Livres & Romans

Le joueur et son ombre

Le joueur et son ombre est un roman de Brice Matthieussent, à paraître le 15 août prochain chez Phébus. J’ai eu l’opportunité de la découvrir en avant-première grâce à la plateforme de service de presse NetGalley.fr, où le résumé m’avait donné envie de lire ce roman :

« J’ai perdu à la loyale, sans avoir recours au moindre stratagème douteux ni à la moindre tricherie. Après le dernier point du second set, une ivresse sans précédent m’a submergé, plus grisante que celle de mes nuits ; j’ai lâché ma raquette, je me suis laissé tomber à genoux, pris la tête entre les mains sans arriver à y croire, puis j’ai embrassé les fissures de ce court bosselé où, en perdant mon dernier match, je venais de gagner un avenir radieux. J’avais les larmes aux yeux quand je me suis relevé pour rejoindre le Nippon décontenancé près du filet. Il a dû attribuer mes pleurs à la déception, à l’humiliation. Mais en même temps que les larmes ruisselaient sur mes joues, j’arborais un sourire éclatant. J’étais aux anges. »

En suivant un joueur de tennis prodige, Brice Matthieussent nous offre un roman sur nos pulsions et notre désir de chute.

L’auteur nous propose de suivre Chris, un jeune joueur de tennis promis à un brillant avenir après des succès éclatants sur les tournois Junior. Entrainé par son père avec lequel il a une relation difficile, le jeune prodige va progressivement perdre le fil de sa carrière, enchainant les coups d’éclat, les défaites pénibles, et les frasques sur et en dehors des courts.

Le roman est plutôt court, seulement 185 pages, mais j’ai quand même trouvé que le rythme était lent au milieu du livre. Il y a des passages qui permettent de rester éveillé mais l’ensemble n’est guère passionnant. J’ai trouvé que l’auteur se perdait trop souvent dans des considérations philosophiques ou mystiques qui ont sans doute du sens dans son récit mais qui m’ont plus ennuyé qu’autre chose.

Le style est plutôt bon, et si je mets de côté les passages ennuyants dont je viens de parler, c’est un livre qui se lit aisément. Je m’attendais tout de même à quelque chose de plus captivant. A la fin, j’ai l’impression d’avoir suivi les mésaventures plus ou moins intéressantes d’un personnage auquel je ne suis pas parvenu à m’attacher. C’est donc une petite déception que ce roman qui m’avait attiré par son thème prometteur. Tel un prodige du tennis qui ne réalise pas les promesses placées en lui …


Le joueur et son ombre, Brice Matthieussent

Note : ★★☆☆☆

Comics & BD

Heartstopper (volume 1)

Heartstopper est d’abord un webcomic, une série de comics, publié sur Internet depuis 2016 et que l’on doit à la britannique Alice Oseman. Un premier volume a été compilé à partir des premiers chapitres, ce qui donne tout de même un album de près de 300 pages, publié début février 2019.

Boy meets boy. Boys become friends. Boys fall in love. An LGBTQ+ graphic novel about life, love, and everything that happens in between – for fans of The Art of Being Normal, Holly Bourne and Love, Simon.

Charlie and Nick are at the same school, but they’ve never met … until one day when they’re made to sit together. They quickly become friends, and soon Charlie is falling hard for Nick, even though he doesn’t think he has a chance. 

But love works in surprising ways, and Nick is more interested in Charlie than either of them realised.

Heartstopper is about love, friendship, loyalty and mental illness. It encompasses all the small stories of Nick and Charlie’s lives that together make up something larger, which speaks to all of us. 

‘The queer graphic novel we wished we had at high school.’ Gay Times

This is the first volume of Heartstopper, with more to come.


On est un peu, voire beaucoup, dans le même esprit que pour Bloom que j’ai lu juste avant et dont je parlais justement hier : le récit est centré sur la rencontre et la relation naissante – amicale ou amoureuse – entre deux garçons adolescents (anglais ici, alors que l’action se déroulait aux Etats-Unis dans Bloom)

La construction est classique, notamment sur la définition des deux personnages principaux : Charlie est un garçon plutôt timide, peu intéressé par le sport, connu comme gay et qui est d’ailleurs embarqué dans une relation secrète avec un de ses camarades ; Nick est un sportif populaire qui traine avec un groupe d’amis qui a plutôt tendance à se moquer de Charlie.

