Livres & Romans

Mon Père

Grégoire Delacourt est un auteur que je suis de façon irrégulière. J’avais lu ses deux premiers romans « L’écrivain de la famille » et « La liste de mes envies », j’en avais gardé un bon souvenir mais sans que cela m’attache définitivement à ses livres. Je me renseignais vaguement lorsqu’il publiait un nouveau livre, que je lisais ou non selon que l’intérêt que suscitait pour moi leur résumé.

Cette fois, le thème de son nouveau roman, à paraître le 20 février prochain, m’a tout de suite interpellé, et j’ai eu la chance de pouvoir le lire en avant-première grâce à l’éditeur JC Lattès et à la plateforme de service de presse NetGalley.fr.

Loin des récits plutôt légers de cet auteur que j’avais eu l’occasion de lire jusque là, Son Père s’attaque à un sujet lourd puisqu’il promet un face à face entre un père et le prêtre qui a abusé sexuellement de son jeune fils :

Mon Père c’est, d’une certaine manière, l’éternelle histoire du père et du fils et donc du bien et du mal. Souvenons-nous d’Abraham.

Je voulais depuis longtemps écrire le mal qu’on fait à un enfant, qui oblige le père à s’interroger sur sa propre éducation. Ainsi, lorsque Édouard découvre celui qui a violenté son fils et le retrouve, a-t-il le droit de franchir les frontières de cette justice qui fait peu de cas des enfants fracassés ? Et quand on sait que le violenteur est un prêtre et que nous sommes dans la tourmente de ces effroyables affaires, dans le silence coupable de l’Église, peut-on continuer de se taire ? Pardonner à un coupable peut-il réparer sa victime ?

Mon Père est un huis clos où s’affrontent un prêtre et un père. Le premier a violé le fils du second. Un face à face qui dure presque trois jours, pendant lesquels les mensonges, les lâchetés et la violence s’affrontent. Où l’on remonte le temps d’avant, le couple des parents qui se délite, le gamin écartelé dont la solitude en fait une proie parfaite pour ces ogres-là. Où l’on assiste à l’histoire millénaire des Fils sacrifiés, qui commence avec celui d’Abraham.

Mon Père est un roman de colère. Et donc d’amour. »


Le roman décrit principalement la rencontre pleine de tension entre le père et le Père, mais ce face à face qui constitue le coeur du récit alterne avec quelques courts chapitres qui décrivent tour à tour l’enfance de Benjamin, celle de son père Édouard, et les circonstances dans lesquelles celui-ci a appris les abus dont son fils a été victime.

La figure biblique d’Isaac, que son père aurait été prêt à sacrifier pour obéir à Dieu, est omniprésente dans le roman et dans l’esprit du narrateur. Isaac, comme son fils Benjamin, est la victime silencieuse, que la Bible « oublie » ensuite pendant de longues pages avant qu’on le retrouve plus âgé.

Tu t’es tu, Isaac. Et l’histoire ne t’a prêté aucune parole à transmettre, des siècles et des siècles plus tard, à Benjamin, ton frère. Il ne reste rien de tes frayeurs dans la Genèse. Il n’y est fait mention d’aucune réparation à la violence qui tu as subie – il est vrai que dans la Bible on se soucie fort peu de la parole des enfants, ils n’ont que des devoirs d’obéissance et donc de silence.

Tu n’es plus qu’une ombre, Isaac, une victime muette – n’appelle-t-on d’ailleurs pas ta tragédie « Le sacrifice d’Abraham » alors que c’est du tien dont il s’agissait ?

Grégoire Delacourt nous parle de colère, de justice, de vengeance, de culpabilité, et évidemment d’amour et d’humanité. Il nous parle du père qui n’a rien vu et se le reproche. Il nous parle du Père qui doit assumer la lourde culpabilité d’avoir violé un enfant et trompé la confiance de ses parents. Il nous parle de de l’enfant qui doit accepter son innocence de victime et qui ne doit pas chercher sa propre culpabilité. Il nous parle également de religion et du rapport de chacun à la foi et à l’Eglise. Le personnage de la mère du narrateur, la grand-mère du petit Benjamin, est à ce titre emblématique et intéressant. Quant au personnage du prêtre, le coupable désigné et donc le « méchant » de l’histoire, il est suffisamment complexe pour susciter à la fois la répulsion, la colère, et la pitié, voire des sentiments plus ambivalents au fur et à mesure du récit.

