Livres & Romans

Disco Sour

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Je ne sais plus exactement comment j’ai entendu parler de ce livre, je pense que ce devait être sur Goodreads, où l’un de mes contacts en a certainement parlé d’une façon ou d’une autre. Je me suis renseigné et j’ai eu envie de lire ce livre. Sa particularité est qu’il a été financé sur le site Unbound, un site de financement participatif pour auteurs de livres. Le principe de ce site, bâti sur le même modèle que Kickstarter et autres sites de crowdfounding, est simple : les auteurs présent leurs idées de livres avant même de l’avoir écrit, et les futurs lecteurs contribuent financièrement pour faire aboutir le projet, en recevant évidemment un exemplaire lorsque le livre est publié. C’est sur ce modèle que Disco Sour a été financé et publié.

En ce qui me concerne, je n’ai pas participé directement au financement du projet, je l’ai découvert une fois qu’il était intégralement financé, mais j’ai acheté mon exemplaire directement sur Unbound pour soutenir la démarche. C’est clairement le résumé qui m’a attiré et m’a donné envie de lire ce roman :

A politician addicted to dating apps embarks on an existential odyssey to save democracy from being swiped away.

In the aftermath of a continental civil-war, nation-states have collapsed, the European Union (TM) holds on, preventing anarchy. Bastian Balthazar Bux is a leading member of The Federation (R), the European network of civil society and local governments.

Bastian has just been unexpectedly dumped through an app, the BreakupShop (TM) service. Heavy hearted, he just wants to drink, get on with work and forget his romantic woes. However, he discovers that Nathan Ziggy Zukowsky is planning to sell Plebiscitum (R), a dating-style app that is meant to replace elections with a simple swipe, at the same conference he is invited to attend in Chile.

Haunted by the ghosts of his recent relationship, he finds himself without his all-important Morph (R) phone, just a few hours before embarking on his trip to try to save democracy. Will he make it to his conference on the other side of the world? Will he stop Zukowsky from selling his app? And will he ever find a way to deal with his breakup?

Le synopsis m’a beaucoup plu, il promettait de se plonger dans un récit d’anticipation autour du thème des liens éventuellement dangereux entre technologie et démocratie. La promesse est en partie remplie : ce thème est véritablement au coeur du roman. Le problème, c’est que cela reste léger, un peu superficiel à mon goût, et que le récit ne m’a pas passionné.

J’ai bien aimé Bastian, le héros politicien bisexuel accro à son téléphone et aux applications de rencontre, qui se remet tout juste d’une rupture difficile, mais ses aventures m’ont un peu ennuyé. Je n’ai pas été captivé par sa course contre la montre pour rejoindre la conférence au cours de laquelle pourrait se jouer l’avenir de la démocratie mondiale. Les enjeux auraient dû être colossaux, mais j’ai trouvé que c’était mal rendu dans le roman, comme si tout cela était anecdotique.

Le roman est néanmoins plaisant à lire, le style est fluide, il y a de l’humour bien placé, et certains réflexions sont intéressantes. J’ai juste été déçu car j’en attendais beaucoup plus.

Man, you are just a cheap idealist full of passion. When it comes to controlling human beings, there is no better instrument than lies. Because, you see, humans live by beliefs. And beliefs can be manipulated. The power to manipulate beliefs is the only thing that counts.


Disco Sour, Giuseppe Porcaro

Note : ★★★☆☆


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Web & Tech

Visions d’un lointain futur

Je suis tombé ce matin sur Twitter sur ces images magnifiques, une vision du futur du dessinateur et graphiste Léon Tucker. C’est une esthétique de science-fiction urbaine à la fois fascinante et inquiétante par certains aspects, et je trouve les dessins absolument sublimes.

Si cela vous intéresse, vous pouvez trouver plus d’informations sur le site Usbek & Rica sur lequel j’ai découvert cet artiste et sa vision.