Derrière ces stéréotypes et ce point de départ classique, on trouve tout de même un récit sympathique servi par des dessins simples mais efficaces et surtout totalement en phase avec le ton du récit. J’ai souri plusieurs fois en lisant cette jolie histoire d’amitié et peut-être d’amour. Les sentiments naissants de Charlie pour Nick sont craquants, et le trouble ressenti par Nick qui s’interroge sur sa sexualité est décrit avec beaucoup de justesse.

J’ai passé un très bon moment de lecture avec cet album vraiment sympathique. Je n’ai pas été surpris par le récit, mais ça m’a bien plu et c’est bien l’essentiel. Le deuxième volume est annoncé pour le mois de juillet et je dois dire que je suis plutôt impatient de découvrir la suite des aventures de Charlie et Nick, d’autant que le premier s’achève sur un cliffhanger qui appelle forcément une suite.


Heartstopper (volume 1), Alice Oseman

Note : ★★★★☆

Comics & BD

Fence (volumes 1 & 2)

Fence est une série de comics scénarisée par C.S. Pacat et illustrée par Johannna The Mad. Elle se déroule dans l’univers de l’escrime, un sport que j’ai rarement vu que ce soit dans les bandes dessinées ou dans les dessins animés inspirés de mangas. Elle met en scène des adolescents américains qui veulent tous intégrer l’équipe d’escrime de leur lycée.

Le premier album regroupe les quatre premières numéros du comics. C’est un album avec une inspiration manga pour le « character design » et globalement dans le style du dessin : c’est un cocktail d’ingrédients qui pouvait me plaire.

Eh bien je dois dire que je n’ai pas été déçu ! Cet album d’un peu plus de cent pages m’a énormément plu : c’est fun, joliment illustré, un peu voire clairement gay par moment.

Les personnages sont sans doute stéréotypés, mais ils sont plutôt sympathiques et on a envie de découvrir leurs aventures sportives, et peut-être sentimentales même si ce n’est qu’effleuré pour le moment. Parmi les protagonistes, les deux principaux sont clairement Nicholas, le fils illégitime d’un champion olympique d’escrime, au fort potentiel mais à la technique défaillante, qui cherche sa place dans ce lycée de futurs champions ; et Seiji, l’un des grands espoirs dans sa classe d’âge, une pépite quasi-invaincue lors de son arrivée au lycée, mais dont la modestie ne semble pas être le point le plus fort.

Le récit n’est pas forcément très surprenant pour le moment, mais c’est plaisant à lire et à regarder, c’est très efficace et j’ai bien aimé les quelques cases pédagogiques sur l’escrime.

Le deuxième album regroupe les numéros 5 à 8 des comics. Il reprend le récit où il s’était arrêté à la fin du premier album : les sélections pour l’équipe d’escrime du lycée battent leur plein et des favoris commencent à se distinguer.

Seiji commence à impressionner sérieusement ses camarades, qui n’apprécient pourtant pas son arrogance et son côté solitaire. Quant à Nicholas, il continue à se battre pour prouver sa valeur et se montrer digne d’intégrer l’équipe. Des personnages secondaires du premier album gagnent également en épaisseur dans ce deuxième album, comme Aiden, le play-boy dont la nonchalance cache un réel talent d’escrimeur, ou Harvard, le capitaine historique de l’équipe, désormais menacé par le talent de Seiji.

Le récit ne présent presque aucune surprise, il semble cousu de fil blanc, mais c’est tout de même plaisant à suivre. Il y a toujours des allusions plus ou moins appuyées à l’homosexualité de certains personnages, ou en tout cas un sous-texte plus ou moins évident. Quant aux dessins, ils sont toujours aussi réussis, dans un style mi-comics mi-manga que j’apprécie particulièrement.

J’ai dévoré les deux albums en trois jours et je dois maintenant attendre le mois de juillet, me semble-t-il, pour la parution du troisième tome qui compilera les quatre numéros suivants de la série. J’ai hâte !


Fence (volumes 1 @ 2), C.S. Pacat (scénario) & Johanna The Mad (dessin)

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Paris dans les veines

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Je suis supporter du PSG depuis que je suis adolescent, depuis que j’ai commencé à m’intéresser au football. Avant même de quitter ma Champagne natale pour vivre 15 ans à Paris, j’aimais cette ville et son club. Je n’ai pas toujours été un supporter acharné, je me suis parfois détaché du club et du football en général, mais il a toujours eu une place particulière dans mon coeur.