Et parce que je n’ai pas protégé ceux que j’avais la charge de consoler et de chérir. Et l’Église a fermé les yeux. L’évêque de notre diocèse a fermé les yeux. Le Vatican a préféré se coudre les paupières et manipuler les magistrats. Alors je me suis plu à imaginer que leur cécité était une forme d’assentiment. Car si les pères ne condamnent pas, si les pères n’interdisent pas, si les pères ne punissent pas, alors les fils conjecturent qu’ils ont tous les droits.

Je trouve que Grégoire Délacourt s’en sort plus que bien face à un sujet aussi périlleux que celui de la pédophilie au sein de l’Eglise catholique. Il évite me semble-t-il parfaitement de tomber dans les clichés. Il dépeint très justement les sentiments des différents personnages à travers des scènes fortes et des passages très joliment écrits. J’ai toujours pensé que Grégoire Delacourt avait une jolie plume, mais je trouvais que trop souvent les récits qu’il proposait n’étaient pas à la hauteur de cette qualité d’écriture. Ici, sa plume permet de porter un récit à la fois lourd par sa thématique et aérien par son style.

Benjamin dort. Je m’effondre dans le fauteuil près de lui. Je devine sous le drap son corps fragile et martyrisé. Je comprends enfin les douleurs au ventre, l’anisme, les cauchemars, et l’insomnie qui force à rester sur ses gardes. Et la merde de mes yeux se dissout. Je suis devenu un criminel par inattention. Une indignité de père.

Son Père est un roman très fort que j’ai dévoré en une journée. Il aborde un sujet délicat et il m’a semblé qu’il le faisait joliment, aussi joliment que le thème le permet en tout cas, et de surcroit avec une grande justesse de ton. A mes yeux, c’est clairement, et de loin, le meilleur roman de Grégoire Delacourt.


Mon Père, Grégoire Delacourt

Note : ★★★★★

Livres & Romans

Chicago requiem

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Chicago Requiem est un roman qui m’a été proposé en service de presse par son auteur(e ?) Carine Foulon sur le site Simplement.pro sur lequel j’avais eu l’occasion de découvrir d’autres romans avec plus ou moins de succès, comme La Symétrie de l’EffetUn secret halo de rose, ou plus récemment Mojenn.

Le résumé m’avait intrigué, sans pour autant m’emballer totalement, mais j’avais envie de laisser une chance à ce roman :

Chicago, années folles…

Sur la scène d’une ville en proie à la corruption, acteurs et gangsters se côtoient.
William, issu d’une famille riche et influente, les Henderson, possède un théâtre cerné de speakeasies et de maisons closes. Il aide son épouse, Susan, à reprendre sa carrière d’actrice malgré la corruption et la prohibition.

La sœur de William, Meredith, vient de passer cinq ans en prison. Résolue à se venger de son frère et de tous ceux qu’elle pense responsables de son incarcération, elle s’établit à Miami où elle rencontre un certain Al Capone.

Le vaudeville peut alors virer au drame, à la scène comme à la ville.

J’ai eu assez peur au début, car les premiers chapitres sont lents. Cela présente l’avantage de plonger progressivement dans l’ambiance et dans le récit, mais j’ai bien failli décrocher. L’ambiance me paraissait assez terne, et les personnages ne me semblaient pas attachants. Après avoir lu à peu près 20% du livre, je me suis posé la question d’abandonner, craignant que cela ne décolle jamais. J’ai décidé de continuer malgré tout.

La suite est meilleure, avec une intrigue qui se développe et nous entraine dans une saga familiale ayant pour cadre Chicago dans les années 1920. Le cadre est surtout représenté par les histoires autour de la mafia. C’est d’ailleurs l’un des reproches que je ferais à ce roman : je m’attendais à plonger totalement dans l’ambiance des années folles aux Etats-Unis, mais finalement j’ai eu l’impression que cela n’était présent qu’en toile de fond. Je me suis fait plusieurs fois la réflexion que tout ceci aurait pu se dérouler n’importe où et n’importe quand.

Malgré tout, le récit est intéressant et plaisant à suivre. Il y a quelques rebondissements plus ou moins surprenants et l’ensemble se laisse lire avec un certain plaisir. Je me dis que cela pourrait être un bon scénario de saga de l’été comme celles avec lesquelles j’ai grandi : une grande histoire familiale avec ses secrets, ses manigances, ses vengeances, et ses couples emblématiques. Ce ne sera pas mon livre de l’année, ni même sans doute celui du mois, mais cela reste une lecture divertissante dans son genre.


