Comics & BD

Sir Arthur Benton, cycle II : La guerre froide

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Le premier cycle de Sir Arthur Benton m’avait beaucoup plu. En trois albums très réussis, cette bande dessinée historique montrait parfaitement la complicité (au moins passive, si ce n’est active) des démocraties occidentales face à la montée d’Hitler et du nazisme, qu’ils pensaient utiliser pour lutter contre Staline et le communisme.

Le second cycle, lui aussi composé de trois albums, s’intitule La guerre froide et nous emmène des années 1945 à 1953, entre la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la mort de Staline.

Au début du premier album, le colonel Marchand, agent des services secrets français, rejoint l’Organisation, un groupe d’espionnage co-fondé par Churchill et De Gaulle, indépendant des secrets secrets officiels, destiné à lutter contre la menace communiste en Europe. Sir Arthur Benton est le chef de cette nouvelle organisation, et retrouve donc Marchand qui a passé des années à le pourchasser avant et pendant la guerre. Ils sont désormais contraints à travailler ensemble face à leur ennemi commun.

1945 … La Seconde Guerre Mondiale est terminée. Une autre, plus sournoise, commence. Pour lutter contre le « communisme » en Europe, de Gaulle et Churchill décident de former un groupe autonome de leurs services secrets : « l’Organisation ». Elle dispose de moyens illimités pour entrer dans ce que l’Histoire va appeler « la guerre froide ». Sir Arthur Benton, l’espion aux multiples facettes, redevient opérationnel : il a déjà choisi son camp. Lequel ? …

Le premier album, L’Organisation, relate les débuts de l’Organisation puis se déroule principalement à Berlin, où les forces d’occupation ont divisé la ville en quatre secteurs, soviétique, américain, britannique et français. La capitale allemande est déjà le symbole de la lutte d’influence que vont se mener l’Union Soviétique et les nations occidentales menées par les Etats-Unis. Marchand et Benton cherchent d’anciens nazis qui cherchent à échapper à la justice. J’ai trouvé cet album plaisant mais un peu faible par rapport à la qualité du premier cycle.

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Blocus de Berlin (24 juin 1948 – 12 mai 1949) … Entre Soviétiques et alliés d’hier, la tension atteint son paroxysme. Assistera-t-on au début d’une nouvelle guerre mondiale alors que l’on vient tout juste de sortir du conflit le plus meurtrier de l’Histoire ? Depuis son Quartier Général situé dans l’ex- capitale allemande, « L’Organisation » dirigée par Sir Arthur Benton lutte contre les agents secrets du MGB. Or, Marchand « l’incorruptible » est approché par une troublante jeune femme au moment même où il doute de son supérieur hiérarchique. Va-t-il se confier, au risque de mettre en péril sa mission en Tchécoslovaquie, où un coup d’État se prépare ?

Le deuxième album, Le coup de Prague, m’a semblé meilleur, renouant avec les qualités du premier cycle. L’URSS impose un blocus sur Berlin, que les Etats-Unis contrent avec un pont aérien. La tension est à son comble. Dans le même temps, la Tchécoslovaquie vit des heures sombres : le gouvernement d’union nationale, auquel participent les communistes, vit ses dernières heures alors que l’URSS intrigue pour mettre en place un régime communiste à sa botte. Le coup de Prague est parfaitement raconté dans cet album passionnant.

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1948… Le colonel Marchand a succombé aux charmes de la belle et mystérieuse Rosa. Mais à qui peut-on se fier en ces temps de Guerre froide, où les Alliés d’hier sont devenus des ennemis ? Quand trois membres de l’Organisation dirigée par Sir Arthur Benton sont trahis par des agents doubles, Marchand décide de passer à l’offensive … Entre amour et devoir, il devra choisir …

Le troisième album m’a malheureusement un peu déçu. Le résultat est finalement plus proche du premier que du deuxième album. L’Organisation soutient le leader yousgoslave Tito, communiste mais dissident du bloc soviétique. On voit ainsi comment les démocraties ont soutenu un régime qui n’avait rien à envier aux méthodes totalitaires de Staline, les opposants yougoslaves étant arrêtés et exécutés comme en URSS. Le sang coule abondamment dans cet album, mais ce qui m’a le plus gêné c’est le manque de ligne directrice, les événements s’enchainent mais j’ai eu du mal à y décerner une logique d’ensemble.