Récemment encore, la catastrophique Remontada barcelonaise en 2017 et la piteuse élimination contre le Real Madrid en 2018 m’avaient poussé à penser que « ce n’est que du foot, il y a plus important dans la vie ». Et pourtant, les jours de grand match, la passion revient toujours. Mercredi dernier par exemple, le PSG recevait Liverpool pour un match décisif pour son avenir en Ligue des Champions : une victoire permettait de continuer à espérer, tout autre résultat aurait été catastrophique. Pendant la journée précédent le match, j’étais plutôt détaché. Et pourtant le soir-même, en écoutant le match à la radio, j’étais à nouveau tout fou sur les deux buts parisiens, frustré lors du penalty concédé par Paris et transformé par Liverpool, stressé comme jamais quand il a fallu tenir le score tout au long de la second période, et enfin soulagé et fier quand le coup de sifflet final a retenti.

Vous allez me dire que ma vie de supporter est très intéressante, mais que ce n’est pas forcément le sujet de cet article. Ce n’est pas totalement faux, je vous le concède ! Toutefois, cela s’en approche car le livre dont je vais vous parler est signé Damien Dole, supporter du PSG et par ailleurs journaliste sportif à Libération. Dans Paris dans les veines, 365 jours dans la peau d’un supporter du PSG, il nous propose de suivre ses réflexions de supporter pendant une année complète. Tout a commencé en fait pendant l’été 2017, quand la rumeur Neymar au PSG a commencé à enfler, et que Libération a proposé à Damien Dole de tenir une chronique quotidienne sur cette rumeur, dans la peau d’un supporter. Il a ensuite prolongé l’exercice toute l’année, pour nous proposer ce livre.

Dans ce livre, chaque entrée est un jour de l’année qui ouvre sur une histoire, qui tire un fil –une anecdote, un but, un joueur, une rencontre, une sensation. Et chaque phrase instruit l’idée qu’un supporter de club ne vit pas de la même manière que les autres. Une vie qui n’est pas meilleure ou pire, juste différente. La condescendance de ceux pour qui « ce n’est que du foot » n’y changera rien, car l’irrationalité des actes et des émotions est assumée.

Tout commence donc avec cet été fou qui a vu Paris « se payer » deux immenses stars du ballon rond : le génie brésilien Neymar et la pépite française Mbappé. La folie est lancée mi-juillet avec un tweet de Marcelo Bechler, un journaliste brésilien qui annonce que Neymar a choisi de quitter le Barca pour devenir le star incontestée du PSG. Je pense que tous les supporters parisiens se souviendront de cet été passé à guetter toutes les rumeurs, sur les sites d’information, sur les forums, et les comptes Twitter, avec les recherches sauvegardées sur « Neymar » actualisées toutes les cinq minutes pour voir si une nouvelle information ou rumeur est tombée. Damien Dole décrit parfaitement cette période.

On a vécu dix-neuf journées comme jamais avec le Paris SG. On a connu la joie de la Coupe d’Europe en 1996, la déception au même niveau de compétition l’année suivante, on a vécu les énièmes crises de novembre, la joie du 6-1 (un score qui suit le Paris SG depuis 1997) contre Montpellier avec un festival de Bošković, on se souvient de la banderole sur les Ch’tis qu’on a vue se déployer dans un anneau du Stade de France à quelques mètres au-dessus de nos têtes, puis le déferlement médiatique. On a vécu les soirées gelées dans le virage Auteuil ou en tribune G pour des matchs pourris joués par des mecs qui semblaient s’en foutre de porter les couleurs rouge et bleu, de nous voir là, prêts à les aduler, on a vécu le grand huit contre les Marseillais et la finale de la Coupe de France gagnée contre eux, qui nous ont donné un totem contre les vannes de nos amis supportant le club rival. On se rappelle les soirées tragiques et les morts lors des matchs contre l’Hapoël Tel-Aviv ou l’OM, on se souvient de Couly, on se souvient de Momo. On a vu la fin des ultras, donc d’une partie de notre vie et, dans l’ère suivante, on a vécu le premier titre à la télé, puis sur les Champs avec un bordel comme seule l’Ile-de-France sait en déployer. Tout ça, c’est ce qui a construit notre relation fusionnelle et passionnelle avec Paris, incompréhensible pour ceux qui ne sont fans d’aucun club et qui méprisent le football, voire le sport. Mais ce qui s’est passé depuis le 18 juillet et le tweet du journaliste brésilien Marcelo Bechler, non, jamais on ne l’avait vécu.

