Comics & BD

La loterie

La loterie est une histoire de famille : il s’agit d’une bande dessinée de Miles Hyman qui adapte la nouvelle The Lottery de sa grand-mère, la romancières Shirley Jackson. Pour ajouter un peu d’air de famille à tout cela, la traduction en français de la bande dessinée est signée Juliette Hyman, la fille de l’auteur.

La nouvelle originale a été publiée en 1949, mais la bande dessinée est bien plus récente : elle a été publiée en 2016. Je suis tombé dessus par hasard à la médiathèque et le résumé m’avait beaucoup intrigué :

Chaque année au mois de juin dans un village de la Nouvelle-Angleterre, se déroule un rituel nommé la loterie, pour lequel il y a plus de chance de perdre quelque chose à jamais que de gagner.

Il est difficile d’en dire plus sans gâcher le plaisir de la découverte. Il n’est d’ailleurs pas aisé de parler de cette bande dessinée sinon en des termes très généraux et donc vagues.

Commençons tout de même par la forme : j’ai beaucoup aimé le dessin ainsi que la mise en forme des cases sur la page. Il y a très peu de texte au fil des 160 pages du récit mais on comprend parfaitement ce qui se déroule devant nos yeux, les illustrations jouent parfaitement leur rôle, que ce soit pour présenter les personnages, raconter ce qui se passe et exprimer la psychologie des personnages.

Le récit lui-même ne peut pas et ne doit pas être raconté à quelqu’un qui n’a pas encore lu la nouvelle ou la bande dessinée. Je laisserai donc les lecteurs intéressés faire la découverte comme je viens de le faire. Sachez simplement que l’action se déroule dans un village américain d’à peine trois cent âmes, et que les villageois s’apprêtent à se réunir pour la loterie annuelle, un rituel ancestral qui occupe et concerne tout le village.

J’ai été happé par cette bande dessinée, je l’ai lu d’une seule traite, bien aidé par la qualité des dessins et la rareté des dialogues. Tout se déroule à la fois vite et dans une ambiance lancinante, c’est assez difficile à expliquer mais parfaitement rendu dans la bande dessinée.

Je vous encourage à lire cette bande dessinée si vous aimez :

  • les mystères
  • les ambiances étranges dans des villages où tout le monde se connait
  • les BD où tout est dit en quelques cases, sans avoir besoin d’un long texte d’explication

La loterie, Miles Hyman

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Le Rapport de Brodeck

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Le Rapport de Brodeck est l’adaptation en bande dessinée du roman de Philippe Claudel, prix Goncourt des lycéens en 2007. Elle est signée par Manu Larcenet et se compose de deux albums de 160 pages environ chacun.

Manu Larcenet s’attaque pour la première fois à une adaptation, celle du chef-d’oeuvre de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck. Mais lorsque l’auteur de Blast et du Combat ordinaire s’empare du texte, c’est pour le faire sien et lui donner une nouvelle vie, éclatante, sombre et tragique. Des pages d’une beauté stupéfiante, magnifiant la nature sauvage et la confrontant à la petitesse des hommes ; une plongée dans les abîmes servie par un noir et blanc sublime et violent. Un très grand livre.

Je n’avais pas lu le roman de Philippe Claudel, même si j’en ai entendu beaucoup de bien. J’en ai donc découvert l’histoire avec cette bande dessinée. Je ne vais d’ailleurs pas entrer dans le détail ici, je pense que ce récit mérite d’être découvert par chaque lecteur qui le souhaite, que ce soit par le biais du roman original ou de son adaptation en BD.

Le premier album, L’Autre, m’a semblé à la fois intrigant et fascinant. Le récit n’est pas forcément évident à comprendre au début, mais on sent une grande profondeur, et les dessins sont magnifiques. C’est évidemment cela qui marque le plus au début : la finesse et la splendeur du dessin, avec des planches magnifiques sur la nature mais aussi sur les visages des hommes du village.

Le second album, L’Indicible, prolonge cet envoûtement, avec des illustrations toujours aussi magnifiques et un récit qui explique et conclut le fameux « rapport de Brodeck ».

Je ne sais pas comment cela figure dans le roman de Philippe Claudel, mais j’ai été emporté par cette histoire de village presque coupé de tout, où la guerre a tout bouleversé et mis chacun face à sa propre vérité. C’est un récit à la fois sombre et beau sur la violence, l’étranger, la culpabilité, la honte, le mensonge et la vérité, que Manu Larcenet est parvenu à magnifier avec son coup de crayon.

Cette lecture m’a en tout cas donné envie de lire le roman original de Philippe Claudel. Peut-être pas tout de suite, mais dans quelque temps, pour redécouvrir cette histoire.

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Le Rapport de Brodeck, Manu Larcenet

Note : ★★★★☆