Globalement, ce second cycle est plaisant à lire mais m’a moins plu que le premier. L’intérêt principal réside toujours dans le cadre historique qui y est décrit : les lendemains de la Seconde Guerre Mondiale, la dénazification, les débuts de la guerre froide, le blocus de Berlin, le coup de Prague, la prise de pouvoir de Tito en Yougoslavie et sa prise de distance avec le bloc soviétique, et pour finir la mort de Staline et la lutte pour sa succession.


Sir Arthur Benton, cycle II : La guerre froide, Tarek (scénario) et Vincent Pompetti (illustrations)

Note : ★★★☆☆

Comics & BD

Sir Arthur Benton, 3. L’assaut final

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Je viens de terminer le dernier des trois albums qui composent le premier cycle de la BD Sir Arthur Benton, écrite par Trek et illustrée par Stéphane Perger.

Trois années se sont écoulées depuis la fin du deuxième album. Nous sommes en 1945, la fin de la guerre approche et les soviétiques encerclent Berlin :

1945 : pendant la prise du bunker d’Hitler, le IIIe Reich s’effondre. On retrouve Benton, interrogé comme criminel de guerre. Mais à la demande expresse de l’Etat-Major anglais, le traître, Sir Arthur Benton, est transféré dans une caserne en Belgique ! Pour Marchand qui l’a traqué, l’explication  » secret défense  » ne suffit pas… Pourquoi Churchill intervient-il – en personne, pour récupérer l’agent complice des nazis ? Quel terrible secret détient Sir Arthur Benton pour échapper à ses juges ?

Tarek et Perger terminent ce cycle d’une guerre « secrète » par un final apocalyptique (exécutions sommaires dans un Berlin en feu…) et surprenant.

Magistralement documentée, cette histoire d’espionnage, psychologique et à suspense, a reçu de nombreux prix du scénario et du dessin. Déjà un classique.

Le britannique aux fidélités troubles Sir Arthur Benton et l’agent secret français Marchand se font toujours face à face pour le grande règlement de compte à l’issue de la guerre. Benton est transféré en Belgique sur l’ordre direct de Churchill, une décision qui scandalise Marchand, plus encore quand il découvre la raison de cette décision.

En toile de fond, soviétiques et alliés tentent d’exfiltrer des scientifiques allemands ou issus des pays occupés. La guerre n’est pas encore terminée mais les pays vainqueurs commencent déjà à préparer la prochaine : l’affrontement inévitable entre le bloc soviétique de Staline et l’Occident mené par les Etats-Unis d’Amérique.

Ce troisième album est du même niveau que le deux précédents, à savoir très réussi. La conclusion de ce premier cycle consacré à la montée et à la chute du nazisme avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale est parfaite.

Cette trilogie montre notamment comment d’une certaine façon les démocraties occidentales ont été complices des crimes commis par les nazis en permettant d’abord leur montée en puissance pour lutter contre le communisme, en sous-estimant le danger que représentaient Hitler et ses amis, avant de les combattre par les armes lorsque ce fut trop tard.

La série se poursuit avec trois autres albums qui se déroulent cette fois pendant la guerre froide. Je risque de vous en reparler ici très vite !


Sir Arthur Benton, 3. L’assaut final, Tarek (scénario) et Stéphane Perger (illustrations)

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Jour J – 2. Paris, secteur soviétique

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Paris, secteur soviétique est le deuxième volume de la série de bande dessinée Jour J. Dans cet album, le point de départ de cette nouvelle uchronie a lieu en juin 1944 : une tempête fait échouer le débarquement allié en Normandie, qui n’aura finalement lieu que quelques mois plus tard en Provence. L’armée allemande, qui a pu se déployer en raison d’une accalmie sur le front russe, freine considérablement les Alliés à Lyon. Staline en profite pour avancer de nouveau vers l’Ouest, et c’est l’armée soviétique qui libère finalement Paris. A l’issue de la guerre, la France subit le sort que l’Allemagne a connu dans « notre » Histoire : elle est divisée en deux secteurs, l’un soviétique au Nord-Est, l’autre dominé par les Américains, d’autant que le général De Gaulle, mort au-dessus de la Méditerranée, n’est pas là pour faire valoir l’indépendance de la France.

