Comics & BD

Nicolas Eymerich Inquisiteur : Le corps et le sang (1&2)

J’avais beaucoup aimé les deux premiers albums de la bande dessinée Nicolas Eymerich, qui formaient une première histoire intitulée La Déesse. J’ai donc naturellement poursuivi avec les deux albums suivants qui forment eux aussi une nouvelle histoire complète : Le corps et le sang.
1358. Castres. Une secte fait régner la terreur. Les « Masc » sont soupçonnés de propager la Mort Rouge, maladie surnaturelle qui pénètre le sang et entraîne une mort rapide. Nicolas Eymerich, l’inquisiteur d’Aragon, doit faire appel à sa force de déduction autant qu’à son intelligence politique pour pénétrer les arcanes de ce mystère. Six siècles plus tard, aux Etats-Unis, le scientifique lycurgus Pinks et ses compagnons du Klu Klux Klan déclenchent sur le territoire de Louisiane une épidémie véhiculée par le sang, ciblant exclusivement la population noire.
Comme dans les deux premiers albums, le récit se déroule à deux époques différentes : la première au XIVè siècle, où l’inquisiteur Nicolas Eymerich enquête sur une secte qui sévit près à Castres ; la seconde dans la deuxième partie du XXè siècle, où un savant proche du Ku Klux Klan veut décimer les populations noires avec une maladie mortelle. Le premier album m’a beaucoup plu : la plongée dans le XIVè siècle de Nicolas Eymerich est très réussie, les dessins sont magnifiques et immersifs. La partie contemporaine m’a peut-être un peu moins plu, mais reste intéressante et prometteuse. Les choses se gâtent un peu avec le deuxième album : si les dessins restent de très grande qualité, l’intrigue au XIVè siècle m’a semblé un peu confuse, tandis que celle à notre époque m’a carrément laissé indifférent. Le lien entre les deux récits apparait rapidement mais ne m’a pas passionné plus que cela. Dans l’ensemble, ce deuxième récit Le corps et le sang m’a plu mais la fin m’a un peu déçu et surtout l’ensemble m’a semblé moins réussi que le premier récit La déesse. 41cEnM0J8YL
Nicolas Eymerich Inquisiteur : Le corps et le sang (1&2), Jorge Zentner (scénario) et David Sala (illustrations) Note : ★★★☆☆
Comics & BD

Nicolas Eymerich Inquisiteur : La Déesse (1&2)

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Nicolas Eymerich Inquisiteur est une série de BD adaptée des romans de Valerio Evangelisti. La bande dessinée est signée Jorge Zentner au scénario et David Sala au dessin. Les deux premiers albums forment une première histoire : La déesse.

En 1352, à peine nommé inquisiteur général du royaume d’Aragon, le père Nicolas Eymerich doit faire face à des phénomènes inimaginables : apparaitions dans le ciel, naissance d’enfants si monstrueux qu’il faut en dissimuler l’existence… Armé de sa foi et de son intelligence exceptionnelle, l’homme de Dieu se lance dans une enquête complexe, obscure, dangereuse. Une enquête dont les tupéfiantes ramifications s’étendent bien au-delà de sa propre époque… et de la nôtre.

Le récit nous présente deux arcs narratifs sur deux lignes temporelles parallèles : un premier en 1352 avec l’enquête de l’inquisiteur Nicolas Eymerich sur des phénomènes étranges qui agitent le royaume d’Aragon ; le second en 2194 avec un voyage spatial assez particulier.

J’ai bien aimé ce double récit, même s’il est complexe et que je ne suis pas certain d’avoir tout compris à l’issue des deux albums. Le lien entre les deux récits n’est pas évident à saisir, mais l’ensemble fonctionne bien. Peut-être reste-t-il une part de mystère volontairement laissée par l’auteur, et ce n’est pas forcément un mal.

Les dessins sont magnifiques, que ce soit ceux montrant l’Espagne du XIVè siècle ou ceux décrivant le voyage spatial. Ce sont deux ambiances très différentes mais avec un style commun qui permet de lier habilement deux récits qui ne semblent avoir aucun rapport au premier abord.

J’ai bien aimé ces deux premiers albums de la série, ils forment un récit passionnant et intelligemment écrit. Je vais sans doute lire très prochainement les deux prochains albums, qui forment eux aussi un nouveau récit intitulé Le corps et le sang.

