Livres & Romans

Le Rapport de Brodeck

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Le Rapport de Brodeck est l’adaptation en bande dessinée du roman de Philippe Claudel, prix Goncourt des lycéens en 2007. Elle est signée par Manu Larcenet et se compose de deux albums de 160 pages environ chacun.

Manu Larcenet s’attaque pour la première fois à une adaptation, celle du chef-d’oeuvre de Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck. Mais lorsque l’auteur de Blast et du Combat ordinaire s’empare du texte, c’est pour le faire sien et lui donner une nouvelle vie, éclatante, sombre et tragique. Des pages d’une beauté stupéfiante, magnifiant la nature sauvage et la confrontant à la petitesse des hommes ; une plongée dans les abîmes servie par un noir et blanc sublime et violent. Un très grand livre.

Je n’avais pas lu le roman de Philippe Claudel, même si j’en ai entendu beaucoup de bien. J’en ai donc découvert l’histoire avec cette bande dessinée. Je ne vais d’ailleurs pas entrer dans le détail ici, je pense que ce récit mérite d’être découvert par chaque lecteur qui le souhaite, que ce soit par le biais du roman original ou de son adaptation en BD.

Le premier album, L’Autre, m’a semblé à la fois intrigant et fascinant. Le récit n’est pas forcément évident à comprendre au début, mais on sent une grande profondeur, et les dessins sont magnifiques. C’est évidemment cela qui marque le plus au début : la finesse et la splendeur du dessin, avec des planches magnifiques sur la nature mais aussi sur les visages des hommes du village.

Le second album, L’Indicible, prolonge cet envoûtement, avec des illustrations toujours aussi magnifiques et un récit qui explique et conclut le fameux « rapport de Brodeck ».

Je ne sais pas comment cela figure dans le roman de Philippe Claudel, mais j’ai été emporté par cette histoire de village presque coupé de tout, où la guerre a tout bouleversé et mis chacun face à sa propre vérité. C’est un récit à la fois sombre et beau sur la violence, l’étranger, la culpabilité, la honte, le mensonge et la vérité, que Manu Larcenet est parvenu à magnifier avec son coup de crayon.

Cette lecture m’a en tout cas donné envie de lire le roman original de Philippe Claudel. Peut-être pas tout de suite, mais dans quelque temps, pour redécouvrir cette histoire.

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Le Rapport de Brodeck, Manu Larcenet

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Sous la lune et les étoiles

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Je poursuis ma découverte de l’oeuvre littéraire de Fred Uhlman avec ce roman très différent des livres que j’ai lus jusque là de cet auteur. Là où ses romans précédents, que ce soit Reunion, La lettre à Conrad, Pas de résurrection, ou son autobiographie Il fait beau à Paris aujourd’hui parlaient tous de la montée du nazisme en Allemagne et de la Seconde Guerre Mondiale, nous avons ici un récit plus contemporain (en tout cas à l’époque de sa parution en 1986) :

Quatre personnes se retrouvent sur une île déserte après un accident d’avion, quatre rescapés qui vont devoir, vaille que vaille, cohabiter : une jolie et fragile jeune fille, un repris de justice, un antipathique millionnaire et un savant à qui la violence répugne plus que tout.

Mais, Sous la lune et les étoiles, c’est précisément la violence qui s’installe tandis que les heures d’attente vont devenir des jours, et les jours des semaines. Un semblant de vie s’organise au fur et à mesure que l’espoir, si tenace au début, disparaît peu à peu – un semblant de vie où chacun ne se soucie que de soi. Parce que la survie, est à ce prix.

C’est avec l’oeil du peintre exercé qu’il était que Fred Uhlman décrit la splendeur de la nature indifférente autour des quatre individus gagnés par le désespoir, chacun muré dans une solitude que rien ne vient briser. Et il n’y aura finalement qu’un seul survivant.

Le récit ne perd pas de temps : dès les premières pages, l’avion s’écrase et nous retrouvons les quatre naufragés sur une île déserte. Ces quatre personnages sont quatre stéréotypes : l’intellectuel qui refuse la violence, qui est aussi le narrateur ; l’homme d’affaires cupide obsédé par ses contrats juteux ; la jeune fille naïve et apparement sans défense ; et le repris de justice antipathique et solitaire. Difficile de s’attacher véritablement à eux, mais on sent qu’ils sont le reflet de personnalités différentes et censées représenter les multiples facettes de l’esprit humain.