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Le récit de cet album débute en 1951. Comme Berlin en son temps, Paris est divisé en deux secteurs. Dans le secteur soviétique, un tueur en série commet des crimes affreux contre des prostituées, à la manière de Jack l’Eventreur dans le Londres de la fin du XIXème siècle. Jacques Saint-Elle, ancien résistant gaulliste et membre des services secrets français, est envoyé en secteur soviétique pour aider les autorités franco-russes à identifier et arrêter le tueur en série. En toile de fond, une histoire d’espionnage et de complot qui peut bouleverser l’équilibre précaire de la guerre froide entre les USA et l’URSS.

Ça commence plutôt doucement, comme un polar classique mêlé de roman d’espionnage. Au début, j’étais même un peu déçu car hormis le cadre uchronique original, cela manquait de quelque chose. Finalement, ça s’emballe un peu sur la fin et ça devient vraiment intéressant. C’est en tout cas un deuxième volume plutôt réussi pour une série qui reste prometteuse !

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Jour J – 2. Paris, secteur soviétique, Fred Duval et Jean-Pierre Pécau

Note : ★★★☆☆

Comics & BD

Jour J – 1. Les Russes sur la Lune !

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Les Russes sur la Lune ! est le premier volume de Jour J, une série de BD dont l’ambition est de proposer un large éventail d’uchronies.

Dans cette première tentative, le point de divergence a lieu le 21 juillet 1969, quand le module lunaire américain est détruit par une mini-météorite. Quelques mois plus tard, les Russes sont les premiers à marcher sur la Lune. Dix ans plus tard, les deux grandes puissances qui s’affrontent dans la guerre froide, USA et URSS, ont chacune installé une base habitée sur la Lune.

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Un pilote à la réputation désastreuse est envoyé sur la Lune pour enquêter sur la base soviétique Galaktika, où le KGB soupçonne des tentatives d’espionnage voire de prise de contrôle par la CIA. La suite de l’album offre son lot de surprises, tant par le déroulement du récit et les découvertes que nous y faisons sur l’univers alternatif proposé par les auteurs.

De mon point de vue, c’est une vraie réussite, avec un récit intéressant à suivre et une uchronie réaliste et qui fonctionne. Si tous les volumes de cette série sont du même niveau, je vais me régaler !

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Jour J – 1. Les Russes sur la Lune !, Fred Duval et Jean-Pierre Pécau

Note : ★★★★☆

Comics & BD

La mort de Staline – 2. Funérailles

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J’avais terminé hier et je vous avais aussitôt parlé du premier volume de ce diptyque répondant au titre La mort de Staline – 1. Agonie. J’avais déjà beaucoup aimé cette première partie qui racontait les circonstances de la mort de Staline et le début des grandes manoeuvres pour sa succession.

Le deuxième et donc dernier volume du récit, La mort de Staline – 2. Funérailles, reprend là où le premier s’était arrêté :

Le dernier hommage à notre camarade Staline doit être rendu par le peuple soviétique tout entier. Des délégations spéciales, formées d’ouvriers et de kolkhoziens nommés par les comités locaux, sont conviées à venir à Moscou. (Extrait de discours officiel – 9 mars 1953).

La précédente directive concernant les délégations aux funérailles est annulée. Seules sont autorisées à entrer dans Moscou les personnes munies d’un laissez-passer spécial, délivré par le comité central. (Extrait de discours officiel – 10 mars 1953).

8 mars 1953. Staline est mort. La nouvelle retentit dans le monde entier. Venus des confins de l’Union Soviétique, des millions de civils affluent vers Moscou pour rendre un dernier hommage au « petit père des peuples ». Tandis que se préparent des cérémonies pharaoniques, une lutte sans merci fait rage au sein du Politburo. Qui sera le successeur ? Beria, Malenkov, Khrouchtchev ? Après le succès critique et commercial du tome 1, Thierry Robin et Fabien Nury s’attachent désormais aux « Funérailles » de Staline. Toujours aussi réaliste et documenté, un tableau dantesque, terrifiant et absurde d un système totalitaire en pleine folie.

Fabien Nury et Thierry Robin nous plongent à nouveau dans la Russie années 1950, au moment de la disparition de Joseph Staline, dirigeant incontesté de l’URSS depuis trente ans. La lutte pour la succession s’annonce féroce.

