eglise catholique a été débordé par une Réforme plus profonde provoquant un schisme au sein de l’Eglise chrétienne d’Occident.

Enfin, la sixième thématique porte sur la culture : le projet humaniste y est défini ; les questions linguistiques et littéraires y sont abordées, avec évidement l’impact de l’invention de l’imprimerie ; d’autres thématiques culturelles sont également étudiées : l’influence italienne dans l’art, la naissance d’un classicisme français, la diffusion de la modernité artistique, et la place de l’art dans la société (artistes, mécènes, etc.)

Après une brève conclusion, le livre s’achève, comme tous les volumes de cette collection, par l’atelier de l’historien et des annexes. L’atelier de l’historien revient cette fois sur quatre sujets : la difficulté liées à l’étude des sources, nombreuses et hétérogènes sur la période ; l’historiographie sur François Ier, sur Rabelais, et sur les Français en Amérique à l’époque de la Renaissance ; des débats sur l’état, l’Homme de la Renaissance et le histoire des femmes et du genre ; et enfin un court chapitre intitulé « Chantiers » dans lequel l’auteur évoque les sujets d’étude et les approches qui mériteraient selon lui d’être poursuivis pour approfondir ou renouveler notre compréhension de la Renaissance.

Après avoir lu les 600 pages environ de ce livre, j’ai l’impression d’avoir une bien meilleure vision de la Renaissance qu’avant, même si certaines subtilités m’ont certainement échappées et que certains sujets m’ont moins intéressé que d’autres. J’y ai tout de même pioché des éléments passionnants et enrichissants, et j’ai surtout trouvé un livre de synthèse passionnant sur la Renaissance, auquel je pourrai me référer ultérieurement si je souhaite approfondir certaines thématiques.

Il me reste désormais à poursuivre ma découverte de cette collection avec le prochain tome, consacré aux passionnantes Guerres de Religion.


Les Renaissances (1453-1559), Philippe Hamon

Note : ★★★★☆