Face à la solitude imposée, à la perte de repères, à la mort annoncée, chacun réagit différemment mais la folie guette chacun des quatre naufragés, car il semble impossible de réaliser de façon normale à une situation qui ne l’est pas. Coupés de leurs proches et de leur vie d’avant, sans espoir de revenir, les quatre personnages vont prendre de nouvelles habitudes, créer de nouveaux rituels et inventer une nouvelle vie, ou ce qui peut s’en approcher.

Les privations sont permanentes et la violence est latente. La mort rôde et va frapper les naufragés, dans un ordre ou dans l’ordre. Car la seule question qui se pose rapidement dans le récit, c’est : qui sera le seul survivant ?

J’ai aimé cette façon d’aborder le thème de la violence des rapports humains dans cette communauté réduite et libérée des artifices de la société moderne. Le récit n’est pas toujours passionnant, mais le roman est court (cent cinquante pages dans l’édition brochée que j’ai lu) et globalement bien rythmé. De façon générale, j’ai bien aimé ce roman même s’il n’est pas parfait. C’est en tout cas une facette de l’oeuvre de Fred Uhlman que je n’avais pas encore eu l’occasion de découvrir.


Sous la lune et les étoiles, Fred Uhlman

Note : ★★★☆☆


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Cinéma, TV & DVD

On My Block (saison 1)

On My Block (saison 1)

On My Block est l’une des dernières nées parmi les séries originales Netflix. C’est une série qui se présente comme une comédie assez classique pour adolescents mais qui sait dépasser ce statut de départ pour donner un résultat tout à fait intéressant, loin d’une série décevante comme Everything Sucks, autre production Netflix récente dont je reparlerai peut-être un jour ici.

Je vous laisse découvrir la bande-annonce si vous voulez vous faire votre propre avis, sachant que la série va bien au-delà de ce trailer sympathique mais pas très original :

La série est centrée autour d’un groupe de Monse, Cesar, Ruby et Jamal, quatre amis d’enfance inséparables qui s’apprêtent à entrer au lycée, auxquels s’ajoute rapidement Olivia, dont les parents sont expulsés au Mexique et qui va être hébergée par les parents de Ruby. Comme toujours dans ce genre de séries, on se retrouve face à un ensemble de personnages tous dotés de leur propre caractère, même si on évite globalement les stéréotypes tout en s’en approchant dangereusement. Plus gênant, on se retrouve à nouveau avec des acteurs qui ont au moins 5 ans de plus que leurs personnages : ils sont censés entrer au lycée mais certains acteurs semblent avoir l’âge de sortir de l’université. C’est souvent le cas dans les séries adolescentes mais c’est dommage de ne pas y échapper cette fois-ci.

Le récit s’articule autour des histoires d’amitié et d’amour entre les cinq personnages, avec quelques intrigues secondaires propres à chaque personnage, que ce soit la tentative de Monse de retrouver sa mère qui l’a abandonnée quand elle était gamine, l’enquête loufoque de Jamal pour retrouver le butin d’un hold-up commis il y a plus de vingt ans, et le recrutement de Cesar au sein du gang de son frère aîné.

Le format de cette première saison m’a beaucoup plu : avec 10 épisodes d’environ 30 minutes chacun. C’est suffisamment long pour plonger dans l’univers de la série et développer les personnages, et suffisamment court pour aller à l’essentiel. C’est une série qui sait maintenir le rythme et qui évite globalement les détours inutiles.

Le gros point positif de la série, c’est son côté multiculturel. L’action se déroule dans un quartier défavorisé de Los Angeles où se côtoient latinos et blacks. Les personnages principaux sont à l’image de ce quartier et représentent bien la diversité de ses habitants.

L’autre point remarquable, c’est le traitement de la violence, qui n’est pas occultée mais au contraire omniprésente. Le personnage de Cesar, dont le frère commence à l’intégrer dans son gang, est évidemment le meilleur représentant de cet aspect de la série. Plus généralement, on constate plusieurs fois que les personnages savent reconnaître le modèle d’une arme à feu quand ils entendent des tirs sur le chemin du lycée, cela fait véritablement partie de leur quotidien. C’est certainement une représentation fidèle de la vie dans de nombreux quartiers américains, si l’on en croit les tristes statistiques d’homicides par arme à feu aux USA.

Dans l’ensemble, c’est une très bonne série, meilleure que la bande-annonce me l’avait laissé penser, et je suis content d’avoir pris le temps de la découvrir. La première saison s’achève par un épisode particulièrement fort qui me donne envie de regarder au plus vite la deuxième saison, déjà annoncée par Netflix mais sans qu’on en annonce la date de  sortie.