Beria, ministre de l’Intérieur et donc patron des forces de police (ordinaire et politique) semble le mieux placé pour remporter la mise. Il s’appuie notamment sur le soutien de Malenkov, ancien adjoint de Staline qui ne semble qu’un pantin aux mains de Beria et de son grand rival : Khrouchtchev. Il fait également pression sur Molotov, ministre des Affaires Etrangères, en libérant son épouse que Staline avait fait arrêter et condamner à mort, sanction que Beria n’avait pas fait exécuter, en prévision de ce moment.

Evidemment, quand on connait la fin de l’histoire, la vraie, on se doute de comment cela va finir, mais j’ai tout de même aimé découvrir les tenants et les aboutissants, en tout cas tels qu’ils sont relatés par Fabien Nury dans cette bande dessinée, de la chute de Beria et de la prise de pouvoir de Khrouchtchev, le successeur de Staline dans nos livres d’Histoire.

Je crois que j’ai trouvé ce second volume encore meilleur que le premier : l’ambiance y est encore plus oppressante, la tension est palpable, les complots sont omniprésents et les alliances se font et se défont d’une page à l’autre. C’est évidemment une dénonciation claire et sans concession du système soviétique, avec des dirigeants tous corrompus et aguerris aux pires manoeuvres pour conserver ou conquérir le pouvoir, au mépris du peuple qu’ils prétendaient servir et émanciper.

C’est la deuxième bande dessinée historique signée par Fabien Nury et Thierry Robin que je découvre en quelques jours, après l’excellent Mort au Tsar lui aussi situé en Russie et lui aussi en deux volumes (Le Gouverneur et Le Terroriste) et je dois dire que j’ai été emballé par l’écriture et le dessin de ces deux récits. Je vais me renseigner sur les autres oeuvres de ces deux artistes, en espérant qu’ils aient collaboré sur d’autres bandes dessinées d’aussi grande qualité.


La mort de Staline – 2. Funérailles, scénario : Fabien Nury, dessin : Thierry Robin

Note : ★★★★☆


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Comics & BD

La mort de Staline – 1. Agonie

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La médiathèque de ma nouvelle commune a un petit rayon de bande dessinée dans lequel j’ai pioché dès mon inscription la semaine dernière. C’est ainsi que j’ai eu l’occasion de lire les deux albums de Mort au Tsar : Le Gouverneur et Le Terroriste dont j’ai parlé ici ces derniers jours. Le même jour, j’avais également emprunté les deux albums qui composent une autre histoire complète : La mort de Staline, signée du même duo que Mort au Tsar : Fabien Nury au scénario et Thierry Robin au dessin.

Le premier des deux volumes s’intitule Agonie :

Le 2 mars 1953, en pleine nuit, Joseph Staline, le Petit Père des peuples, l’homme qui régna en maître absolu sur toutes les Russies, fit une attaque cérébrale. Il fut déclaré mot deux jours plus tard. Deux jours de lutte acharnée pour le pouvoir suprême, deux jours qui concentrèrent toute la démence, la perversité et l’inhumanité du totalitarisme.

A partir de faits réels, Fabien Nury, scénariste d’Il était une fois en France, et Thierry Robin, le créateur de Rouge de Chine, signent un album éblouissant, d’un humour ravageur et cruel, portrait saisissant d’une dictature plongée dans la folie.

Le récit se déroule donc en 1953, au moment de la mort de Staline. Le dirigeant incontesté de l’ Union Soviétique est victime d’une attaque cérébrale qui laisse peu de doute sur sa survie. Les membres du Comité Central du Parti Communiste vont alors venir à son chevet, dans une ambiance de suspicion générale alors que chacun se prépare et manigance en vue de la guerre de succession qui va inévitablement s’ouvrir.

On trouve notamment Malenkov, secrétaire général adjoint du Parti et qui devrait donc à ce titre être le successeur naturel de Staline. Mais les deux prétendants les plus sérieux semblent être Beria, ministre de l’Intérieur et donc chef de toutes les polices d’URSS, et Khrouchtchev, son grand rival. Il faut également compter avec Molotov, ministre des Affaires Etrangères que Staline dont s’apprêtait apparemment à se débarrasser avant son attaque cérébrale.

La bande dessinée, par son dessin sobre mais efficace et ses textes bien ficelés, rend parfaitement l’atmosphère pesante qui entoure les deux jours d’agonie de Staline. Les membres du Comité Central sont des rivaux, habitués aux méthodes expéditives de Staline qu’ils n’hésiteront évidemment pas à employer pour se débarrasser les uns des autres et remporter la succession. Car il ne fait guère de doute que le successeur désigné le sera après avoir éliminé les autres prétendants, et qu’il purgera le Comité de ses derniers adversaires après sa prise de pouvoir. C’est donc une lutte pour la survie de chacun qui s’ouvre avec la mort annoncée de Staline.