La suite est de la même veine : sous les yeux d’un supporter auquel il m’a été aisé de m’identifier, c’est toute la saison du PSG qui se déroule avec ses temps forts (le titre de champion de France acquis par une victoire de prestige 7-1 face au dauphin Monaco) et ses déceptions (le double échec contre le Real Madrid en Ligue des Champions). Je ne suis pas forcément d’accord avec toutes les prises de position de Damien Dole, mais j’ai quand même retrouvé pas mal de réflexions que je m’étais faites pendant l’année. Et puis un auteur qui adore Thiago Silva autant que moi ne peut être qu’un homme de qualité :

Pour Silva, donc, c’était une autre sensation. Celle de voir une bague de mariage s’insérer à notre doigt. La réunion de deux êtres, nous et lui, nous en admiration, lui en démonstration. Il n’a pas tardé à montrer que l’amour était justifié. Du coup, on supporte mal les critiques à son égard. On en a voulu à Dunga, le sélectionneur brésilien qui l’a rejeté, aux personnes, fans du PSG parfois, qui ont critiqué ses pleurs et son émotivité. On le sait irréprochable sur le terrain, tant pis pour le reste. « Certains capitaines sont aimés. D’autres sont respectés. Thiago, ce n’est ni l’un ni l’autre. » Par ses mots, un ancien joueur du PSG, sous couvert d’anonymat, nous fend le cœur. Une nouvelle attaque contre notre modèle, à quelques jours du choc de la saison. On est énervé et triste. On se sent attaqué dans notre chair, comme si c’était notre amour pour lui et ses gestes qui étaient tournés en ridicule. L’amour ne rend pas aveugle : il éclaire et montre ce que les autres ne voient pas.

Sans oublier cette jolie pique à Canal Plus, alors à la fois propriétaire du PSG et diffuseur de la Division 1, qui avait refusé le titre de champion de France 1993 duquel l’OM avait été déchu, pour ne pas se fâcher avec les abonnés sudistes :

Le « Campus PSG », nom donné au futur lieu, doit voir le jour en 2020, une fois les fouilles archéologiques préventives réalisées. Peut-être qu’on y retrouvera le titre de champion de France de 1993 jamais attribué.

Le livre est passionnant, surtout au début. La dernière partie, une fois passée l’élimination en Ligue des Champions face au Real, est moins prenante. Tout un symbole de la saison 2017-2018 du PSG, qui est passé des espoirs fous du mercato à un nouvel échec sur la scène continentale. Qu’importe :

Le plaisir est immense, la saison a repris, ou plutôt il n’y a plus que le foot qui compte. La substance rouge et bleu coule de nouveau dans nos veines, comme depuis notre naissance. Et coulera ainsi pour l’éternité.


Paris dans les veines, Damien Dole

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Futbol – Le ballon rond de Staline à Poutine

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Alors que la Coupe du Monde de football 2018 vient de commencer en Russie, j’ai lu ce livre repéré sur NetGalley.fr et reçu en service de presse. Le thème m’a tout de suite intéressé :

Trop grande, trop froide, trop isolée, la Russie n’était pas faite pour le football. Et pourtant, dès qu’il a rebondi sur la terre russe, le ballon rond a fait mieux que s’acclimater. Il est devenu l’objet d’une fièvre populaire que le Kremlin, de Staline à Poutine, cherche à instrumentaliser.

Beria était le patron du KGB, mais aussi le parrain des équipes du Dynamo de Moscou et Tbilissi, faisant de ces clubs les instruments d’une lutte sans merci contre  » l’équipe du peuple « , celle du Spartak Moscou. Pendant des décennies, deux clans se sont affrontés et tous les coups étaient permis, jusqu’à la déportation au Goulag des meilleurs joueurs de l’équipe adverse.