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Livres & Romans

The Iron Dream

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Je vais tout de suite le dire : The Iron Dream est un drôle de livre, une oeuvre étrange et parfois dérangeante. Il s’agit d’un roman publié en 1972, qui se déroule dans une univers fictif, dans laquelle l’Allemagne est devenue communiste en 1930 et où le Parti national-socialiste est resté confidentiel. Dans cet univers uchronique, Adolf Hitler a émigré aux Etats-Unis où il a eu une carrière d’illustrateur et d’auteur de science-fiction. Il aurait remporté le prix Hugo à titre posthume en 1954 avec son oeuvre majeure, Lord of the Swastika.

C’est ce roman dans le roman qui constitue le coeur du livre. Il s’agit d’un récit post-apocalyptique dans lequel un homme surpuissant et prédestiné prend le pouvoir et unifie sa nation pour purifier l’humanité et détruire les hordes de mutants manipulés par d’ignobles « Dominators » de l’Empire Zind. Evidemment, les similitudes avec la montée en force et l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne puis les politiques raciales du Troisième Reich sont présentes à chaque page, je ne citerai pas ici tous les exemples.

Le roman dans le roman, Lord of the Swastika est long et parfois pénible à lire. Une fois passés les premiers clins d’oeil à la sombre Histoire, on tombe dans une surenchère, certes réaliste, mais dérangeante. La violence gratuite et les thèses antisémites sont omniprésentes, rendant la lecture vraiment difficile, même en comprenant l’intention de l’auteur.

A ce stade, j’étais partagé sur ce « roman ». Puis j’ai lu la post-face, elle aussi fictive, présentée comme une étude du roman Lord of the Swastika, par un universitaire vivant dans le même monde uchronique que celui dans lequel Adolf Hitler a publié ce pseudo-roman. Et là, c’est clairement jouissif de second degré et en même temps très éclairant et instructif sur ce que Norman Spinrad a voulu faire de cette oeuvre. Je vais me contenter de citer deux extraits, qui résument parfaitement le propos de l’auteur et le ton si particulier qu’il utilise pour faire passer son message :

Pour commencer, ce morceau si ironique sur la littérature de science-fiction :

The literature of science fiction abounds with stories of all-powerful phallic supermen, alien creatures rendered as fecal surrogates, penile totems, vaginal castration symbols (such as the monster with the many sucking mouths filled with razor-sharp teeth in Swastika), subliminally homoerotic or even pederastic relationships, and the like. While a few of the better writers in the field make sparing and judicious use of such elements on a conscious level, most of this material bubbles up from the subconscious into the work of writers writing on a purely superficial surface level.

Et les derniers paragraphes, qui résument parfaitement le propos :

No doubt many of Hitler’s readers must find it tempting to imagine what the emergence of a leader like Feric Jaggar could mean to America. Our great industrial resources would be channeled into producing armed forces the equal of anything on earth, our population would be galvanized into a state of patriotic resolve, our moral qualms would be held in abeyance for the duration of our life-or-death struggle with the Greater Soviet Union. Of course, such a man could gain power only in the extravagant fancies of a pathological science fiction novel. For Feric Jaggar is essentially a monster: a narcissistic psychopath with paranoid obsessions. His total self- assurance and certainty is based on a total lack of introspective self-knowledge. In a sense, such a human being would be all surface and no interior. He would be able to manipulate the surface of social reality by projecting his own pathologies upon it, but he would never be able to share in the inner communion of interpersonal relationships. Such a creature could give a nation the iron leadership and sense of certainty to face a mortal crisis, but at what cost? Led by the likes of a Feric Jaggar, we might gain the world at the cost of our souls. No, although the specter of world Communist domination may cause the simpleminded to wish for a leader modeled on the hero of Lord of the Swastika, in an absolute sense we are fortunate that a monster like Feric Jaggar will forever remain confined to the pages of science fantasy, the fever dream of a neurotic science fiction writer named Adolf Hitler.