Dans cette course contre-la-montre, Beria semble avoir une longueur d’avance, mais comme nous avons l’avantage de connaître la fin de l’histoire dans nos livres d’Histoire, je suis curieux de voir comment cela va se dérouler dans le second volume, intitulé Funérailles et dont je vous parlerai sans doute demain.


La mort de Staline – 1. Agonie, scénario : Fabien Nury, dessin : Thierry Robin

Note : ★★★★☆


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Livres & Romans

Un gentleman à Moscou

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Les lectures en service de presse sont parfois décevantes, mais elles permettent aussi de découvrir de petits bijoux. C’est le cas avec ce roman d’Amor Towles, dont j’ai eu la chance de lire en avant-première la traduction en français, qui sera publiée cette semaine, le 22 août précisément.

Le résumé m’avait tout de suite attiré :

Au début des années 1920, le comte Alexandre Illitch Rostov, aristocrate impénitent, est condamné par un tribunal bolchévique à vivre en résidence surveillée dans le luxueux hôtel Metropol de Moscou, où le comte a ses habitudes, à quelques encablures du Kremlin. Acceptant joyeusement son sort, le comte Rostov hante les couloirs, salons feutrés, restaurants et salles de réception de l’hôtel, et noue des liens avec le personnel de sa prison dorée   – officiant bientôt comme serveur au prestigieux restaurant Boyarski –, des diplomates étrangers de passage – dont le comte sait obtenir les confidences à force de charme, d’esprit, et de vodka –, une belle actrice inaccessible – ou presque –, et côtoie les nouveaux maîtres de la Russie. Mais, plus que toute autre, c’est sa rencontre avec Nina, une fillette de neuf ans, qui bouleverse le cours de sa vie bien réglée au Metropol.

Trois décennies durant, le comte vit nombre d’aventures retranché derrière les grandes baies vitrées du Metropol, microcosme où se rejouent les bouleversements la Russie soviétique.

La promesse, parcourir la Russie soviétique des années 1920 à 1950 par l’intermédiaire d’un aristocrate assigné à résidence dans un grand hôtel moscovite, était tentante. Je ne vais pas ménager le suspense plus longtemps : la promesse est largement tenue.

Le roman oscille entre humour très fin, réflexions intéressantes sur la société, critique de la bureaucratie soviétique, et fresque pseudo-familiale, puisque le comte Alexandre Rostov n’a plus de famille biologique mais construit la sienne au fil des années au sein du personnel et des clients de l’hôtel Metropol où il est condamné à rester.

Le roman est assez long, avec près de 600 pages, mais il est passionnant et bien rythmé dans l’ensemble, malgré quelques longueurs peut-être inévitables au milieu du récit. Quand on l’ambition de raconter trois décennies de l’Histoire de l’Union Soviétique, on n’échappe pas à quelques moments de flottement mais cela vaut largement le coup car le résultat est à la hauteur : captivant, parfois émouvant, souvent drôle, et intelligent dans sa façon d’aborder les choses.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, et je ne peux pas m’empêcher de vous laisser avec quelques citations qui m’ont marquées pendant la lecture et qui vont permettront sans doute de goûter au style, à l’humour et à l’intelligent du propos de l’auteur :

Sur l’aristocratie et la bourgeoisie :

L’histoire a démontré que le charme est l’ambition ultime de la classe des rentiers.

Sur l’importance des duels dans la Russie tsariste :

Pourquoi donc notre pays s’est-il autant passionné pour le duel ? demanda-t-il à la cage d’escalier sans espérer de réponse.

Certains auraient sans doute répondu par facilité que le duel était un dérivé de la barbarie. Étant donné les longs hivers cruels de la Russie, sa familiarité avec la famine, son sens approximatif de la justice et ainsi de suite, il était naturel à l’aristocratie du pays d’adopter comme moyen de résoudre les conflits un acte d’une violence absolue.