Chicago Requiem, Carine Foulon

Note : ★★★☆☆


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Cinéma, TV & DVD

True Blood (saison 3)

La première saison de True Blood était une bonne introduction à l’univers très particulier de cette série, malgré des épisodes pas toujours palpitants. J’avais gardé un bon souvenir de la deuxième saison, même si l’intrigue principale autour de Maryanne qui ne m’avait pas toujours passionné. Ces dernières semaines, j’ai donc plongé avec enthousiasme dans la troisième saison.

On retrouve dans cette saison tout ce qui fait le charme de la série. Tout d’abord, l’ambiance envoutante de ce décor original où se rencontrent les américains moyens de la Louisiane profonde et les créatures surnaturelles qui errent dans l’ombre de l’univers de True Blood. Ensuite, la richesse des personnages secondaires (Tara, Eric, Pam, et Tommy notamment dans cette saison, mais aussi Russell, dont je reparlerai plus loin) qui pour moi surpassent largement en intérêt Bill et Soohie, le couple-phare de la série. Enfin, les intrigues toujours classiques mais efficaces qui nous offrent du grand spectacle dans la lignée des grands films fantastiques. Certaines scènes semblent même parodiques quand on les regarde, mais c’est ce qui me plait justement dans cette série, cette façon, derrière un ton dramatique, de ne pas prendre tout cela au sérieux.

Venons-en à Russell Eddington. Pour moi, c’est indéniablement LE personnage de cette troisième saison. Il s’agit du « méchant » de la saison, comme l’était Maryanne dans la précédente ; la comparaison s’arrête là : Maryanne me laissait indifférent, alors que Russell est l’un des méchants les plus réussis que j’ai eu l’occasion de voir à la télévision. Son histoire, son style, sa relation avec Talbot (son « jeune » amant qu’il a vampirisé il y a plusieurs siècles), tout est magnifique dans ce personnage. Et comment oublier cette scène mythique où il fait irruption en plein journal télévisé pour déclarer la guerre à l’humanité et termine son intervention par un drôlissime « Now time for the weather. Tiffany ? »

Russel Eddington éclabousse toute la saison de sa grandeur et il en fait une très bonne saison. Il y a tout de même d’autres éléments qui m’ont plu : la relation de Sam avec sa famille biologique et notamment son frère Tommy, mais aussi le vampire Franklin, l’un des plus dérangés et inquiétants que j’ai eu l’occasion de voir. Ce qui m’a le moins plu, c’est certainement la fin de saison, qui m’a semblé un peu en-deça du reste. J’ai trouvé que le dernier épisode était un peu bâclé pour clôturer l’intrigue de la saison et en ouvrir d’autres. Et évidemment, je trouve Sookie toujours aussi transparente et inutile, et ce ne sont pas les révélations faites sur elle pendant cette saison qui vont y changer quelque chose.

J’ai lu que le début de quatrième saison allait permettre de relancer la série en rebattant un peu les cartes : c’est une bonne nouvelle, et j’attends de voir ça avec impatience !

Cinéma, TV & DVD

Dune

Dune

J’ai profité d’un lundi de congé pour revoir Dune, l’une de mes oeuvres favorites de science-fiction. Il ne s’agit pas du film réalisé par David Lynch en 1984, mais de la mini-série en trois parties réalisée par John Harrison et diffusée sur Sci-Fi Channel en 2000. Pour ceux qui l’ignorent, il s’agit d’une adaptation du premier roman du Cycle de Dune de Frank Herbert, une oeuvre majeure de la science-fiction des cinquante dernières années.

L’histoire se déroule dans un futur lointain, où l’humanité a conquis l’espace grâce l’Epice, une substance rare et précieuse qui permet aux Navigateurs – d’étranges créatures dont l’apparence est inconnue du commun des mortels – de trouver leur chemin entre les étoiles. L’Epice n’est présente et peut être récoltée que sur une seule planète : Arrakis, dite Dune, un désert gigantesque hanté par des vers géants. Celui qui contrôle Arrakis contrôle la production de l’Epice, la substance la plus précieuse de l’Univers.