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Nicolas Eymerich Inquisiteur : La Déesse (1&2), Jorge Zentner (scénario) et David Sala (illustrations)

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Le cheval blême – Journal d’un terroriste

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J’avais découvert ce livre en lisant la bande dessinée en deux volumes Mort au Tsar (1. Le Gouverneur et 2. Le Terroriste), ce roman étant en effet cité parmi les sources de l’auteur de la BD. J’avais beaucoup apprécié ce récit de l’attentat perpétré par un groupe de cinq révolutionnaires et qui avait coûté la vie au Gouverneur Général de Moscou en 1905. Les deux albums étaient centrés l’un sur le personnage de la victime, l’autre sur celle du bourreau, le cerveau des terroristes.

Dans la « vraie vie », ce cerveau était Boris Savinkov, qui livra en 1908 un récit en grande partie autobiographique d’un attentat terroriste contre le gouverneur général de Moscou :

Sous la forme d’un journal intime, Le Cheval blême rapporte la confession d’un chef révolutionnaire russe, un homme sans foi ni loi, qui prépare un attentat contre le gouverneur général de Moscou. Combat politique, interrogations mystiques, scrupules et doutes, mais aussi amour et sexe lient les cinq membres du commando, dont un seul réchappera à la mort.

Publié en 1908, ce roman empreint d’un profond désarroi moral et largement autobiographique – Boris Savinkov fut le cerveau de l’assassinat du grand-duc Serge en 1905 -, interroge la justification éthique de l’acte terroriste sur fond de commandement biblique (« Tu ne tueras point »).

Dans la lignée de Dostoïevski, cette uvre à la fois cynique et saisissante est, aujourd’hui encore, d’une prodigieuse modernité.

Je le redis, ce récit est évidemment en grande partie autobiographique, même si l’auteur a pris la peine de se créer pour les besoins de la fiction un alter-ego nommé George. Celui-ci est un chef terroriste désabusé, à la tête d’un groupe qui rassemble autour de lui quatre révolutionnaires très différents : Erna, la chimiste amoureuse de son chef ; Vania, le mystique ; Heinrich, l’étudiant dépassé ; Fiodor, le révolutionnaire convaincu.

Le roman se présente sous la forme d’un journal tenu par le chef des terroristes. Il nous raconte trois tentatives d’attentat contre le gouverneur général de Moscou, jusqu’à celle qui sera un « succès », tout en partageant avec nous ses pensées et ses discussions avec ses camarades. Plus que le récit de l’attentat, c’est en effet tout ce qui l’entoure qui m’a semblé intéressant.

Je pense notamment les discussions entre George et Vania, qui est à la fois révolutionnaire et très croyant et qui cherche dans sa foi la justification de l’acte de donner la mort. Je retiens également les réflexions désabusées du narrateur, qui est d’abord obsédé par sa volonté de tuer le gouverneur général, mais qui ne sait plus vraiment pourquoi il souhaite sa mort.

Au-delà du témoignage historique passionnant, c’est donc un roman très psychologique que nous sommes amenés à lire. Et c’est clairement réussi, tant ce livre pourtant court (à peine 160 pages en poche) est riche.


Le cheval blême – Journal d’un terroriste, Boris Savinkov

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

La France avant la France (481-888)

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Il y a quelques années, les éditions Belin ont entrepris un projet ambitieux : publier une nouvelle collection consacrée à l’Histoire de France. La direction de cette collection avait été confiée à Joël Cornette, un historien reconnu spécialisé en histoire moderne, accompagné de Jean-Louis Biget pour l’histoire médiévale et de Henry Rousso pour l’histoire contemporaine.

L’ambition revendiquée par Joël Cornette et son équipe est très justement résumée dans son introduction générale :

A l’heure de la mondialisation et du multi-culturalisme, à l’heure d’une world history de plus en plus globalisée, qui privilégie les phénomènes transnationaux et des « histoires connectées » rapprochant territoires, peuples et temporalités, proposer une nouvelle version du « roman national » peut surprendre et paraître une entreprise quelque peu étroite, enfermée dans une vision limitée au pré-carré (ou hexagonal) de la nation France.

Il n’en est rien. D’abord, parce que l’histoire ne s’écrit plus aujourd’hui comme il y a un siècle (et même un demi-siècle); Ensuite, parce que cette nouvelle Histoire de France ne se réduit jamais à un discours unique et unitaire, à une clé qui ouvrirait magiquement la grande porte du temps : la démarche commune aux treize volumes qui la composent se veut plurielle, diverse, inventive. Et surtout, ouverte aux débats. Elle ambitionne, en effet, de rendre compte de la variété des « vérités », de la diversité des problématiques, des enjeux, des controverses et des combats dont se nourrit le métier d’historien, pour répondre aux questions et aux interrogations du présent.