Or selon l’opinion mûrement réfléchie du comte, si le duel avait emporté les faveurs des gentlemen russes, c’était uniquement en vertu de leur passion pour tout ce qui était éclatant et grandiloquent. Certes, par convention, les duels avaient lieu à l’aube dans des lieux isolés afin de garantir l’anonymat des gentlemen impliqués. Mais se déroulaient-ils pour autant derrière un tas de cendres ou dans une décharge ? Bien sûr que non ! Ils se déroulaient dans une clairière recouverte d’une fine couche de neige au cœur d’une forêt de bouleaux. Ou bien sur la berge d’un ruisseau sinueux. Ou encore en lisière d’un domaine familial sous les fleurs des arbres agitées par la brise… En d’autres termes, dans des décors qu’on n’aurait pas été surpris de découvrir au deuxième acte d’un opéra. En Russie, quel que soit le spectacle, tant que le décor a de l’éclat et le ténor de la grandiloquence, il trouvera son public.

De fait, au fil des années, à mesure que les lieux de duels gagnaient en pittoresque et les pistolets en raffinement, les hommes les plus distingués affichèrent une disposition à défendre leur honneur pour des offenses de moins en moins graves. Si bien qu’en 1900 la tradition du duel, qui était peut-être bien née en réponse à des crimes de la plus haute gravité – traîtrise, trahison, adultère –, avait peu à peu abandonné toute raison, et l’on se battait pour l’inclinaison d’un chapeau, l’insistance d’un regard, ou l’emplacement d’une virgule.

Sur le destin et les amitiés inattendues :

Les deux jeunes gens paraissaient donc peu voués à devenir amis. Pourtant, le destin n’aurait pas la réputation qu’on lui prête s’il ne faisait que ce à quoi on s’attendait.

Sur l’évolution technologique, spirituelle et politique des civilisations :

En tant qu’archéologue, lorsque Thomsen divisa l’histoire de l’humanité entre âge de la pierre, du bronze et du fer, il le fit tout naturellement en se fondant sur les outils physiques qui définissent chaque époque. Mais quid du développement spirituel de l’humanité ? Et de son développement moral ? Crois-moi, ils ont progressé dans le même sens.

À l’âge de la pierre, l’homme des cavernes avait les idées aussi rudimentaires que sa massue, aussi basiques que le silex d’où il tirait des étincelles.

À l’âge du bronze, lorsque quelques petits malins découvrirent la science de la métallurgie, combien de temps leur fallut-il pour fabriquer des pièces, des couronnes, des épées ? Cette trinité impie à laquelle l’homme du peuple s’est ensuite retrouvé asservi pendant mille ans. Michka se tut un instant, les yeux au plafond, avant de reprendre.

Ensuite vint l’âge du fer, et avec lui la machine à vapeur, la presse, le fusil. Une trinité complètement différente, en effet. Car si ces outils ont été mis au point par la bourgeoisie afin de servir ses propres intérêts, c’est à travers la machine à vapeur, la presse et le fusil que le prolétariat a commencé à se libérer de l’exploitation, de l’ignorance et de la tyrannie.

Michka commenta cette trajectoire historique – ou peut-être ses propres tournures de phrase – d’un signe de tête appréciatif.

– Eh bien, cher ami, nous conviendrons je pense qu’un nouvel âge a commencé : l’âge de l’acier. Nous avons maintenant la capacité de construire des centrales électriques, des gratte-ciel, des avions.

Puis, se tournant vers le comte : – Tu as vu la tour Choukhov ?

Le comte répondit que non.

– C’est un bien bel objet, Sasha. Une spirale en acier de deux cents mètres de haut depuis laquelle nous diffusons les toutes dernières nouvelles et informations – mais également, eh oui, les mélodies sentimentales de ton cher Tchaïkovski –jusque dans chaque foyer, dans un rayon de cent soixante-dix kilomètres. Et à chaque fois, la morale russe progresse au même rythme que ces avancées. Il se peut que nous assistions de notre vivant à la fin de l’ignorance, de l’oppression et à l’avènement de la fraternité des hommes.

Sur les révolutions :

Un soulèvement populaire, des troubles politiques, le progrès industriel – la combinaison de ces trois facteurs peut faire évoluer une société si rapidement qu’elle sautera des générations entières, balayant ainsi des aspects du passé qui autrement auraient peut-être survécu plusieurs décennies. Et il ne peut qu’en être ainsi lorsque les hommes nouvellement arrivés au pouvoir se méfient de toute forme d’hésitation ou de nuance et placent les certitudes au-dessus de tout.