En Russie, le football est un sport de combat politique : dès les premières rencontres à Saint-Pétersbourg qui avaient de furieux airs de lutte des classes ; lors du  » match de la mort  » du 9 août 1942, opposant Ukrainiens du FC Start et nazis de la Luftwaffe ; dans la façon dont le régime mit en scène ses vedettes comme Lev Yachine ; avec le football  » scientifique  » qui conquit le monde pendant la guerre froide ; dans le rapport qu’entretiennent les oligarques avec ce sport, et jusqu’à l’organisation éminemment politique du Mondial 2018.

Fourmillant d’anecdotes mettant en scène grands leaders et champions soviétiques, ce livre raconte davantage qu’un siècle de football : il décrypte le pouvoir russe à travers le prisme du ballon rond.

Cela commence, dès l’introduction, par un très beau passage sur l’histoire du football en Russie et en URSS :

Ce livre raconte une histoire de l’URSS et de la Russie à travers le football. Une histoire terrible et grandiose vue depuis les tribunes, où le peuple en supportant tel club plutôt qu’un autre trouvait le moyen de s’exprimer. Comme l’a dit le génial compositeur Dimitri Chostakovitch, fan absolu de foot : « Le stade de football, c’est le seul endroit en Union Soviétique où on pouvait être non seulement pour, mais aussi CONTRE ! »

La suite du livre est à la hauteur de cette introduction et de mes espoirs. Des dernières années de la Russie tsariste à l’ère de Poutine en passant par la Révolution bolchévique,  la lutte contre l’Allemagne nazie et la longue période soviétique, c’est un récit captivant dans l’Histoire du football russe et soviétique. A travers ce récit historique et sportif, c’est aussi une plongée enrichissante dans ce pays et dans le quotidien souvent difficile de ses habitants.

J’ai clairement appris beaucoup de choses sur la Russie, sur son football, ses clubs, mais aussi sur sa politique et sur les pays qui composaient l’URSS. J’ai notamment découvert avec stupeur cette anecdote, quoique le mot soit mal choisi, des joueurs du Dynamo Kiev qui n’apprennent l’incident nucléaire de Tchernobyl que quelques semaines après l’explosion du réacteur, lors d’un déplacement à Lyon pour la finale de la Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe. Le commentateur russe décidera alors de révéler l’accident aux téléspectateurs russes, poussant ainsi les autorités soviétiques à amplifier l’évacuation de la population à proximité de la centrale.

Le livre est rempli d’anecdotes de ce style, qui montrent bien les liens forts entre football et politique, entre sport et Histoire. Il n’est donc pas étonnant que ce livre m’ait passionné, quand on connait ma passion à la fois pour l’Histoire d’une part et pour le sport d’autre part.

Je finis avec quelques passages du livre qui m’ont marqué.

Sur la nationalisme réprimé en URSS mais exprimé à travers le football :

« J’adorais le foot bien sûr. Mais à vrai dire, c’est surtout le Dynamo que j’adorais. Et la Géorgie à travers lui. Le soutenir, pour nous, c’était secrètement se rebeller contre les bolcheviques. C’était d’abord être Géorgien. Et comme on ne pouvait pas l’exprimer ouvertement, cela aurait été le Goulag assuré, on le disait en soutenant notre Dynamo, l’air de rien. Soutenir notre équipe adorée, ça, on avait le droit de le faire.

Sur le rôle du sport comme instrument de « soft power » par les dirigeants russes et soviétiques :

Depuis son arrivée au pouvoir en août 1999, Poutine s’est politiquement construit sur une seule idée : restaurer la grandeur de la Russie, la remettre au centre de la scène internationale, pour mieux épater son propre peuple notamment. « Je suis un esclave, mais mon Tsar gouverne le monde », ironisait le poète Mikhaïl Lermontov au XIX° siècle.

Mais, comme pour Staline à ses débuts, Poutine a conscience que son pays est une « puissance pauvre » et pour compenser les faiblesses structurelles du pays, les « Tsars » russes et soviétiques ont recours aux symboles, à l’image et aux rodomontades. Voilà pourquoi le sport est si important pour eux. Les fondamentaux restent, alors l’histoire se répète.

Et cette conclusion, que j’ai beaucoup aimée :

Cette histoire est celle d’un sport que les hommes qui régnaient et qui règnent aujourd’hui au Kremlin ont rarement aimé mais dont ils ont compris qu’on pouvait l’exploiter pour magnifier l’image du pays. Un pays fasciné par l’Occident, par sa puissance, et qui n’a rêvé et ne rêve encore que de se mesurer à lui. Un pays sans doute trop grand et trop froid pour bien jouer au football mais qui aura tout fait pour sauver les apparences grâce au ballon rond.