Chacun des treize volumes qui composent cette collection a été confié à un (ou deux, voire trois) historien(s), plutôt jeune en général d’après ce que j’ai pu lire ailleurs, et évidemment spécialisé dans la période concernée. Rédigé par Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux, le premier volume s’intitule La France avant la France et porte sur la période allant de 481 à 888, retraçant ainsi le règne des dynasties mérovingienne dans une première partie puis carolingienne dans la seconde partie.

Le choix de faire débuter cette Histoire de France, et donc ce premier volume, en 481 est expliqué au début de l’ouvrage : cette date correspond au début du règne de Clovis et à la naissance du « royaume des Francs ». Cependant, comme le titre de l’ouvrage l’indique, les auteurs prennent bien soin de présenter cette période comme un prélude à l’histoire de la France telle qu’on la connait aujourd’hui, lorsque son unité territoriale sera globalement stabilisée.

Ce volume commence par poser les bases, en rappelant le contexte dans lequel les peuples germaniques, dont les Francs, sont arrivés : la Gaule romaine du Ve siècle est ainsi présentée, ainsi que l’installation des peuples germaniques, les fameux « barbares ». Loin de l’image désormais caduque d’invasions successives de hordes barbares qui viennent bouleverser l’ordre gallo-romain établi, les auteurs montrent comment la rencontre de ces peuples a fait évoluer progressivement la société et marqué le passage de l’Europe occidentale de l’Antiquité tardive vers le Moyen-âge.

L’ouvrage se poursuit avec des chapitres tantôt chronologiques, relatant l’évolution politique et territoriale des royaumes francs, tantôt thématiques, consacrés à l’histoire religieuse, sociale, économique et culturelle de l’époque.

Les deux auteurs nous font ainsi vivre la construction du « royaume des Francs » par Clovis, les divisions en royaumes distincts de Neutrie, d’Austrasie, de Bougogne, d’Aquitaine, au fil des héritages et partages successifs, le déclin des rois mérovingiens au profit des maires du palais, la prise de pouvoir de ceux-ci pour fonder la dynastie carolingienne, la fondation de l’Empire par Charlemagne, l’apogée puis le déclin de l’Empire carolingien pour aboutir à un Royaume « de France » réduit mais plus proche de nos frontières actuelles.

En parallèle, les deux auteurs nous proposent de découvrir la société de ces époques ainsi que son évolution sur les quatre siècles relatés par ce volume : famille, culture, enseignement, commerce, habitat, mariage, sépultures, place et rôle de l’aristocratie, mais aussi et surtout la place de la religion, du christianisme et de l’Eglise dans la société. Avec ces thématiques, l’ouvrage ne se contente pas d’être un catalogue de dates et d’événements, mais nous plonge dans la société de l’époque et nous aide à comprendre les mentalités et les enjeux qui étaient alors importants.

Enfin, l’ouvrage s’achève par un chapitre de près de 75 pages intitulé « L’atelier de l’historien », dont l’objectif ne peut être mieux résumé que par Joël Cornette, toujours dans son introduction générale :

Afin que chaque lecteur puisse, précisément, s’approprier sa propre histoire, les volumes comportent un « atelier de l’historien », qui permet de participer à la construction, à la « fabrique » d’une science humaine en perpétuelle métamorphose, avec le souci constant de la preuve et de ces « faits têtus », qui sont la matière première de l’historien : les sources, dans leur infinie diversité (avec des exemples précis de leur utilisation), les mises en question des problématiques anciennes, les débats, les enjeux, l’histoire de l’histoire … Il s’agit ici de mettre en valeur une histoire qui interroge, qui s’interroge.

C’est une partie que j’ai trouvé passionnante, en particulier le chapitre consacré à la « postérité des Mérovingiens », où l’on peut suivre comme l’image des Mérovingiens a évolué au fil du temps : d’abord largement décriés à l’époque des Carolingiens, qui devaient légitimer leur prise de pouvoir, remis en valeur par les Capétiens pour légitimer la continuité de la royauté malgré le changement de dynastie, à nouveau dévalorisés sous la IIIè République, où le « mythe » des rois fainéants a été enseigné à plusieurs générations d’élèves et où il n’était guère à la mode de se revendiquer de l’héritage des Mérovingiens (et des Carolingiens), dont se réclamaient également nos voisins et ennemis allemands.