Sur l’exil en Russie :

Oui, l’exil était aussi vieux que l’humanité. Mais les Russes furent le premier des peuples à maîtriser la notion d’exil dans leur propre pays. Dès le XVIIIe siècle, les tsars, plutôt que de chasser leurs ennemis du pays, choisirent de les envoyer en Sibérie. Pourquoi ? Parce qu’ils avaient décidé qu’exiler un homme de la Russie comme Dieu avait exilé Adam du jardin d’Éden ne constituait pas un châtiment suffisamment sévère ; car dans un autre pays, un homme peut se jeter à corps perdu dans le travail, construire une maison, fonder une famille. En d’autres termes, recommencer une nouvelle vie.

Mais lorsque vous exilez un homme dans son propre pays, il lui est impossible de recommencer à zéro. Pour l’exilé intérieur – que ce soit en Sibérie ou à travers la Moins Six –, l’amour du pays ne sera jamais flou ou dissimulé par le brouillard du temps qui passe. En fait, comme notre espèce a, au fil de l’évolution, appris à accorder la plus grande attention à ce qui se trouve hors de sa portée, ces exilés rêveront des splendeurs de Moscou selon toute probabilité plus que n’importe quel Moscovite qui peut en profiter librement.

Sur le cinéma américain comme instrument de propagande :

Mais les films américains, dit-il, méritaient de leur part un examen soigneux, pas simplement en tant que fenêtres offrant une perspective sur la culture occidentale, mais également en tant que mécanismes inédits de répression de classe. Car avec leur cinéma, les Yankees avaient semblait-il découvert comment calmer une classe ouvrière tout entière pour la modique somme de cinq cents par semaine.

Leur Dépression, expliquait-il. Elle a duré dix ans en tout. Une décennie complète, pendant laquelle ils ont laissé le prolétariat se débrouiller tout seul en fouillant dans les poubelles et en mendiant à la sortie des églises. S’il y a bien une période pendant laquelle les travailleurs américains auraient dû secouer le joug, c’est celle-là. Pourtant, ont-ils rejoint leurs frères d’armes ? Ont-ils pris leurs haches et défoncé les portes des grandes demeures ? Jamais. Tant s’en faut. Ils se sont traînés jusqu’au cinéma le plus proche, où on a fait miroiter sous leurs yeux la dernière fantaisie en date.

Tel un scientifique chevronné, Ossip disséquait froidement ce qu’ils venaient de regarder. Les comédies musicales ? Des « pâtisseries conçues pour calmer les pauvres avec des rêves de bonheur inaccessible ». Les films d’horreur ? Des « tours de passe-passe dans lesquels les ouvriers voyaient leurs peurs supplantées par celles de jolies jeunes filles ». Les comédies légères ? De « grotesques narcotiques ». Et les westerns ? La pire propagande qui soit. Des fables dans lesquelles le mal était représenté par des masses criminelles et voleuses de bétail tandis que le bien apparaissait sous les traits d’un individu solitaire qui risquait sa vie pour défendre le caractère sacré de la propriété privée. En somme, « Hollywood est la force la plus dangereuse qui soit dans toute l’histoire de la lutte des classes ».

Sur les différences entre les modèles américain et soviétique :

Comme le Faucon maltais. Qu’est-ce que cet oiseau noir, sinon un symbole du patrimoine culturel occidental ? Cette sculpture d’or et de pierres précieuses façonnée par des chevaliers des croisades pour rendre hommage à un roi, c’est un emblème de l’Église et des monarchies – ces institutions rapaces sur lesquelles toute la vie artistique et intellectuelle de l’Europe s’est construite. Qui sait, peut-être leur amour de ce patrimoine est-il tout aussi peu judicieux que celui que le Gros porte à son faucon ? Peut-être est-ce cela précisément dont il faut se débarrasser pour que leurs peuples puissent espérer progresser.

« Les bolcheviques, poursuivit Ossip d’une voix adoucie, ne sont pas des Wisigoths, Alexandre. Nous ne sommes pas des hordes de barbares fondant sur Rome pour détruire tout ce qui est beau, simplement par ignorance et jalousie. Bien au contraire. En 1916, la Russie était un État barbare. La nation la plus illettrée d’Europe, dont la majorité des habitants vivaient en quasi-servage, travaillaient les champs avec des charrues en bois, battaient leurs femmes le soir à la chandelle, s’effondraient sur un banc ivres de vodka, avant de se lever à l’aube pour se prosterner devant leurs icônes. En d’autres termes, vivaient exactement comme leurs ancêtres cinq cents ans auparavant.