Une fois cette post-face terminée, je me suis rendu compte que l’objectif de l’auteur était parfaitement atteint, en troublant le lecteur et en l’interrogeant profondément sur l’Histoire mais aussi sur le rapport de la littérature de science-fiction avec certaines noires passions malheureusement humaines.


The Iron Dream, Norman Spinrad

Note : ★★★★☆


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Livres & Romans

Ecotopia

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J’ai beaucoup aimé l’idée de ce roman : un journaliste new-yorkais se rend en Californie pour un reportage à Ecotopia, un Etat indépendant depuis la sécession de l’Ouest des Etats-Unis. Le narrateur arrive sur place avec tous ses préjugés et ses aprioris sur le pays et le peuple qu’il va découvrir, et le récit est exactement cela : une découverte d’un mode de vie différent de celui dont le narrateur et nous-même avons l’habitude.

Les habitants d’Ecotopia ont un crédo : construire une société la plus auto-suffisante possible et durable, dans le sens où elle ne doit pas prendre plus à la nature qu’elle n’est capable de lui rendre. La rupture avec notre mode de vie ne s’arrête pas à cet aspect écologique, puisque la vie en société est également marquée par une vision à long-terme : les décisions sont prises en fonction du « coût social » de leurs impacts. Clairement, Ecotopia se trouve dans la mouvance de la décroissance, avec une vision consistant à limiter l’impact humain sur son environnement et à vivre en harmonie avec la nature, même si cela passe par de la décroissance économique et démographique.

Le style du livre est parfois rébarbatif, quand les articles du journaliste ressemblent plus à des cours d’économie ou de sociologie qu’à un roman. Ceci est toutefois contrebalancé par les entrées plus personnelles du narrateur dans son journal intime.

Je pense que lire ce roman aujourd’hui, à une époque où les enjeux environnements sont compris – à défaut d’être réellement pris en compte – est très différent par rapport à l’époque de la publication de ce roman, en plein coeur des années 1970, après les grandes années hippies et au début des grandes crises pétrolières. J’ai globalement bien aimé ce roman, malgré son style parfois ennuyant.

 


Ecotopia, Ernest Callenbach

Note : ★★★☆☆


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Livres & Romans

Du sel sous les paupières

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Par son résumé en quatrième de couverture, ce roman semblait tout avoir pour me plaire, et comme je suis un incorrigible pessimiste, j’avais donc très peur d’être déçu.

Ce roman est difficile à classer, il navigue tour à tour entre le roman historique, l’uchronie, le steampunk et la fantasy. C’est un mélange qui pourrait être dangereux qui pourrait ne pas fonctionner, mais dans le cas présent c’est une véritable réussite à mes yeux. J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures extraordinaires des différents personnages, que ce soit en Irlande, à Saint-Malo ou à Guernesey, tout cela au début des années 1920, après la fin d’une Grande Guerre qui pour des raisons inexpliquées a duré quelques années de plus que dans notre histoire réelle. Il y a ainsi quelques différences entre le passé imaginé dans ce roman et celui qui s’est réellement déroulé, tout n’est pas forcément expliqué mais cela fonctionne bien et cela donne un cadre à la fois connu et atypique au récit.

J’ai particulièrement apprécié de découvrir cette magnifique cité de Saint-Malo recouverte par une étrange brume de guerre ; c’est une ville que j’ai déjà visité à plusieurs reprises et que j’aime beaucoup, ce fut un vrai plaisir de la découvrir légèrement différente dans ce roman passionnant.

 


Du sel sous les paupières, Thomas Day

Note : ★★★★☆


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Livres & Romans

The Left Hand of Darkness

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Je dois d’abord le reconnaître : c’est l’annonce récente du décès d’Ursula K. Le Guin qui m’a poussé à lire ce roman qui trainait dans ma liste de livres à lire depuis un long moment. On va dire que c’était la « bonne » occasion pour le faire.