J’ai mis une dizaine de jours à lire ce premier volume de l’Histoire de France, car il est riche, mais j’ai été passionné du début à la fin. Cet ouvrage cumule plusieurs qualités : il est facilement accessible, avec une présentation claire, un texte limpide et précis, et un soin apporté aux documents présentés, que ce soit les textes, les images, les cartographies ou les généalogies. Il semble qu’une grande partie de ces documents soient rares, parfois inédits, qu’ils aient été publiés pour la première fois dans ce livre ou qu’ils aient été créés pour l’occasion (notamment certaines cartes).

L’autre grande qualité de ce livre, c’est sa volonté de dépoussiérer l’Histoire de France telle qu’on me l’a appris à l’école et au collège, et donc de se débarrasser des vieux mythes tenaces et de s’astreindre à présenter l’Histoire telle qu’on la connait aujourd’hui, en prenant en compte les recherches des dernières décennies voire des dernières années. Les auteurs n’hésitent pas à montrer comment notre connaissance de cette époque a évolué au fil des recherches, comment certains sujets font encore l’objet de débats ou de questionnements, mais aussi comment le contexte historico-politique a pu influencer la façon dont l’histoire des Mérovingiens et des Carolingiens a été relatée, analysée, et enseignée au fil du temps. C’est particulièrement vrai dans la partie intitulée « L’atelier de l’historien », mais le sujet est également évoqué tout au long du texte.

Ainsi, les deux auteurs nous relatent ce que l’on sait de cette époque, mais n’hésitent pas à reconnaître ce que l’on ne sait pas encore, ou que l’on ne saura peut-être jamais. C’est une vision d’une Histoire vivante, d’une science humaine qui évolue et qui apprend ; cela me parle beaucoup.

Autant vous dire que je vais m’empresser de commencer le deuxième volume de cette collection, intitulé Féodalités (888-1180).


La France avant la France (481-888), Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux

Note : ★★★★☆


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Livres & Romans

Arthur et Paul, la déchirure

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J’ai eu la possibilité de lire ce roman grâce à la plateforme de service de presse NetGalley.fr. Ce livre est l’une des nombreuses sorties de la rentrée littéraire, et le résumé m’avait donné envie de le lire :

 » Les deux Français se battaient. On avait l’impression qu’ils voulaient donner à cette joute une forme de grand final et qu’ils cherchaient à mourir ensemble. Rimbaud est rentré chez nous surgissant de la foudre. Verlaine gisait, livide et glacé, le regard au vague, dans un chemin envahi de ronciers. Des liasses manuscrites débordaient de sa besace tels les restes d’un pauvre destin. Il balbutiait des mots dénués de sens. Un voile épais de flocons descendait du ciel et le rideau tombait sur ce désastre sans retour, sur une poésie qui portait en elle un peu d’immortalité. L’histoire de ces poètes semble s’achever ici, comme une oeuvre qui se referme pour se déployer, un jour peut-être, dans la mémoire des hommes.  »

Ce roman a pour toile de fond la guerre de 1870 et la Commune. Rimbaud et Verlaine, ivres d’absinthe et de liberté, vivent leur épopée sulfureuse entre Paris, Bruxelles, Londres, Stuttgart, avec pour principal témoin un pasteur luthérien allemand. D’autres figures croisent leur destin, Hugo, Baudelaire, Marx, Napoléon III, Louise Michel, Henry Dunant et un juge belge viscéralement homophobe. Paul cherche l’apaisement dans l’illumination religieuse, Arthur s’étourdit dans son errance marginale, et l’aventure passionnelle se termine au coeur du Wurtemberg où Rimbaud confie à Verlaine ses derniers poèmes, comme un ultime legs à la littérature.

Même si le roman raconte également leur rencontre et le début de leur liaison tumultueuse, le récit se déroule principalement après l’arrestation de Verlaine qui a tiré sur Rimbaud alors que celui-ci voulait le quitter. Paul Verlaine purge une peine de prison en Belgique tandis qu’Arthur Rimbaud voyage à Londres où il rencontre un pasteur protestant allemand, puis à Stuttgart où ce même pasteur l’a invité.