Notre vénération pour toutes ces statues, cathédrales et institutions antiques ne pourrait-elle pas justement avoir été cela même qui nous empêchait d’avancer ?

Et au fait, où en sommes-nous maintenant ? Jusqu’où avons-nous avancé ? En mariant le tempo américain et les objectifs soviétiques, nous sommes près d’atteindre le taux d’alphabétisation maximum. Les endurantes femmes russes, elles aussi esclaves autrefois, ont été élevées au rang d’égales. Nous avons construit de nouvelles cités, et notre production industrielle dépasse celle de la majeure partie des pays européens.

– Mais à quel prix ? Ossip frappa du plat de la main sur la table.

– À un prix exorbitant ! Vous pensez que les réussites des Américains – que le monde entier leur envie – ne leur ont rien coûté ? Demandez un peu à leurs frères africains ! Vous pensez que les ingénieurs qui ont conçu leurs illustres gratte-ciel ou construit leurs routes ont hésité une seconde avant d’aplatir les charmants petits quartiers qui leur barraient le chemin ? Je vous garantis, Alexandre, qu’ils ont posé les bâtons de dynamite et appuyé sur le détonateur eux-mêmes. Comme je vous l’ai déjà dit, les Américains et nous serons les nations dirigeantes de ce siècle parce que nous sommes les seules nations à avoir appris à balayer le passé plutôt que de nous incliner devant lui. Seulement eux ont agi de la sorte au nom de leur cher individualisme, alors que nos efforts à nous sont au service du bien commun.

Sur les grands hôtels internationaux :

Certains pourraient s’étonner que deux hommes se considèrent comme de vieux amis alors qu’ils ne se connaissaient que depuis quatre ans ; mais la solidité d’une amitié ne se mesure pas au passage du temps. Ces deux-là auraient eu l’impression d’être de vieux amis même quelques heures après s’être rencontrés. Cela était dans une certaine mesure dû au fait qu’ils étaient âmes sœurs – le genre à se découvrir au cours d’une conversation parfaitement fluide de multiples points communs et des raisons de rire. Mais il s’agissait aussi très certainement d’une question d’éducation. Élevés dans de grandes demeures au sein de villes cosmopolites, sensibilisés aux arts, jouissant de longs moments d’oisiveté et exposés aux plus beaux objets, le comte et l’Américain, pourtant nés à dix ans et six mille cinq cents kilomètres d’écart, avaient plus de choses en commun l’un avec l’autre qu’avec la majorité de leurs compatriotes respectifs.

C’est pour cette même raison, bien sûr, que les hôtels prestigieux des capitales du monde se ressemblent tous. Le Plaza à New York, le Ritz à Paris, le Claridge à Londres, le Metropol à Moscou – construits dans la même période de quinze ans : eux aussi étaient des âmes sœurs, les premiers hôtels de la ville équipés du chauffage central, de l’eau chaude et du téléphone dans les chambres, avec la presse internationale à disposition des clients dans le grand hall, une cuisine cosmopolite et des bars américains juste à côté de la réception. Ces hôtels avaient été construits pour des gens comme Richard Vanderwhile et Alexandre Rostov, afin qu’ils puissent lors de leurs voyages dans des villes étrangères se sentir tout à fait chez eux, en compagnie de gens de leur milieu.

Sur la mort de Staline :

Pourquoi, se demandèrent maints observateurs occidentaux, un million de citoyens étaient-ils prêts à faire la queue pour voir le cadavre d’un tyran ? Certains désinvoltes expliquèrent que c’était pour s’assurer qu’il était bien mort. Mais une telle remarque ne rendait pas justice aux hommes et aux femmes qui attendaient en pleurant. De fait, ils furent des millions à pleurer la perte de celui qui les avait menés à la victoire dans la Grande Guerre patriotique contre les forces hitlériennes ; et ils furent tout aussi nombreux à pleurer la perte de l’homme qui avait de manière aussi résolue hissé la Russie au rang de puissance mondiale ; tandis que d’autres sanglotaient simplement en comprenant qu’une nouvelle ère d’incertitudes commençait.


Un gentleman à Moscou, Amor Towles

Note : ★★★★☆


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