J’ai bien aimé ce roman de science-fiction, malgré quelques longueurs dans le récit. L’idée de départ, une planète dont les habitants sont asexués la plupart du temps, hormis quelques jours par mois où une phase de poussée hormonale leur assigne de façon aléatoire le sexe masculin ou féminin, m’a beaucoup plu. Le prétexte pour la découverte de cette civilisation unisexe est l’arrivée sur la planète d’un éclaireur-ambassadeur venu proposer aux habitants de rejoindre la fédération galactique à laquelle il appartient. Nous découvrons ainsi les particularités de ce monde et de ses habitants à travers le regard d’un terrien du futur, finalement assez proche de nous.

Ce roman permet de réfléchir sur l’importance du sexe dans notre mode de vie, sur la question du genre, et sur la place respective des hommes et des femmes dans notre société. Au-delà de ces questions déjà passionnantes, il interroge sur la nation de patrie, sur la différence et sur la rencontre de « l’Autre ». C’est finalement cela, l’essence même de la science-fiction.


The Left Hand of Darkness, Ursula LeGuin

Note : ★★★★☆


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Cinéma, TV & DVD

Person of Interest (saison 1)

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Person of Interest est une série TV qui a été diffusée sur la chaîne américaine CBC entre 2011 et 2016. Je viens de terminer la première des cinq saisons et j’avais envie de vous en parler ici.

L’accroche de la série est parfaitement résumée dans le générique de chaque épisode :

You are being watched. The government has a secret system: a machine that spies on you every hour of every day. I know because I built it. I designed the Machine to detect acts of terror, but it sees everything. Violent crimes involving ordinary people, people like you. Crimes the government considered irrelevant. They wouldn’t act, so I decided I would. But I needed a partner, someone with the skills to intervene. Hunted by the authorities, we work in secret. You’ll never find us, but victim or perpetrator, if your number’s up, we’ll find you.

Ou en VF :

On vous surveille. Le gouvernement possède un dispositif secret, une machine. Elle vous espionne jour et nuit, sans relâche. Je le sais, parce que c’est moi qui l’ai créée. Je l’avais conçue pour prévenir des actes de terrorisme, mais la Machine voit tout, tous les crimes impliquant des citoyens ordinaires, tels que vous. Des crimes dont le gouvernement se désintéresse. Alors, j’ai décidé d’agir à sa place, mais il me fallait un associé, quelqu’un capable d’intervenir sur le terrain. Traqués par les autorités, nous travaillons dans l’ombre. Jamais vous ne nous trouverez, mais victime ou criminel, si votre numéro apparaît, nous, nous vous trouverons.

L’individu qui parle dans cette accroche est Harold Finch, un milliardaire brillant et excentrique qui a conçu la fameuse « Machine » qui surveille la population dans le but de détecter les futurs actes criminels et terroristes. Lorsque le gouvernement décide d’utiliser uniquement cette mécanique pour traquer les terroristes et ignore les victimes de crimes « ordinaires », Harold Finch décide d’agir et engage John Reese, un ex-agent paramilitaire de la CIA présumé mort incarné, pour empêcher les crimes ignorés par le gouvernement.

Le début de la série est très classique et décevant, avec son format d’une enquête par épisode. Certaines affaires sont plus intéressantes que d’autres, il y a du suspense dans des épisodes, quelques surprises, même si à force on finit par s’attendre aux fausses pistes. Il y a aussi un peu d’humour bienvenu dans une série au ton souvent sombre et pessimiste. Sur la première partie de la saison, l’enchainement d’histoires indépendantes les unes des autres reste banal, les épisodes vont du moyen au bon, l’ensemble manque de liant et de passion.

Heureusement, la suite de la saison est meilleure, on retrouve à plusieurs reprises les mêmes thématiques et un fil conducteur commence à apparaître. Ce qui commence comme une banale série d’enquête basée sur un prétexte technologique devient alors une très bonne série d’anticipation, avec une réflexion intelligente sur la surveillance généralisée voulue par nos gouvernements sur fond de menaces terroristes. Si les prochaines saisons restent sur la lancée de la deuxième partie de cette première saison, je pense que je vais me régaler avec cette série.


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