Si les chapitres consacrés à Verlaine, notamment pendant la longue période de son emprisonnement, m’ont un peu ennuyé, j’ai été nettement plus séduit par ceux consacrés à Rimbaud, notamment grâce à la personnalité du jeune poète épris de liberté mais aussi grâce au pasteur allemand qu’il rencontre à Londres et dont les pensées sont intéressantes, même si je ne les partage pas toutes.

Vous êtes trop jeune pour avoir participé aux combats de 1870, vous ignorez heureusement l’horreur des carnages. Moi qui suis aujourd’hui un homme usé par l’expérience des conflits, je peux vous l’affirmer, nul ne survit à la guerre. Pas même les vainqueurs.

Le style de ce roman est très bon, peut-être parfois trop quand la forme semble l’emporter sur le fond et que l’auteur se perd en longues digressions qui m’ont plutôt perdu. La poésie est évidemment omniprésente dans ce roman consacré à deux grands poètes français, plusieurs extraits de leurs oeuvres respectives sont d’ailleurs citées régulièrement dans le texte.

L’effronté, à peine sorti de l’adolescence, croise mon regard, et je l’esquive. Bien que gêné par son insistance incongrue, je demeure imperturbable. Je ne suis pas homme à laisser paraître la moindre de mes émotions. Mes pensées profondes, mes questionnements, mes rêves ou mes doutes éventuels ne regardent personne. Je tiens à donner l’image d’un être pur et rigoureux chez lequel aucun ferment obscur, aucun sombre dessein ne pourrait se nicher.

Tout n’est pas parfait dans ce roman, le rythme est inégal, mais c’est tout de même une plongée réussie dans l’Europe de la deuxième moitié du XIXème siècle, entre chute du Second Empire, espoirs humanistes et révolution industrielle, le tout saupoudré de poésie.

Il deviendra poète, s’opposera à la bêtise et rendra le monde, pas nécessairement plus beau, mais plus intense.


Arthur et Paul, la déchirure, René Guitton

Note : ★★★☆☆


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Livres & Romans

Where Things Come Back

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Lorsque j’avais terminé en début de semaine Highly Illogical Behavior j’avais déjà envie de découvrir les autres romans de l’écrivain américain John Corey Whaley. Il ne m’a fallu que quelques jours et la lecture d’un roman très différent de Christophe Donner pour accomplir mon souhait. Il s’agit cette fois du premier roman de John Corey Whaley, intitulé Where Things Comme Back au résumé assez intriguant :

In the remarkable, bizarre, and heart-wrenching summer before Cullen Witter’s senior year of high school, he is forced to examine everything he thinks he understands about his small and painfully dull Arkansas town. His cousin overdoses; his town becomes absurdly obsessed with the alleged reappearance of an extinct woodpecker; and most troubling of all, his sensitive, gifted fifteen-year-old brother, Gabriel, suddenly and inexplicably disappears.

Meanwhile, the crisis of faith spawned by a young missionary’s disillusion in Africa prompts a frantic search for meaning that has far-reaching consequences. As distant as the two stories initially seem, they are woven together through masterful plotting and merge in a surprising and harrowing climax.

This extraordinary tale from a rare literary voice finds wonder in the ordinary and illuminates the hope of second chances.

Le roman nous plonge tout d’abord dans une petite ville de l’Arkansas, où l’événement de l’été est la présumée réapparition d’un oiseau dont l’espèce a pourtant disparu depuis plusieurs décennies. Cullen Witter est un adolescent que cet engouement agace, d’autant que son petit frère âgé de quinze ans a disparu depuis peu.

It was easier for me to hate everyone in town than hate myself for being afraid I’d be just like them.

Dans un second arc narratif, l’auteur nous présente un jeune missionnaire chrétien qui est envoyé en Afrique où sa foi et ses convictions vont être mises à mal. J’ai eu du mal à comprendre le lien entre ces deux récits, jusqu’au dernier quart du livre où cela finit enfin par trouver une explication. Entre temps, le récit du jeune missionnaire se perd en détours, passe d’un personnage à un autre sans qu’on comprendre où l’auteur veut en venir. A la fin, tout finit par s’éclaircir mais le chemin pour y parvenir m’a semblé bien tortueux.

My cynicism had been known, from time to time, to get me into accidental trouble. I was especially cynical in groups, perhaps feeling that a witty cut-down about a stranger would earn me the respect and admiration of friends. This rarely worked. You can only act like a jerk so many times before people stop listening to you. Gabriel broke me of this habit one night after I made fun of a couple leaving a movie theater. “You act like you hate everyone. It must be exhausting.” And, having no response, I decided that he was right.