Lorsque Dune commence, l’Empereur a confié la gestion d’Arrakis au Duc Leto Atreides, un leader populaire parmi les Grandes Maisons nobles qui se partagent l’univers, au détriment de la Maison Harkonnen, les ennemis ancestraux des Atreides. Ce que Leto ignore, c’est que tout ceci n’est que le début d’un terrible complot fomenté par le baron Vladimir Harkonnen et l’Empereur lui-même pour se débarrasser d’un dangereux rival.

Paul, le fils du duc Leto et de sa compagne Jessica, et accessoirement héros de l’histoire, va découvrir la vie sur Arrakis et apprendre à survivre dans cet environnement hostile où l’Eau est un bien précieux. Après la trahison d’un proche et la mort de son père, il fuit dans le désert et trouve refuge parmi les Fremen, les natifs d’Arrakis.

J’avais été emballé par le roman lorsque je l’avais lu pour la première fois il y a une bonne dizaine d’années, et je suis agréablement surpris par sa qualité chaque fois que je le relis. Cette mini-série lui rend superbement hommage. On y retrouve tous les ingrédients et les thèmes qui font la richesse du roman : les personnages, les intrigues politiques, la religion, le fanatisme, la vengeance, etc.

L’un des points remarquables de cette mini-série, c’est son esthétisme. Les couleurs ont été choisies avec soin et jouent un rôle particulier dans l’histoire, puisque chaque couleur est clairement associée à une faction : ocre pour les Atreides, rouge pour les Harkonnen, vert pour les Fremen, bleu pour la famille impériale. Ainsi, d’un seul coup d’oeil, on devine au début de chaque scène où elle se situe et quels protagonistes vont se présenter devant nous. Cela donne à chaque faction un ton particulier. Le réalisateur s’amuse également à jouer avec les couleurs pour les associer à des émotions : Paul est ainsi plongé dans une lumière rouge, la couleur de la sinistre Maison Harkonnen, quand il s’apprête à déchainer son armée fanatique contre l’Empereur.

Au-delà de cet intéressant jeu de couleurs, les images sont globalement très réussies. A l’exception de quelques effets spéciaux un peu grossiers dans le désert, on est vraiment plongé dans le cadre atypique d’Arrakis et on y croit, ce qui est bien l’essentiel !

Au générique, on trouve notamment Alec Newman (convaincant mais peut-être un peu trop âgé pour incarner Paul Atreides qui est censé avoir quinze ans au début de l’histoire), William Hurt (le duc Leto Atreides, le père de Paul), Saskia Reeves (Lady Jessica, la compagne du duc Leto et mère de Paul), Ian McNeice (le baron Vladimir Harkonnen, l’ennemi juré des Atreides), Matt Keeslar (Feyd-Rautha, le neveu du baron Harkonnen), Giancarlo Giannini (l’Empereur Shaddam Corrino), Julie Cox (Irulan, la fille aînée de l’Empereur). Hormis William Hurt, les acteurs ne sont pas de grandes stars mais incarnent parfaitement leurs personnages. Mention spéciale à Ian McNeice qui interprète un baron Harkonnen aussi retours et extravagant que je l’avais imaginé dans le roman.

Le final de la mini-série est grandiose et conclut parfaitement quatre heures et demi d’intrigue et de suspense. A la fin, j’ai eu envie de replonger dans mes bouquins du cycle de Dune, ou de regarder Children of Dune, la mini-série qui compile les deux romans suivants de la saga.


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Comics & BD

Batman : Heart of Hush

Batman : Heart of Hush

Après The Black Glove dont je parlais avant-hier et qui servait d’introduction à l’événement Batman : R.I.P., Heart of Hush est un album un peu particulier. Il est lié à l’arc R.I.P. mais peut se lire indépendamment. Le lien avec l’intrigue principale est très simple : Hush apprend que Batman est la cible du Black Glove et décide de devancer ce dangereux rival en mettant à exécution son plan visant à se venger – définitivement – du justicier de Gotham City.

Comparé au Joker ou Ra’s al Ghul, Hush n’est pas un ennemi très ancien de Batman : il n’est apparu qu’en 2002-2003 mais c’est pourtant l’un de mes « méchants » préférés. Son histoire personnelle, liée à celle de Bruce Wayne, est originale et intéressante. J’espère ne pas commettre d’impair en révélant que derrière les bandages de Hush se cache Thomas « Tommy » Elliot, un ami d’enfance de Bruce. L’arc Hush dans lequel il faisait son apparition est à mes yeux l’un des meilleurs publiés depuis une dizaine d’années. C’est vraiment intéressant de voir un ennemi avec une psychologie complexe et des raisons personnelles pour s’en prendre à Bruce/Batman.