Futbol – Le ballon rond de Staline à Poutine, Régis Genté & Nicolas Jallot

Note : ★★★★★


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Livres & Romans

PSG – Révélations d’une révolution

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Paris United, également connu à ses débuts sous le nom PSG United avant qu’une question de propriété intellectuelle ne l’oblige à changer de nom, est un collectif de supporters du Paris Saint-Germain qui s’est surtout fait connaître pendant l’été 2017 en révélant avant les médias traditionnels les arrivées à venir de Neymar et de Mbappé au PSG. Grâce à des sources qu’ils décrivent comme multiples, ils ont pu annoncer avant tout le monde ces deux transferts records, ces deux coups portés au statu-quo dans le monde du football européen.

PSG – Révélations d’une révolution commence son récit le 8 mars 2017, lors de la fameuse remontada qui voit le PSG se faire éliminer de la Ligue des Champions en s’inclinant 6-1 sur la pelouse du Nou Camp après avoir pourtant battu le FC Barcelone 4-0 au Parc des Princes trois semaines plus tôt au Parc des Princes. Cet anti-exploit, ce tremblement de terre qui efface celui du match aller, aurait pu signer la fin du projet parisien mais constitue finalement le début de la prise de conscience des propriétaires quatariens du club. Puisque les grands clubs européens monopolisent les grands trophées, il faut aller jouer sur leur propre terrain, les bousculer en faisant signer les grands joueurs qui leur étaient jusque là réservés. Neymar ne pouvait pas quitter le Barca, Mbappé était destiné à rejoindre le Real Madrid ? Qu’importe, le PSG a finalement renversé la table.

C’est cette histoire que ce livre raconte. Je suis incapable de juger la qualité des sources et des informations révélées dans celui-ci. J’imagine que le niveau des détails qui y sont donnés ne peuvent pas forcément être totalement inventés. C’est en tout cas très intéressant. Mais finalement, plus que les révélations croustillantes sur coulisses du PSG, qui satisferont évidemment les voyeurs que nous sommes sans doute tous un peu, c’est tout ce qu’il y a autour dans ce livre qui m’a vraiment plu : l’analyse de l’évolution du football français et européen depuis 20 ans, et donc la description du paysage actuel qu’il soit sportif, économique ou médiatique, et l’explication du dilemne face auquel le PSG fait face, coincé entre une Ligue 1 trop petite pour lui et une Ligue des Champions dominée outrageusement par des clubs surpuissants qui refusent qu’un petit nouveau vienne remettre en cause leurs privilèges et leur place au soleil. Ce livre devient passionnant lorsqu’il se transforme en vibrant plaidoyer pour l’institution PSG et pour l’instauration d’un « parisianisme » et de médias « parisianistes », sur le modèle de ce qui existe depuis longtemps déjà pour des clubs mythiques comme le Barca ou le Real.

Au rayon des déceptions, un style souvent maladroit et qui manque de subtilité, mais c’est malheureusement le cas de la plupart des ouvrages consacrés au sport. Malgré tout, c’est un livre passionnant qui plaira aux amoureux du football et du PSG en particulier. J’en fais évidemment partie, et ceci depuis mon adolescence.


PSG – Révélations d’une révolution, Paris United

Note : ★★★★☆


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Ego Trip

C’est magique le foot, parfois

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Bon, je crois que le PSG version QSI tient enfin LE match référence en Ligue des Champions.

Je n’en reviens pas. Je crois que même en écrivant « le PSG a battu le Barça 4-0 » je n’y crois toujours pas.

Un match de dingue. Un engagement sans faille de la première à la dernière minute. Un milieu de terrain qui récupère des dizaines de ballons. Des titis parisiens qui bouffent Messi, Suarez et Neymar. Un trio offensif magique. Un Parc des Princes qui a poussé pendant tout le match comme ce n’était plus arrivé depuis longtemps. Si quelqu’un m’avait dit ça le jour du tirage au sort, j’aurais rigolé bien fort.

C’est con, mais c’est magique le foot, parfois.

Et puis comme le dit Mathieu Faure : « T’es chiant, casse-couille, prenant, compliqué à suivre mais bordel, je t’aime le PSG ».

Je crois que je vais m’endormir avec des étoiles plein les yeux.