J’ai du mal à me faire un avis définitif sur ce livre qui m’a touché par moments et m’a ennuyé à d’autres moments. C’est un peu embêtant d’alterner le bon et le moins bon en lisant un roman.

Dans le bon, il y a le personnage de Cullen, sa relation avec son meilleur ami Lucas, et surtout celle avec son frère Gabriel, un personnage attachant même si on ne le voit quasiment qu’à travers les souvenirs et l’imagination de son frère aîné.

Dans le moins bon, il y a toute l’histoire autour de l’oiseau présumé disparu, dont j’ai saisi la symbolique mais qui m’a profondément ennuyé, ainsi que le récit secondaire sur le missionnaire et les personnages qui gravitent plus ou moins directement autour de lui, avant que l’explication du lien avec le récit principal ne soit enfin fournie. C’est seulement à ce moment-là que tout prend forme et que le roman devient passionnant pour son épilogue.

Dr. Webb says that losing a sibling is oftentimes much harder for a person than losing any other member of the family. “A sibling represents a person’s past, present, and future,” he says. “Spouses have each other, and even when one eventually dies, they have memories of a time when they existed before that other person and can more readily imagine a life without them. Likewise, parents may have other children to be concerned with—a future to protect for them. To lose a sibling is to lose the one person with whom one shares a lifelong bond that is meant to continue on into the future.”

Pour un premier roman, je dois reconnaître que c’est une réussite. Par contre, je suis content d’avoir lu Highly Illogical Behavior avant celui-ci, car je ne suis pas certain que j’aurais eu envie de suivre cet auteur prometteur uniquement en lisant son premier roman. Il est tout de même rassurant de voir qu’un auteur perfectionne son écriture au fil de ses romans. C’est en tout cas le cas de John Corey Whaley, dont je surveillerai sans doute les prochains romans avec attention.


Where Things Come Back, John Corey Whaley

Note : ★★★☆☆


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Livres & Romans

Hey, Nostradamus !

Hey, Nostradamus ! est un roman de l’auteur canadien Douglas Coupland, également connu pour Génération X et Toutes les familles sont psychotiques que je suis bien tenté de lire également.

Publié en 2003, ce roman est centré sur un massacre fictif dans un lycée canadien, similaire à la fusillade du lycée Columbine en avril 1999. Hasard du calendrier, ce roman a été publié la même semaine que la sortie du film Elephant de Gus Van Sant qui s’inspire lui aussi des mêmes faits.

Le livre est composé de quatre parties de taille inégale :

  • les cinquante premières pages se déroulent en 1988 et donnent la parole à Cheryl, jeune victime de la fusillade qui nous raconte les dernières heures de sa vie
  • la deuxième partie, la plus longue avec plus de cent trente pages s’ouvre en 1999 : onze ans après le massacre qui a coûté la vie de sa petite amie Cheryl et pour lequel il a été injustement mis en cause, Jason tente toujours de faire le deuil
  • dans la troisième partie, trois ans plus tard, Heather nous narre sa rencontre avec Jason et la difficulté de partager la vie d’un homme anéanti
  • enfin, les vingt dernières pages sont relatées par le père de Jason, Reg, un intégriste religieux abandonné par ses proches

Il n’y a pas de surprise dans ce roman. N’y cherchez ni suspense, ni action, ni grandes histoires romantiques, ni mélodrames familiaux. Vous y trouverez par contre le portrait de personnages parfaitement humains et le tableau de sentiments tout autant humains. Des thèmes universels comme la mort, le deuil, l’amour, la religion et la famille y sont abordés avec beaucoup de justesse par le biais des états d’âme des quatre narrateurs successifs.

Individuellement, les personnages ne sont pas vraiment attachants : Cheryl a tout de la lycéenne ennuyante et trop parfaite pour être sympathique, Jason ferait passer Calimero et Droopy pour des modèles d’enthousiasme et de positivisme, Heather est peut-être la moins déplaisante des quatre (quoique … ) et Reg est tout simplement détestable. Pourtant, j’ai suivi leurs vies et leurs réflexions avec beaucoup d’intérêt. Ca m’a parlé, tout bêtement.

C’est un bon roman, indéniablement. De quoi donner envie de découvrir les autres romans de cet auteur. Quand je les aurai achetés et que j’aurai terminé ceux qui attendent déjà sur la pile qui trône sur mon bureau …