Heart of Hush a été publié en 2009 dans les numéros 846 à 850 de Detective Comics. Hush est de retour et va une fois de plus s’attaquer à son ennemi intime, Bruce Wayne / Batman. Pour cela, il fait appel au docteur Jonathan Crane (Scarecrow) et s’en prend à Catwoman, l’une des rares femmes à laquelle Bruce est attaché.

L’histoire elle-même n’est pas forcément très originale, mais c’est l’occasion de découvrir le passé de Tommy Elliot. Les flash-backs qui nous ramènent à l’enfance et à l’adolescence de Tommy et Bruce sont particulièrement intéressants, ils nous permettent de découvrir les événements qui ont amené Tommy à haïr Bruce et à endosser l’identité de Hush.

Heart of Hush m’a beaucoup plu, nettement plus que The Black Glove. Avec Hush, je suis en terrain connu, avec un ennemi que j’apprécie énormément et que je prends plaisir à retrouver régulièrement. Cela m’a donné envie de relire l’arc où nous l’avions découvert.

Prochains albums dans ma pile : le très attendu Batman R.I.P. (où Batman ne meurt pas) et Final Crisis (où Batman « meurt », avec des guillemets pour souligner la relativité de la mort dans les comics …).

Livres & Romans

Un goûter d’anniversaire

Un goûter d'anniversaire

Publié en 2000, Un goûter d’anniversaire de l’auteur français Jean-Paul Tapie m’attendait dans ma bibliothèque depuis plusieurs années. Je l’avais sans doute acheté aux Mots à la Bouche avant de le mettre de côté et de l’oublier sur une étagère.

L’histoire avait tout pour me plaire :

Alors qu’il n’a encore jamais touché un corps d’homme, le jeune Jérôme Peyral sait déjà qu’il est homosexuel. Tout en lui le lui dit : ses loisirs, ses rêves, et surtout son attirance pour son professeur de français, le beau monsieur Langlois. Plus le temps passe et plus s’affirme sa différence. Il ne partage ni les mêmes goûts ni les mêmes plaisirs que ses camarades de classe qui trouvent en lui un souffre-douleur idéal. Le voici mis à l’écart, dénigré, ridiculisé en permanence. Même sa famille finit par le laisser tomber.

Dès lors, commence pour Jérôme Peyral le long supplice de l’humiliation en même temps que l’apprentissage douloureux de l’affirmation. Jusqu’au jour où surgit l’idée de se venger enfin de tous ceux qui l’ont persécuté. L’adolescent vulnérable décide alors de « tuer la folle en lui » et de montrer à tous qu’on ne se moque pas impunément de « Peyral-la-Pédale ».

Jérôme est évidemment un personnage attachant, auquel il est facile de s’identifier. Parmi mes lecteurs, je ne doute pas que nombreux sont ceux qui ont vécu la découverte de la différence à l’adolescence, qu’elle soit remarquée ou non par les camarades. Le roman décrit très bien les sentiments de Jérôme, avec un mélange de naïveté et de cruauté. Face à l’ignorance de ses camarades, encouragés par des adultes malveillants, Jérôme se retrouve bien seul. Mêmes ses amitiés, courtes et décevantes, le lui permette pas de rompre le sentiment de solitude et d’isolement qu’il ressent.

C’est cet isolement qui entraîne progressivement Jérôme vers la volonté de se venger de ses oppresseurs. Les cent dernières pages du roman, qui relatent cette descente aux enfers, m’ont moins plu. Le récit y est moins subtil, plus clinquant, même si cela reste agréable à lire.

Les toutes dernières pages, toutefois, concluent parfaitement cette chronique de l’homophobie ordinaire. Ce roman n’est pas un chef d’oeuvre mais le thème abordé est intéressant et bien traité. J’ai lu beaucoup de romans sur l’homosexualité, mais j’ai peu de souvenirs de livres qui parlent aussi bien de l’homophobie. Rien que pour cela, celui-ci mérite sa place dans ma bibliothèque.

Un goûter d’anniversaire, Jean-Paul Tapie

Stanké, ISBN 2-7604-0772-1

Note : ★★★/☆☆☆☆☆